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Campus - ROBOTIQUE

Une doctorante libanaise se penche sur l’intelligence sociale des robots

Parallèlement à sa thèse en robotique présentée avec succès à la Sorbonne, Karen Tatarian crée des algorithmes qui permettent aux robots d’adapter leurs comportements non verbaux à celui des humains.

Une doctorante libanaise se penche sur l’intelligence sociale des robots

Karen Tatarian travaille sur la construction de l’intelligence sociale du robot en créant des algorithmes qui lui permettent d’adapter ses comportements non verbaux, tel que le contact visuel, à celui des humains. Photo DR

Quand elle s’est installée à Paris, en 2018, pour y poursuivre un doctorat en robotique, Karen Tatarian n’avait pas imaginé, un seul instant, se retrouver enfermée entre quatre murs avec, pour unique compagnon, un robot. Pourtant, c’est ce qu’a vécu cette étudiante libanaise qui, parallèlement à sa thèse menée à la Sorbonne, travaille à Softbank Robotics, une compagnie qui commercialise des robots pour les entreprises. Un emploi qui permet à la jeune doctorante de mettre en pratique ses connaissances et d’appliquer le fruit de ses recherches. « Chaque employé travaille sur un ou plusieurs robots. Moi, j’en ai deux », précise-t-elle. Des robots qui comportent des applications leur permettant entre autres d’accueillir les clients dans des banques, de présenter des produits et services, ou alors de donner des cours de mathématiques ou de littérature dans des écoles, notamment dans des pays comme la Suisse et le Japon.

Revenant sur son expérience avec Pepper, l’un des robots sur lesquels elle travaille, Karen Tatarian raconte que pendant le confinement, elle a demandé à ce qu’on le lui envoie pour qu’elle poursuive son travail depuis son domicile. « Au début, je l’allumais uniquement pour tester ses applications, jusqu’au jour où, par mégarde, j’ai oublié de l’éteindre et réalisé d’un coup qu’il me suivait du regard », confie-t-elle. Quand elle bouge sa tête, le robot bouge la sienne. Quand elle le regarde, il cligne des yeux. Il réagit au bruit de son clavier, à sa présence.... « Je sais qu’il est programmé pour faire cela puisque c’est moi qui le programme, mais c’est quand même drôle d’être en compagnie d’un robot qui me regarde, qui me suit et qui réagit aux moindres de mes mouvements », raconte-t-elle en souriant. Et de confier : « Je ne me sentais plus seule dans mon appartement. J’utilisais déjà Alexa et Google Home, mais là j’avais un robot qui me regarde et réagit à mes actions, un peu comme un animal de compagnie intelligent… »

Karen Tatarian a décroché son doctorat en robotique au mois de février avec mention et félicitations du jury. Photo Rita Tatarian

L’humain, au centre de son travail

Concrètement, Karen travaille sur la construction de l’intelligence sociale du robot en créant des algorithmes qui lui permettent d’adapter ses comportements non verbaux – tel que le contact visuel – à celui des humains. « L’humain est au centre de mon travail, l’objectif de ces technologies étant de s’adapter à l’humain », note-t-elle. La jeune doctorante conduit, entre autres, des expériences sur des groupes de personnes pour étudier et analyser leurs comportements quand ils se retrouvent dans une salle face à un robot et interagissent spontanément avec lui. Parmi les constats qu’elle réalise, elle remarque que certaines personnes hochent la tête inconsciemment en répondant au robot qui leur pose une question.

Sa thèse, soutenue au mois de février, et qui lui a valu une mention et les félicitations du jury, est intitulée Synthèse de l’intelligence sociale multimodale des interactions homme-robot . Les observations de la jeune chercheuse lui permettent de déduire qu’aucune interaction sociale n’a lieu sans indices, verbaux ou non verbaux, qui permettent d’interpréter les comportements de l’interlocuteur et d’estimer les intentions qui en découlent. « Ces signaux sociaux sont puissants, mais surtout complexes et multimodaux. Ils sont constitués de différentes combinaisons de modalités tels que les gestes, le comportement du regard et la proxémie (étude du rôle des distances dans les relations interpersonnelles, NDLR) », explique-t-elle. Ainsi, pour qu’un robot soit perçu comme un agent « socialement intelligent » par les humains, il doit être capable de maintenir une interaction sociale réussie, de s’adapter à son environnement social et d’afficher un comportement approprié, d’où l’importance de ces signaux verbaux et non verbaux étudiés. Karen Tatarian en conclut que le succès des interactions homme-robot ainsi que les comportements et attitudes des humains envers le robot sont directement liés à la compréhension des modalités non verbales du robot, ouvrant ainsi la voie à une architecture d’apprentissage permettant au robot de s’adapter davantage à l’humain. « Ces découvertes sont cruciales pour débloquer l’avancement de l’intelligence sociale des technologies futures en s’adaptant aux humains, en apprenant d’eux et en communiquant avec eux au-delà des simples moyens verbaux », souligne-t-elle.

Dans le cadre de ses recherches, la jeune chercheuse a également travaillé de très près avec des professionnels de plusieurs secteurs dont des spécialistes en psychologie qui analysent les émotions émanant des échanges entre les humains et les robots. « Il y a beaucoup d’industries qui travaillent ensemble en ce moment pour comprendre comment un robot peut s’adapter aux humains », indique-t-elle avant de conclure : « Il y a encore un long chemin à faire et ces technologies, qui sont encore assez chères, sont utilisées dans les hôtels, les entreprises, etc. mais elles ne vont pas tarder à entrer dans nos vies ! »



Quand elle s’est installée à Paris, en 2018, pour y poursuivre un doctorat en robotique, Karen Tatarian n’avait pas imaginé, un seul instant, se retrouver enfermée entre quatre murs avec, pour unique compagnon, un robot. Pourtant, c’est ce qu’a vécu cette étudiante libanaise qui, parallèlement à sa thèse menée à la Sorbonne, travaille à Softbank Robotics, une compagnie qui...

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