Rechercher
Rechercher

La pactomanie en tourisme


Pour spectaculaire qu’il soit, le document de Jérusalem sur le partenariat stratégique américano-israélien qu’a signé jeudi Joe Biden ne saurait, au fond, causer de véritable surprise. Voilà bien, après tout, une alliance qui, dans les faits, est déjà vieille de trois quarts de siècle : un covoiturage qui, en dépit de quelques cahots de parcours, tient la route depuis la création de l’État hébreu. La supériorité militaire de celui-ci, sa capacité de dissuasion, les administrations US successives n’ont cessé de les assurer à l’aide de livraisons massives de matériel ultramoderne, avec une pluie de dollars à la clé. Non moins décisive, tout au long de ces décennies, fut la complaisance politique et diplomatique que manifesta souvent Washington envers son insatiable protégé.


Si pourtant la déclaration de Jérusalem est appelée à faire date, c’est surtout par l’extrême dureté de ton adoptée face à l’Iran. Pour la première fois, l’Amérique s’engage ainsi – par écrit – à user s’il le faut de tous les moyens que lui offre sa formidable puissance pour barrer à la République islamique l’accès à l’arme nucléaire. Joe Biden ne va certes pas jusqu’à imiter Poutine brandissant le spectre de l’apocalypse dès les premiers jours de la guerre d’Ukraine. Mais la menace est bien là, à peine voilée, même si elle est assortie d’une nuance de taille : au contraire des Israéliens partisans de la force, c’est la négociation que continue de privilégier l’Oncle Sam, même s’il avertit que sa patience n’est pas sans limites.


Comme on pouvait s’y attendre, le volet palestinien de cette tournée n’aura été, pour le chef de la Maison-Blanche, qu’une occasion de se donner bonne conscience à peu de frais. L’aide financière qu’il a consentie au réseau hospitalier local et au Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés ainsi que sa promesse d’une connexion internet mise à niveau ne relèvent que de l’action strictement humanitaire. Pour le peuple palestinien, il doit bien exister un horizon politique, veut bien admettre la charitable âme ; mais c’est seulement pour constater que les conditions ne sont guère réunies pour une relance du processus de paix…


Le président américain passait à nouveau aux choses sérieuses hier en entamant à Djeddah la troisième et dernière partie de son voyage. Comme en Israël, Biden se trouvera là en terrain ami, bien que passablement rugueux cette fois. En guise de cadeau de bienvenue, l’Arabie étend soudain aux avions de ligne israéliens l’autorisation de survoler son territoire.


L’événement est considérablement plus historique, en vérité, que les liaisons directes dont se sont, tour à tour, flattés Donald Trump et Joe Biden. Parfaitement clair est ce signe d’ouverture, et il serait même question maintenant d’accueillir des vols charters de musulmans israéliens souhaitant accomplir le pèlerinage à La Mecque. Il est cependant douteux que cette amorce de normalisation, coïncidant avec la rétrocession au royaume de deux ilôts stratégiques en mer Rouge, aille beaucoup plus loin sous le règne du vieux roi Salmane. C’est visiblement à son fils, le souverain de facto MBS, qu’il appartiendra de faire le grand saut : un MBS éclaboussé dans l’assassinat du journaliste Khashoggi et flétri pour cela par Joe Biden ; un MBS avec qui le président, littéralement écartelé entre sa quête de pétrole en abondance et ses principes en matière de droits humains, a dû échanger un check du poing à son arrivée au palais royal; pour finir, un MBS bien présent aux côtés du roi et avec qui il devra forcément parlementer.


Tout aussi problématique paraît la mise en place d’une structure de défense régionale face aux tirs de missiles ou lancements de drones iraniens : projet qui sera débattu aujourd’hui au cours d’un sommet réunissant, autour de l’hôte américain, les dirigeants des monarchies du Golfe et d’autres chefs arabes. Comme pour le partenariat stratégique israélo-américain, toute formalisation, codification ou officialisation d’un état de fait existant, actuel, paraît cependant superflue. En l’occurrence, elle devient même embarrassante. Il est bien connu en effet que plus d’un royaume du Golfe bénéficie discrètement déjà de la coopération sécuritaire d’Israël. Dans le même temps, plus d’un rechigne à s’afficher, de peur de s’attirer ces mêmes foudres iraniennes contre lesquelles il cherche précisément à se prémunir. Un aussi extraordinaire dilemme ne peut que conduire à ce non moins saisissant constat : se posant en péril immédiat et pressant pour ces États, l’Iran les a pratiquement poussés dans les bras de ce qui fut longtemps leur ennemi de prédilection.


Téhéran peut même se vanter d’y avoir réussi bien mieux que n’eût jamais pu le faire le long cortège de guerres, de catastrophes, d’exodes et de plans de paix mort-nés qu’a endurés la région.

Issa GORAIEB

[email protected]


Pour spectaculaire qu’il soit, le document de Jérusalem sur le partenariat stratégique américano-israélien qu’a signé jeudi Joe Biden ne saurait, au fond, causer de véritable surprise. Voilà bien, après tout, une alliance qui, dans les faits, est déjà vieille de trois quarts de siècle : un covoiturage qui, en dépit de quelques cahots de parcours, tient la route depuis la...