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Économie - Sécurité alimentaire

La grève des fonctionnaires perturbe le traitement des marchandises au port de Beyrouth

Des files se sont formées hier devant les boulangeries de Tripoli (Liban-Nord), qui souffre d’une pénurie de pain.

La grève des fonctionnaires perturbe le traitement des marchandises au port de Beyrouth

Les grues géantes du port de Beyrouth. Photo P.H.B.

L’impact de la grève ouverte des employés des administrations publiques, entamée lundi dernier, s’est fait ressentir hier au port de Beyrouth et celui de Tripoli (Liban-Nord), les deux seules infrastructures équipées de terminaux de conteneurs. Dans la capitale, des « centaines de conteneurs » de denrées alimentaires et de matières premières agricoles ont été bloqués, comme l’ont déploré dans des communiqués respectifs hier les présidents du syndicat des importateurs de denrées alimentaires, Hani Bohsali, et de celui des organismes économiques, Mohammad Choucair. L’activité a également été impactée à Tripoli, a confirmé de son côté le directeur de cette infrastructure, Ahmad Tamer, contacté par L’Orient-Le Jour. La situation était en revanche « normale » en ce qui concerne le fret aérien, a indiqué une source à l’Aéroport international de Beyrouth.

Sécurité alimentaire

Hani Bohsali et Mohammad Choucair ont tous deux dénoncé une situation qui met en péril la sécurité alimentaire des Libanais tout en affirmant leur solidarité avec le mouvement des fonctionnaires. En conséquence, tous deux ont appelé les autorités à trouver une solution « d’urgence » pour décharger ces conteneurs et éviter ainsi un risque de pénurie, alors que « 1,3 million » de touristes et d’expatriés sont attendus au Liban pour la saison estivale, a également rappelé Hani Bohsali.

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Contacté, ce dernier a estimé que la situation pourrait durer « au moins jusqu’à la fin de la semaine, vu que les fonctionnaires ont prévu de poursuivre leur grève ». Selon lui, une partie des conteneurs, pour lesquels les formalités ont déjà été complétées, ont pu sortir du port « au fur et à mesure ». Il assure aussi qu’il n’y a pour le moment « pas de risque de pénurie » de produits alimentaires. Contactées, deux sources proches du dossier ont assuré que le problème « ne venait pas des employés du terminal conteneurs de Beyrouth ou des effectifs affectés à la direction du port ». Le syndicat des commerçants et importateurs de spiritueux s’est également manifesté hier via un communiqué à ce propos, en soulignant les « lourdes pertes » enregistrées par les entreprises, et a appelé « le ministère de l’Économie, l’administration portuaire et les douanes libanaises à exempter les transactions d’importation de spiritueux de toute restriction et à trouver un mécanisme » pour faire sortir les conteneurs du port. « Sans cela, la saison touristique ne pourra pas démarrer », a-t-il insisté.

Intervenant sur fond d’une crise multidimensionnelle au Liban depuis bientôt trois ans, cette mobilisation des employés du secteur public a pour but de réclamer des mesures de la part de l’État pour les aider à faire face à la crise et à la dépréciation de la monnaie nationale, parmi lesquelles l’augmentation des salaires et des pensions de retraite, l’alignement de ces revenus sur les prix et l’inflation et la garantie de l’indemnité de transport. Des revendications qui nécessitent l’approbation de la loi de finances pour l’année 2022 par le gouvernement, alors que celui-ci est en affaires courantes depuis la tenue des élections législatives mi-mai dernier. Hier, le ministre du Travail, Moustapha Bayram, a assuré qu’une hausse des salaires pour le secteur privé est planifiée.

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Les marchandises importées n’étaient pas les seules à s’entasser au port de la capitale. Dimanche, Ibrahim Tarchichi, président du syndicat des agriculteurs de la Békaa, avait dénoncé le fait que des « tonnes de fruits et légumes » libanais prévus à l’export y étaient également coincées et avait menacé d’actions de contestation ciblées. Contacté par L’Orient-Le Jour, Antoine Hoyek, président du syndicat des agriculteurs, a toutefois assuré que le problème avait été réglé hier par des employés venus au travail pour ce faire. Une information confirmée par Ahmad Tamer qui a assuré que les formalités pour le dédouanement des produits agricoles destinés à l’exportation « avaient repris à Beyrouth comme à Tripoli ». Par ailleurs, le secrétaire général des relations publiques de la Fédération des syndicats agricoles du Liban, Ali Shuman, a appelé hier lors d’une mobilisation d’agriculteurs à Zahlé (Békaa) les pays du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite, à « ouvrir leurs marchés aux produits agricoles libanais », a rapporté l’Agence nationale d’information (ANI, officielle). Un appel à normaliser les relations commerciales entre le Liban et les pays du Golfe qui se sont refroidies ces dernières années sur fond de tensions régionales entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Les agriculteurs libanais souffrent depuis avril 2021 du boycott des exportations de leurs produits décidé par Riyad.

Pénurie de pain à Tripoli

En sus de cette nouvelle conséquence de la crise, de longues files se sont à nouveau formées hier devant les boulangeries de Tripoli (Liban-Nord), souffrant d’une pénurie de pain, tandis que des habitants se sont mobilisés dans la rue pour réclamer des mesures de la part des autorités. Selon notre correspondant sur place, Michel Hallak, les manifestants ont appelé les forces de l’ordre et le ministère de l’Économie et du Commerce à « perquisitionner les boulangeries qui n’ont pas ouvert » et ont dénoncé l’« humiliation » de ces pénuries, y compris celle des carburants. Au cours du week-end, plusieurs régions du Liban ont en effet souffert du manque de carburant disponible sur le marché. En fin de semaine dernière, la région de Nabatiyé avait également souffert d’une pénurie de pain, qui alimentait un marché noir où le paquet s’achetait au double du prix officiel.

Parallèlement à cette situation de crise à Tripoli, le président de l’Union des boulangers du Liban, Ali Ibrahim, a tenu une conférence de presse hier dans le sud de Beyrouth, au cours de laquelle il a dénoncé les accusations lancées contre le secteur selon lesquelles les boulangers profitent de la crise pour faire des profits en stockant de la farine subventionnée dans l’attente d’une levée des subventions. Il a reporté ces accusations sur les minoteries qui sont actuellement à l’arrêt, faute de blé en raison du retard de paiement des importations de blé par la Banque du Liban. « Il est honteux d’annoncer que le stock de farine ne tiendra que trente jours », a-t-il lancé, appelant les autorités à « assurer les approvisionnements pour que les boulangeries puissent fonctionner ».

Vendredi, le ministre sortant de l’Économie, Amine Salam, avait en effet dénoncé des « vols » perpétrés par certains acteurs du secteur privé concernant le blé subventionné par la BDL. La veille, le président de l’Union des travailleurs du Nord, Chadi Sayyed, avait, lui, déploré la « contrebande vers la Syrie de près de 20 % de la farine importée ». Le 6 mai, la Banque mondiale avait approuvé un prêt d’urgence de 150 millions de dollars pour financer les importations de blé, mais les lois régissant cet accord doivent encore être adoptées par le Parlement nouvellement élu. Le pays craint pour sa sécurité alimentaire depuis plusieurs mois, en particulier concernant le blé, suite à l’arrêt des importations de cette céréale d’Ukraine et de Russie, en guerre depuis fin février.


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Il faut tout simplement dissoudre cet Etat totalement pourri et délabré et mettre le Liban sous tutelle internationale

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10 h 34, le 21 juin 2022

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Commentaires (1)

  • Il faut tout simplement dissoudre cet Etat totalement pourri et délabré et mettre le Liban sous tutelle internationale

    Liberté de penser et d’écrire

    10 h 34, le 21 juin 2022

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