
Gebran Bassil lors de l’annonce des candidats de son parti aux législatives, le 13 mars 2022. Photo Marc Fayad
Il a beau essayer de repousser l’heure de vérité, mais sans succès. Vendredi et dimanche derniers, Gebran Bassil s’est retrouvé face à l’échéance électorale qu’il redoutait le plus, alors que sa formation, et plus généralement le camp de la présidence, est en déclin de popularité depuis la révolte d’octobre 2019 : le vote des Libanais de l’étranger dans le cadre du scrutin législatif dont la dernière phase aura lieu le 15 mai sur le territoire national.
Il y a quelques mois, le Courant patriotique libre a mené bataille pour que le vote des Libanais de l’étranger – dont près de 120 000 chrétiens sur les 225 114 inscrits – soit limité à une seule circonscription, la seizième, qui permettrait d’élire 6 députés (représentant les six continents) en plus des 128 qui forment l’Assemblée. Une bataille qu’il a perdue au Parlement et après un recours devant le Conseil constitutionnel. Plus récemment, le ministère des Affaires étrangères – tenu entre 2014 et 2020 par Gebran Bassil lui-même – était accusé par les détracteurs du courant aouniste, principalement les Forces libanaises de Samir Geagea, de compliquer sciemment le vote des émigrés, notamment en Australie. Ceux-ci avaient dénoncé le fait que des bureaux de vote distants parfois de plusieurs heures de route avaient été assignés aux différents membres de certaines familles, ce qui pourrait rendre leur accès difficile, voire impossible.
Car l’enjeu pour le parti orange n’est pas des moindres : à titre d’exemple, la circonscription où la diaspora représente la part la plus grande des électeurs inscrits est celle du Nord III (2 députés CPL, dont Gebran Bassil), regroupant les quatre cazas du Batroun, de Bécharré, du Koura et de Zghorta. Avec plus de 26 000 inscrits, presque intégralement chrétiens, les votants non résidents représentent 10 %, soit un coefficient électoral à eux seuls. En 2018, les votants de la diaspora dans la circonscription du Nord III avaient préféré la liste du Pouls de la République forte, soutenue par les FL, à la liste du Nord fort, soutenue par le CPL et le parti de l’Indépendance de Michel Moawad, avec respectivement 32 et 29 % des votes. Cette fois-ci, Gebran Bassil mène la bataille, dans ce qu’on appelle la circonscription des présidentiables, sans Michel Moawad, ce qui l’affaiblit encore plus.
« Character assassination »
Mais les jeux ont été faits, et plus de 130 000 expatriés (près de 60 % des inscrits) ont déposé leur bulletin dans les urnes pour prendre part à un scrutin qui intervient dans un contexte de crises économique, sociale et financière inédites dont le camp de la présidence est considéré par nombre de Libanais comme étant en grande partie responsable. Et sur le terrain, la colère contre le camp présidentiel était palpable. En témoignent les vidéos ayant fait le buzz sur les réseaux sociaux et où l’on peut voir des électeurs, notamment à Paris, s’en prendre aux représentants du parti orange qu’ils ont accusé d’avoir mené le pays à l’effondrement.
Ne tardant pas à réagir, le département médias au sein du CPL a stigmatisé « les agressions contre les partisans du CPL », rappelant que « la liberté est sacrée » et que chacun a le droit de soutenir le camp politique qu’il veut. Pour Rindala Jabbour, une cadre au sein du CPL, ces incidents ne sont pas nécessairement révélateurs d’une tendance antiaouniste parmi les expatriés. « Nous ne pouvons pas nous baser sur ce que les médias montrent pour parler de mécontentement populaire. Car ce qui nous importe le plus, ce sont les résultats des urnes que nous connaîtrons la semaine prochaine », dit-elle à L’Orient-Le Jour. « Tout ce que ces vidéos montrent ne signifie pas que nous avons enregistré des pertes. C’est en revanche le résultat naturel du “character assassination” dont le chef du CPL a été victime », estime Mme Jabbour.
Sur le plan strictement électoral, le courant aouniste présente déjà une lecture préliminaire du vote de la diaspora. « Les taux de participation n’appellent pas à s’attendre à des surprises, dans la mesure où ils ne diffèrent pas trop des taux enregistrés lors du scrutin précédent », décrypte Rindala Jabbour. Si, en effet, le taux de 60 % ne dépasse pas de loin celui de 2018 (56 %), il est cependant à noter que le nombre d’inscrits a été multiplié presque par trois par rapport à la dernière consultation (225 114 inscrits en 2022 contre 82 965 en 2018).
Les FL ont « perdu leur pari »
La responsable aouniste tient à rappeler qu’historiquement, son parti est présent dans certaines régions du monde au même titre que les FL, comme aux États-Unis, au Canada et en Australie. « Les Kataëb y sont également présents dans une moindre mesure ainsi que les groupements issus de la contestation », affirme-t-elle. Reconnaissant que les FL sont donc l’adversaire principal à l’étranger, Rindala Jabbour ne manque pas de leur lancer une pique. « Le scrutin qui s’est déroulé en Arabie saoudite (où seulement 6 456 des 13 105 inscrits ont voté, soit 49,3 %) a prouvé que ceux qui ont axé leur campagne électorale sur l’appel à faire face au CPL et la nécessité de désarmer le Hezbollah ont perdu leur pari », estime Rindala Jabbour, en allusion à la formation de Samir Geagea, principale alliée de Riyad au Liban. Dans les milieux de Meerab, on ne partage pas cette lecture. « Notre machine électorale fait état d’un très bon taux de participation des chrétiens et des sunnites, notamment en Arabie saoudite et dans les pays du Golfe, ainsi qu’au Canada », affirme à L’OLJ un responsable FL qui a souhaité garder l’anonymat. Il précise, à titre d’exemple, que le score enregistré en France en faveur du CPL n’est pas supérieur à celui des FL, sans pour autant fournir des données chiffrées à l’appui.
« Il a raison de redouter la diaspora »
Quelles leçons le CPL devrait-il tirer de ce scrutin ? « En premier lieu, il faut dire que Gebran Bassil n’avait pas tort de redouter le vote de la diaspora. Car les expatriés, notamment les jeunes qui ont quitté le pays après la crise de 2019, veulent le sanctionner. C’est ce qui explique le fait que dans plusieurs pays, les électeurs ont voté contre le chef du CPL », analyse Kamal Richa, expert électoral originaire de Batroun. « Mais la formation aurait subi un plus grand tort si l’opposition et les groupements de la thaoura avaient unifié leurs rangs », ajoute-t-il. Une lecture que Joseph Bahout, directeur de l’Institut Issam Farès à l’Université américaine de Beyrouth, tempère. S’il s’accorde avec M. Richa sur le fait que Gebran Bassil avait des raisons légitimes de craindre le vote de la diaspora, il estime qu’il ne faut pas en exagérer l’interprétation. « Tous les protagonistes, y compris les candidats de la contestation, pariaient sur la diaspora pour poser les jalons du changement. Mais aujourd’hui, Gebran Bassil est rassuré, car tel ne sera probablement pas le cas », décrypte-t-il, précisant que les taux de participation n’étaient pas à la hauteur des attentes. Selon lui, les expatriés ne pourront donc pas faire pencher la balance dans un sens ou dans un autre.
Le vote des émigrés est l'oeuvre de Gebran Bassil lorsqu'il était Mio istre des AE , et il a voulu copier le système français par lequel les français de l'étranger votent pour leurs propres députés disséminés dans les cinq continents . Ceci était bien plus logique que cette loi qui oblige les émigrés à se mêler de la politique interne et qui fait fi des problèmes spécifiques de l'émigration ! Cela ne mànera absolument à rien .
02 h 26, le 13 mai 2022