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Moyen-Orient - Égypte

L’icône de la révolution Alaa Abdel Fattah en grève de la faim depuis 85 jours

Le prisonnier politique égyptien, arbitrairement condamné en décembre dernier à cinq ans de prison ferme, espère que sa nationalité britannique ouvrira la voie à une visite consulaire, et à terme à sa libération.

L’icône de la révolution Alaa Abdel Fattah en grève de la faim depuis 85 jours

L’activiste égyptien Alaa Abdel Fattah durant son procès au Caire, le 23 mai 2015. Photo AFP

Ses jours sont comptés. Détenu de manière quasi continue depuis 2013, l’icône de la révolution égyptienne Alaa Abdel Fattah en est à son 85e jour de grève de la faim pour protester contre ses conditions d’incarcération. « Il a décidé d’aller jusqu’au bout. Jusqu’à sa libération ou… la fin de sa vie », souffle l’une de ses deux sœurs, Mona Seif, au bout du fil. Il ne peut tout simplement pas endurer une année supplémentaire en prison. Depuis 14 jours, Mona Seif mène en signe de solidarité le même acte de protestation. « Alors que le régime égyptien garde Alaa hors de vue pour dissimuler sa grève de la faim, il fallait que moi, qui suis libre et amenée à rencontrer les officiels britanniques, rende visible son action à travers la mienne », confie-t-elle.

La semaine dernière, les autorités britanniques ont exprimé leur inquiétude concernant la grève de la faim du prisonnier politique ayant obtenu en avril la nationalité britannique, dont bénéficiait déjà sa mère. Interrogée mardi par une députée, la secrétaire d’État au Foreign Office, Liz Truss, a en outre indiqué qu’elle « travaillait très dur » pour obtenir la libération de Alaa Abdel Fattah et qu’elle prévoyait de porter prochainement son cas devant ses homologues égyptiens.

Très affaibli physiquement

Transféré le 18 mai dernier depuis la prison de haute sécurité de Tora, connue pour être l’une des pires d’Égypte, vers le centre de détention dit « modèle » de Wadi Natroun, le militant âgé de 40 ans a pu, pour la première fois depuis des années, dormir sur un matelas, recevoir des livres et obtenir le droit de les lire, confie Mona Seif. Elle a vu son frère le 12 juin dernier, alors qu’il est désormais autorisé à une visite familiale par mois. « Très amaigri, il est très affaibli physiquement, raconte-t-elle. Il avait heureusement toute sa tête mais était très furieux et en colère car il pensait que son transfert vers la prison de Wadi Natroun lui donnerait accès à ses droits fondamentaux, conformément à la loi égyptienne. »

Pour mémoire

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Depuis son admission à sa nouvelle prison, Alaa Abdel Fattah n’a passé qu’un seul examen médical. Les autorités n’ont en outre pas communiqué les résultats et ont de nouveau refusé jeudi que l’opposant accède à des appareils permettant de mesurer sa glycémie et sa tension artérielle. S’il était jusqu’alors enfermé 24 heures sur 24 dans sa cellule, il a cependant informé par lettre sa famille qu’il avait obtenu dès le 18 juin le droit à une sortie de 30 minutes par jour. « Il n’a toujours pas vu la lumière du jour car il sort dans un hall couvert, mais il peut au moins pour la première fois depuis plus de deux ans se dégourdir un peu les jambes… », poursuit Mona Seif. La loi égyptienne stipule que les prisonniers sont autorisés à sortir deux heures par jour de leur cellule.

« Son transfert vers sa nouvelle prison est sans doute lié à la pression, certes limitée, des autorités britanniques », observe Hussein Baoumi, chercheur à Amnesty International. Bien que ses proches espèrent que la double nationalité de Alaa permettra d’aboutir à une visite consulaire britannique, et à terme à sa libération, les précédents de binationaux relâchés par les autorités égyptiennes ne concernaient que des prisonniers politiques en détention préventive. Dans un verdict rendu par un tribunal d’exception, Alaa Abdel Fattah a été condamné en décembre dernier à cinq ans de prison ferme au motif « d’avoir diffusé de fausses informations susceptibles de nuire à la sécurité nationale ».

Blanchir les crimes

Cible des autorités égyptiennes depuis plus d’une décennie, ce père d’un enfant de 10 ans a fait plusieurs passages en prison depuis 2006. Devenu une figure de proue du soulèvement égyptien en 2011, il est arrêté deux ans plus tard après le coup d’État et la prise de pouvoir du président Abdel Fattah al-Sissi. En 2014, il est condamné à une peine de prison de cinq ans pour avoir participé à une manifestation qui s’opposait au jugement de civils par les tribunaux militaires dans un projet de Constitution. Libéré sous caution en mars 2019, il est arrêté six mois plus tard pour avoir partagé sur les réseaux sociaux une publication dénonçant la détérioration des conditions d’incarcération dans les prisons égyptiennes. C’est là qu’il sera conduit vers l’aile 2 de « sécurité maximale » de la prison de Tora. Une prison « complètement et officieusement gérée par la Sécurité de l’État, où la loi et les règlements égyptiens sur l’organisation des prisons n’existent pas », explique Mona Seif. Dès son arrivée, les autorités déshabillent Alaa, lui bandent les yeux, le rouent de coups et le menacent de ne jamais sortir d’ici. S’ensuivent des agressions et des violations quotidiennes. « Il s’agit tout simplement d’un endroit inhumain et ce que nous avons entendu de Alaa n’est même pas le pire de ce qu’il se passe derrière ces murs… », poursuit sa sœur. En septembre dernier, le détenu avait alors fait savoir à un juge qu’il était en train de s’effondrer psychologiquement. « Je ne peux pas continuer comme ça. Sortez-moi de prison. Je vais me suicider », avait-il déclaré.

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Victime de la répression exercée par le régime al-Sissi à l’encontre de toute voix dissidente, le cas de Alaa Abdel Fattah est loin d’être isolé. Selon les organisations de défense des droits de l’homme, ils seraient près de 60 000 prisonniers politiques à croupir dans les geôles égyptiennes. « Le gouvernement continue de blanchir ses crimes en lançant de prétendus dialogues. Cependant, aucune de ces mesures n’a jusqu’à présent conduit à une amélioration significative de la situation », dénonce Hussein Baoumi. En avril dernier, le président égyptien avait annoncé un réexamen des dossiers de prisonniers politiques, ainsi que le lancement d’un dialogue national « avec toutes les forces politiques du pays, sans exception », sans apporter davantage de détails.

Pour l’heure, la famille de Alaa Abdel Fattah continue de se mobiliser via des rassemblements et des campagnes de pression pour obtenir gain de cause, en dépit des risques. « Si le fait de me battre ou d’essayer de changer les choses peut m’amener en prison, je suis prête à courir le risque. Alaa nous a été enlevé pendant des années et il y a un grand risque qu’il meure dans sa cellule. Je ne peux pas imaginer un destin pire que celui-là… », conclut Mona Seif.


Ses jours sont comptés. Détenu de manière quasi continue depuis 2013, l’icône de la révolution égyptienne Alaa Abdel Fattah en est à son 85e jour de grève de la faim pour protester contre ses conditions d’incarcération. « Il a décidé d’aller jusqu’au bout. Jusqu’à sa libération ou… la fin de sa vie », souffle l’une de ses deux sœurs, Mona Seif, au bout du...

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