Un incendie dans les silos du port de Beyrouth, le mardi 13 juillet 2022. Photo Marie Jo Sader
Le ministre par intérim des Travaux publics et des Transport Ali Hamiyé, a affirmé à L'Orient Today qu'il avait ordonné au directeur du port de Beyrouth d'interdire à quiconque - y compris aux équipes de secours - de s'approcher des silos de blé qui ont été sérieusement endommagés par l'explosion meurtrière du 4 août 2020, alors qu'une série d'incendies s'y sont déclarés ces derniers jours. Cette décision, qui a empêché les équipes d'intervention de venir à bout des flammes dans les silos à grains, a été prise pour des raisons de sécurité et conformément aux régulations posées par le Conseil supérieur de la Défense, a expliqué M. Hamiyé.
En l'espace d'une semaine, trois incendies se sont déclarés dans les silos à grains du port, le plus récent ayant eu lieu mardi soir. Selon plusieurs médias locaux et M. Hamiyé, le feu a été causé par la fermentation, notamment sous l'effet de la chaleur, du blé toujours présent à l'intérieur et autour des silos éventrés.
M. Hamiyé a déclaré à L'Orient Today que deux options étaient envisageables. "La première est de laisser les grains brûler, et la seconde est de démolir la partie inférieure des silos pour enlever le blé" qui est exposé à la chaleur estivale. "La question qui se pose à moi est la suivante : puis-je envoyer les pompiers, avec leur équipement inadéquat, démolir la base des silos qui risqueraient dès lors de s'effondrer sur eux ? Si je le faisais, je commettrais un crime", a déclaré M. Hamiyé.
Dans un rapport qu’il avait remis aux autorités libanaises et que L’Orient-Le Jour avait pu consulter en avril 2021, Emmanuel Durand, ingénieur français basé à Genève, avait recommandé la démolition partielle des silos avant qu’ils ne s’effondrent. La structure a été très impactée par la double déflagration du 4 août qui a coûté la vie à plus de 220 personnes et ravagé des quartiers de la capitale libanaise. L’expert a rendu ses conclusions à l’équipe Beirut Port Silos, une cellule de crise composée d’ingénieurs, de professionnels de l’environnement, d’universitaires et d’experts créée à l’initiative du ministre de l’Économie Raoul Nehmé. D’après ses dernières mesures, la partie nord a été lourdement endommagée à sa base et risque de bientôt s’effondrer.
"Tous les experts ont dit que la partie nord des silos est susceptible de s'effondrer", a ajouté le ministre Hamiyé, soulignant que l'effondrement de cette section étant inévitable dans tous les cas, il ne faut pas blâmer l'incendie pour les dommages qu'il pourrait causer. "Si quelqu'un a une meilleure solution, qu'il se manifeste", a-t-il encore déclaré
Le porte-parole de M. Hamiyé a indiqué que le ministère ne pouvait divulguer quand le Conseil supérieur de la Défense a décidé d'empêcher les parties concernées de s'approcher des silos. Une source du palais présidentiel n'a pas non plus été en mesure de répondre à cette question.
Alors que les habitants aux alentours du port craignent que les incendies ne conduisent à un deuxième 4 août, M. Hamiyé a déclaré qu'il n'y avait pas, sur les lieux, de matériaux ou de produits chimiques autres que du blé et du maïs. Le 4 août 2020, c'est une grande quantité de nitrate d'ammonium stockée dans le port qui avait explosé, pulvérisant une partie de la capitale.
Un représentant de la défense civile libanaise a confirmé à L'Orient Today qu'une décision prise par le ministère des Travaux publics les empêche de s'approcher des silos. Il a ajouté craindre qu'un arrosage massif des silos ne provoque leur effondrement.
Le gouvernement sortant de Nagib Mikati avait approuvé, le 16 mars, la démolition des silos, de crainte qu'ils ne s'effondrent. Cette décision a cependant été annulée après que le ministre sortant de la Culture, Mohammad Mortada, a classé les silos parmi les monuments historiques. Les proches des victimes de l'explosion s'opposent à une éventuelle destruction des silos, estimant que les autorités cherchent à effacer des preuves du drame. Ces derniers ont observé un sit-in mercredi à 19h devant le port pour protester contre l'inaction des responsables face aux demandes de conservation de cette structure.
Sit-in des familles des victimes devant le port de Beyrouth, le 13 juillet 2022. Un incendie dans les silos du port de Beyrouth, le mardi 13 juillet 2022. Photo Marie Jo Sader


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09 h 35, le 14 juillet 2022