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Politique - Décryptage

Rencontre Aoun-Trump : le Liban pourra-t-il se dissocier du processus d’Islamabad ?


La complicité entre le président libanais Joseph Aoun et son homologue américain Donald Trump était visible mardi. Mais les images qui ont accompagné leur rencontre à la Maison-Blanche ne sont pas sans rappeler celles du même Trump avec le président syrien Ahmad el-Chareh et le Premier ministre irakien Ali al-Zaïdi. Pour de nombreux observateurs proches de l’Iran et du Hezbollah, il ne peut s’agir d’une simple coïncidence. Selon eux, le plan américain, élaboré pour changer la réalité et les équilibres dans la région, est en train de se mettre en place, et il est devenu clair qu’il vise essentiellement à détruire le rôle régional de l’Iran en privant la République islamique de ses principaux soutiens, l’un après l’autre. Une démarche risquée qu’aucun autre président américain n’avait osé entreprendre. Mais Trump est en train de le réaliser pour aboutir à un Moyen-Orient pacifié, sans une République islamique belliqueuse… Ce qui lui permettrait de se consacrer à la guerre économique contre la Chine.

Dans l’optique de ces mêmes analystes, ce plan a commencé avec l’arrivée au pouvoir de Chareh, qui bénéficie actuellement d’une attention américaine marquée. Il y a ensuite eu les grands changements qui se mettent actuellement en place en Irak, avec la décision du gouvernement de désarmer les groupes proches de l’Iran, tout en cherchant à établir de nouvelles relations plus distantes avec Téhéran. Au Liban, il s’agit d’en finir avec le Hezbollah armé et son influence au sein du pays. Et à voir les images et écouter les déclarations qui ont accompagné la visite du président libanais à Washington, on pourrait croire que plus rien ne peut arrêter ce processus. D’ailleurs, Joseph Aoun s’est montré très déterminé et optimiste quant au fait que l’État est en train d’imposer son autorité sur son territoire, en concomitance avec un retrait israélien total du Liban.

L’ensemble de ce processus vise à dissocier les négociations avec l’Iran de celles entre le Liban et Israël. La signature de l’accord-cadre, sous parrainage américain, s’inscrit dans ce contexte. Tout comme, d’ailleurs, les ouvertures américaines en direction de la Syrie et de l’Irak. Mais peut-on affirmer, à ce stade, que cette démarche a réussi et qu’à travers la visite de Joseph Aoun, les deux processus, celui d’Islamabad et celui de Washington, ont été définitivement séparés ?

De nombreux Libanais le souhaitent vivement, et ils y croient, mais cela dépend finalement de l’attitude du Hezbollah face aux développements dans la région. À deux reprises, depuis le 7 octobre 2023, cette formation a donné aux Israéliens le prétexte pour déclencher des guerres, que ce soit avec l’ouverture du « front de soutien » à Gaza le 8 octobre 2023 ou avec les bombardements du 2 mars 2026, suite à l’assassinat du guide iranien Ali Khamenei. Une nouvelle fois, la question se pose de savoir si le Hezbollah restera à l’écart de la nouvelle vague de violence entre les États-Unis et l’Iran ou s’il compte y participer. Sollicités, les représentants du Hezbollah évitent de répondre à cette question. Ils affirment que leur position dépend essentiellement de l’attitude des Israéliens. Si ceux-ci poursuivent leurs bombardements et leurs destructions, il est fort possible que le Hezbollah décide de riposter.

Toutefois, ce que le Hezbollah ne dit pas, c’est que toute son attitude pourrait changer s’il sent que les Américains sont déterminés à renverser coûte que coûte le régime iranien. À ce moment, le Hezbollah sentirait qu’il est directement ou indirectement inclus dans le plan et, par conséquent, serait contraint de réagir, car il s’agirait, pour lui, d’une guerre existentielle. Pour l’instant, les sources proches du parti estiment que les affrontements qui se déroulent entre l’Iran et les États-Unis continuent de respecter les lignes rouges posées par chacune des deux parties. Les États-Unis bombardent ainsi des installations militaires et certaines installations civiles limitées, sans aller jusqu’à effectuer un débarquement. Les Iraniens, eux, bombardent des bases américaines dans les pays du Golfe et en Jordanie, sans toucher aux intérêts civils, notamment aux installations de dessalement, vitales pour le Golfe. Certes, un pas est franchi chaque jour, notamment par le soudain regain d’agressivité des houthis et par les frappes contre des ponts en Iran, mais la situation reste pour l’instant sous contrôle. Jusqu’à quand ? Nul ne saurait le dire, même s’il est clair que la partie la plus pressée d’élargir le champ des confrontations demeure Israël. Pour l’instant, selon les médias israéliens, les Américains auraient demandé à Tel-Aviv de ne pas intervenir contre l’Iran. Mais cela pourrait changer.

En définitive, à chaque fois que l’on croit avoir dissocié les deux processus, les liens réapparaissent, tant le sort de l’ensemble de la région se joue actuellement. La rencontre entre Joseph Aoun et Donald Trump à la Maison-Blanche, avec tous les espoirs qu’elle suscite, parviendra-t-elle à maintenir le Liban en dehors de la tourmente régionale ? C’est sans doute le pari lancé avec l’application des « zones pilotes » au Sud.


La complicité entre le président libanais Joseph Aoun et son homologue américain Donald Trump était visible mardi. Mais les images qui ont accompagné leur rencontre à la Maison-Blanche ne sont pas sans rappeler celles du même Trump avec le président syrien Ahmad el-Chareh et le Premier ministre irakien Ali al-Zaïdi. Pour de nombreux observateurs proches de l’Iran et du Hezbollah, il ne peut s’agir d’une simple coïncidence. Selon eux, le plan américain, élaboré pour changer la réalité et les équilibres dans la région, est en train de se mettre en place, et il est devenu clair qu’il vise essentiellement à détruire le rôle régional de l’Iran en privant la République islamique de ses principaux soutiens, l’un après l’autre. Une démarche risquée qu’aucun autre président américain n’avait osé...
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