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Économie - Infrastructures

La centrale hydroélectrique de Rechmaya sera réhabilitée

Le chantier est estimé à 5 millions de dollars et va être financé par l’USaid.

La centrale hydroélectrique de Rechmaya sera réhabilitée

Une des turbines installées sur le site de la centrale hydroélectrique de Rechmaya. Photo P.H.B.

Une fois n’est pas coutume, l’actualité du fournisseur public Électricité du Liban (EDL), dont les capacités de production suffisent à peine à distribuer 1 à 2 heures de courant par jour à une majorité de foyers libanais depuis plusieurs mois, a pour une fois été marquée par une annonce plutôt réjouissante dans le contexte de crise dans lequel sombre le Liban depuis 2019.

L’Agence des États-Unis pour le développement international (USaid) prévoit en effet de financer la réhabilitation de la centrale hydroélectrique de Rechmaya, dans le caza de Aley. Dotée d’une capacité de 13 mégawatts (MW), c’est la seule centrale de ce type qui soit actuellement directement gérée par EDL. Le projet s’inscrit dans le cadre du programme Inara (Innovation for Affordable and Renewable Energy for All) dédié aux énergies renouvelables lancé en septembre 2021 et doté d’un budget de près de 30 millions de dollars sur 5 ans. Un second projet au sein du même programme prévoit de déployer jusqu’à 7 MW d’énergie solaire dans le cadre d’un mécanisme de partenariat impliquant des « clusters de communautés » ou des municipalités sur tout le territoire.

Les deux volets du programme ont été présentés au cours d’une conférence de presse organisée sur le site de la centrale hydroélectrique de Rechmaya, déployée en 1928, soit huit ans après la création du Grand Liban et 15 ans avant l’indépendance du pays.

Plus de 13 MW

L’ambassadrice des États-Unis Dorothy Shea, présente sur les lieux, a rappelé dans son discours que le contexte de pénuries d’électricité impactait durement les ménages les plus pauvres – la facture des générateurs privés ayant littéralement explosé avec la levée des subventions sur le mazout – et pénalisait le fonctionnement des autres infrastructures du pays. Elle a également expliqué que la « complexité des défis légaux, financiers et techniques » à relever pour mettre en œuvre ces premiers projets lancés dans le cadre d’Inara sans accrocs avait retardé leur lancement pendant près d’un an. La diplomate s’exprimait devant une assistance composée du directeur général d’EDL Kamal Hayek, du conseiller au ministère de l’Énergie et de l’Eau Khaled Nakhlé, de la directrice de mission de l’USaid pour le Liban Mary Eileen Devitt, du président du conseil municipal Mansour Moubarak ainsi que de plusieurs députés. Kamal Hayek a rappelé que la centrale de Rechmaya était équipée d’une capacité totale de plus de 13 MW fournie entre les années 1920 et 1950 via des équipements s’étendant depuis Nabeh el-Safa – d’où est puisée l’eau qui sert à faire fonctionner la centrale – à Rechmaya. Il a aussi indiqué qu’EDL avait lancé un appel d’offres en 2017, soulignant que le marché attribué n’avait finalement pas été exécuté en raison de la crise.

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Sur place, l’une des responsables du programme Inara, Cristina Abi Haydar, est revenue pour L’Orient-Le Jour sur les détails des deux projets. Selon les précisions qu’elle a fournies, la réhabilitation de la centrale mobilisera près de 5 millions de dollars sur les 30 millions du projet Inara. Les fonds vont d’abord financer une première phase de réhabilitation qui permettra de redémarrer la centrale, à l’arrêt depuis 2019 suite à des dégâts sur une conduite. « Le chantier se focalisera sur la réparation du segment endommagé et la consolidation de la conduite, afin de prolonger dans la foulée la durée de vie de la centrale », a ajouté Cristina Abi Haydar. D’ici à 4 mois, la centrale pourra redémarrer, mais pas à pleine capacité. Une seconde phase s’étendant sur 14 mois supplémentaires consistera ensuite à remplacer une des turbines de 3,5 MW qui est hors service depuis 1988 et réhabiliter l’ensemble des installations pour en optimiser le rendement. À terme, l’USaid et la société DT Global, qui exécute le projet pour l’agence, promettent que la centrale pourra fournir 8 heures de courant à 23 000 bénéficiaires directs répartis dans 17 villages, avec un surplus directement injecté dans le réseau national, sans compter l’impact environnemental en matière de réduction de CO2. Le coût de production de l’énergie sera lui divisé par un facteur supérieur à 10, une fois que la centrale sera réhabilitée, entre autres arguments de vente.

Loi de production décentralisée d’électricité

Le calendrier est moins détaillé concernant le projet ciblant le développement des capacités photovoltaïques du pays prévu dans le programme Inara, dans la mesure où la campagne de communication ciblant municipalités et autres entités intéressées vient de démarrer. Outre les annonces publiées sur les réseaux sociaux et les tournées prévues dans les localités, un formulaire d’inscription sera aussi bientôt disponible en ligne. En revanche, ce qui est sûr, c’est que l’USaid demandera aux participants de cofinancer les nouveaux parcs qui seront en principe reliés au réseau de moyenne tension. Selon les cadres d’Inara, le potentiel du Liban en matière d’énergies renouvelables – toutes confondues – lui permettrait de couvrir « 10 fois » la demande de ses habitants.

Dorothy Shea a d’ailleurs profité de la présence des députés à la conférence pour les exhorter à adopter sans plus attendre la loi de production décentralisée d’électricité à partir d’énergies renouvelables, dont le projet a été approuvé par l’exécutif en mars dernier, avant d’être transmis au Parlement. Le texte permet d’aménager le monopole d’EDL en matière de production et de distribution de courant en permettant aux particuliers, aux entreprises et aux municipalités de produire et de vendre du courant, et pas nécessairement au fournisseur public. Un dispositif qui encourage la décentralisation de l’énergie, insiste Cristina Abi Haydar, mais qui doit maintenir le rôle central de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité que lui accordait le texte d’origine. Cela suppose notamment que le gouvernement supprime la disposition qui permet au ministre de l’Énergie d’exercer les compétences de l’Autorité de régulation jusqu’à ce qu’elle soit nommée.

La diplomate a enfin confirmé à L’Orient-Le Jour que l’initiative américaine annoncée en août 2021 et visant à fournir au Liban de l’électricité produite en Jordanie et en gaz égyptien n’avait pas encore abouti. Elle a ajouté que la Banque mondiale attendait que les autorités libanaises ajustent les tarifs d’EDL (figés depuis 30 ans) et forment l’Autorité de régulation (en discussions depuis 20 ans) avant d’accepter de fournir les financements nécessaires pour garantir l’exécution des deux contrats.

Les États-Unis devront ensuite aménager les sanctions imposées par la loi César visant le régime syrien et ceux qui font affaire avec lui, le courant jordanien et le gaz égyptien devant forcément transiter par la Syrie.

Une fois n’est pas coutume, l’actualité du fournisseur public Électricité du Liban (EDL), dont les capacités de production suffisent à peine à distribuer 1 à 2 heures de courant par jour à une majorité de foyers libanais depuis plusieurs mois, a pour une fois été marquée par une annonce plutôt réjouissante dans le contexte de crise dans lequel sombre le Liban depuis...
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L’expérience nous a appris que le secteur public est à genoux; il est corrompu et paralysé par la politique. A quoi bon s’accrocher à un système inefficace?! Encourageons l’initiative et l’investissement privés pour résoudre nos problèmes en un mois! J’ajoute: pour autant un système judiciaire adéquat et indépendant soit en mis en place.

Georges S.

12 h 45, le 29 juillet 2022

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  • L’expérience nous a appris que le secteur public est à genoux; il est corrompu et paralysé par la politique. A quoi bon s’accrocher à un système inefficace?! Encourageons l’initiative et l’investissement privés pour résoudre nos problèmes en un mois! J’ajoute: pour autant un système judiciaire adéquat et indépendant soit en mis en place.

    Georges S.

    12 h 45, le 29 juillet 2022

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