Vue de l’exposition « Guo Pei : Couture Fantasy » au Legion of Honor Museum à San Francisco. Photo tirée de la page officielle du musée
Depuis le 16 avril et jusqu’au 5 septembre, les États-Unis peuvent enfin découvrir quelque 80 pièces et tous les détails du travail d’orfèvre de la célèbre styliste chinoise Guo Pei exposés pour la première fois au pays de l’Oncle Sam, au Legion of Honor Museum à San Francisco sous le titre Guo Pei : Couture Fantasy. Un intitulé qui est le reflet exact de cette femme née en 1967 à Pékin, élevée au sein de la révolution culturelle et ayant développé une esthétique très personnelle où se croisent différents époques et lieux. Il faut surtout chercher les racines de son travail dans l’histoire impériale chinoise, les traditions artistiques européennes, la mode féminine et même l’architecture des cathédrales, dans lesquelles elle a puisé pour créer des robes et des accessoires fantastiques, brouillant les frontières entre la mode, l’art et la sculpture. « Des ensembles futuristes aux robes inspirées de la porcelaine en passant par de savants plis défiant la gravité et des broderies les plus somptueuses, ses créations constituent un monde à part », peut-on lire dans la présentation de l’exposition.
Vue de l’exposition « Guo Pei : Couture Fantasy » au Legion of Honor Museum à San Francisco. Photo tirée de la page officielle du musée
À couper le souffle
« Elle n’est nullement influencée par ce qui est dans le vent ou ne l’est plus. Elle vient d’une direction totalement différente et elle a forgé son propre chemin issu de ses propres expériences et d’une imagination féconde qui semble réunir des éléments disparates, en leur trouvant des liens exceptionnels », dit d’elle Thomas P. Campbell, directeur et PDG du musée des beaux-arts de San Francisco. Outre les pièces, elles-mêmes magnifiques, la scénographie exceptionnelle a permis de mettre en valeur les diverses facettes de sa créativité et son parcours, dévoilant 80 œuvres des deux dernières décennies, puisées directement dans ses collections présentées à Pékin et Paris.
Vue de l’exposition « Guo Pei : Couture Fantasy » au Legion of Honor Museum à San Francisco. Photo tirée de la page officielle du musée
Le parcours débute par un espace évoquant l’enfance de Guo Pei, composée de rêves et de réalité, avec des robes étroitement plissées, façon origami. Ce savant pliage avec lequel elle avait également fabriqué ses jouets pendant la révolution culturelle, où elle mêle une palette de couleurs pastel dérivées des dessins français du XVIIIe siècle et des pièces brodées de fils métalliques en relief, repris des costumes des toréadors espagnols. Plus loin, c’est le monde botanique à travers deux de ses collections : Garden of Soul (2015) et Ellysium (2018). Guo Pei cite le proverbe chinois qui lui a inspiré ces réalisations : « Il y a un royaume dans une fleur et la sagesse dans une feuille. » Elle avait fait appel à des tisseurs de paniers en bambou professionnels pour créer les silhouettes volumineuses (à la manière des robes à crinolines), qu’elle avait ornées de broderies complexes. La plupart de ses robes sont célèbres pour ces somptueuses broderies, même si, au début de sa carrière, il lui était pratiquement impossible de trouver les artisans dont elle avait besoin pour accomplir cette tâche. L’enseignement de la broderie avait été abandonné dans les années 1930, et presque personne ne brodait pendant la révolution culturelle, lorsque tous les vêtements étaient simples et austères.
Vue de l’exposition « Guo Pei : Couture Fantasy » au Legion of Honor Museum à San Francisco. Photo tirée de la page officielle du musée
Robes dragon et silhouettes sculpturales
Guo Pei avait dû se rendre dans les zones rurales autour de Pékin afin de trouver des villageois possédant les compétences nécessaires, et même alors, leur travail était assez basique. Peu à peu, elle a pu perfectionner leur savoir-faire, grâce à des techniques anciennes qu’elle avait rapportées de son voyage. Dans un espace dédié aux artisans qualifiés qui œuvrent dans l’atelier de Guo Pei, les visiteurs découvrent un aperçu des techniques traditionnelles et de l’art fastidieux de l’exécution de ses robes, notamment, des long pau, ou robes dragon reprises dans sa griffe haute couture. Un artisanat minutieux illustré par trois ensembles de sa collection Legend of the Dragon (2012). Puis, le visiteur passe à la collection Himalaya (haute couture printemps/été 2020), une ode à cette chaîne de montagnes, résidence des dieux et de ces magnifiques tisserands qui produisent les ceintures Obi. Jill D’Alessandro, conservatrice en charge des arts du costume et du textile au Fine Arts Museum de San Francisco, analyse le regard que porte la designer sur l’art : « Pour Guo Pei, chaque collection commence par une idée philosophique – une étincelle – tirée d’un large éventail des sources de sa vie personnelle et de ses voyages, ainsi que de l’art et de l’architecture, de la littérature et de la nature. Des couches de sens et d’images forment un bricolage de surfaces opulentes imposées à des silhouettes sculpturales. »
Guo Pei, une styliste enfin consacrée dans une exposition qui présente 80 de ses créations. Photo tirée de son compte instagram @guopei
La vision et l’univers fabuleux et unique de Guo Pei lui a valu l’honneur d’être la première créatrice asiatique « Membre invité » de la chambre syndicale de la haute couture de Paris. De l’autre côté de l’Atlantique, Time Magazine l’a placée en 2016 parmi l’une des 100 personnes les plus influentes au monde.


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