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Lifestyle - Beyrouth Insight

Les fleurs Takkoush, un peu beaucoup passionnément...

Depuis 1967 et à travers les années de guerre et de paix, les fleurs et les plantes de la famille Takkoush, premier importateur du genre, ont semé leurs couleurs et beaucoup de joie le long de la rue Jeanne d’Arc à Hamra.

Les fleurs Takkoush, un peu beaucoup passionnément...

Les fleurs de Zakaria Takkoush, un bouquet printanier. Photo Carla Henoud

Il fut un temps où il n’y avait que son enseigne, installée à Hamra, en 1967, à la rue Sadate exactement, puis quelques mois plus tard, au cours de la même année, à la rue Jeanne d’Arc. Aujourd’hui, plus d’une dizaine de fleuristes éparpillés dans Beyrouth portent le même nom, celui des fleurs Takkoush. Ils sont tous frères et cousins, tous parents d’un même homme, Ibrahim Takkoush, qui avait décidé, en 1967, d’ouvrir un premier magasin de fleurs. Un virage pour cet homme qui, au début des années soixante, vendait… de la lingerie et qui décide, sept ans de réflexion plus tard, de s’exprimer avec des fleurs…. L’histoire raconte qu’Ibrahim, qui avait envie de changer de métier, et ne savait pas trop quoi faire, se soit inspiré des conseils d’une de ses clientes américaines qui aimait les fleurs et entrevoyait le potentiel de ce commerce.

Son fils Khalil, qui tient l’un des magasins Takkoush de la rue Jeanne d’Arc, se souvient de la vieille boutique où son père vendait des fleurs au gré des saisons. « À l’époque, il n’y avait pas de fleurs importées et peu de pépinières. En octobre par exemple, nous vendions des chrysanthèmes, puis, en hiver, des œillets. Les œillets, d’ailleurs, étaient les fleurs les plus en vogue ; les Libanais les aimaient dans toutes les couleurs. Le printemps et l’été, c’était le temps des glaïeuls et des roses. »

Khalil Takkoush dans sa boutique de la rue Jeanne d’Arc, à quelques mètres de son cousin Zakaria. Photo Carla Henoud

Dites-le avec des fleurs

Originaire de Ras Beyrouth, Khalil Takkoush, 50 ans plus tard, est toujours dans ce magasin aujourd’hui légèrement usé par le temps et les nombreuses crises économiques. C’est à l’âge de 9 ans, en faisant de la bicyclette, son passe-temps favori, devant la boutique de son père, qu’il a commencé sans le savoir à apprendre le métier. Et c’est bien plus tard, durant les années quatre-vingt et après avoir entrepris des études de gestion, qu’il a pris la relève de son père.

« Il n’y avait pas de réfrigérateurs chez les fleuristes et les seaux où l’on exposait les gerbes de fleurs étaient en métal. On les posait sur des tables en bois. À l’époque, personne n’utilisait le plastique, ni les “oasis”, ces éponges vertes qu’on utilise actuellement pour les arrangements. On disposait des feuilles d’arbres et de plantes et on y piquait les fleurs pour donner une belle forme à un bouquet », explique-t-il. « Très vite mes oncles, Yéhia et Moustapha se sont mis à aider mon père au magasin et ont décidé, au bout de quelques mois, de s’installer à la rue Jeanne d’Arc, où ils possédaient des biens immobiliers », ajoute-t-il. Aujourd’hui, ces boutiques de la rue Jeanne d’Arc sont toujours opérationnelles. L’une tenue par Khalil et l’autre, à quelques mètres, par son cousin Zakaria, le fils de Yéhia. Les deux dégagent, outre celui des fleurs, le parfum du passé. Celle de Zakaria a même conservé une vieille caisse enregistreuse métallique rouillée, acquise probablement durant les années 70.

Zakaria a conservé dans sa boutique la vieille caisse enregistreuse métallique rouillée des années 70. Photo Carla Henoud

Une histoire d’amour

Zakaria, lui, a succombé au charme des fleurs et du métier alors qu’il était tout jeune. Aujourd’hui âgé de 70 ans, il a commencé à travailler dans la boutique familiale, dès son ouverture. Il avait alors 18 ans. C’est en 1974 qu’il décide d’en faire son métier. « Je suis tombé amoureux des fleurs », explique-t-il. « Tout simplement. » « Mon père n’était pas très impliqué dans la boutique. C’est mon oncle Ibrahim qui l’a ouverte. C’est pour l’Américaine qui lui a soufflé l’idée qu’il avait alors baptisé la boutique où je suis actuellement : California – Takkoush. D’ailleurs, depuis les années soixante, elle est enregistrée avec ce nom auprès de l’administration libanaise », note-t-il. « En 1967, lorsque la boutique a déménagé à la rue Jeanne d’Arc, Beyrouth grouillait d’étrangers, des Américains, des Français et des Allemands. Ils avaient l’habitude d’offrir des fleurs à toutes les occasions. Les Libanais les ont imités », dit-il.

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Très rapidement, les fleurs Takkoush accompagnent les Beyrouthins aux naissances, mariages, fiançailles, baptêmes, dîners et même aux visites de convalescence. Comme son cousin, Zakaria se souvient que les fleurs étaient rares et saisonnières. « Jusqu’au jour où un client venu de l’ambassade de Bulgarie à Beyrouth a décrit à mon oncle les pépinières qui existaient dans son pays. C’était le temps du communisme et le propriétaire des pépinières en Bulgarie n’était autre que le gouvernement bulgare… », indique-t-il. « Mon oncle a demandé l’autorisation de l’État libanais pour lancer ce commerce et les Takkoush sont devenus les premiers grossistes de fleurs importées au Liban », raconte Zakaria, qui tout comme son cousin Khalil, s’est rendu à plusieurs reprises en Bulgarie. « C’était à couper le souffle, du jamais vu au Liban. Les espaces cultivés étaient immenses et les techniques modernes », note Khalil. « Nous étions les premiers importateurs de fleurs coupées au Liban. Ensuite, nous nous sommes rendus dans d’autres pays d’Europe, notamment les Pays-Bas et la Belgique, et nous importions en grandes quantités des fleurs coupées mais surtout des plantes », souligne de son côté Zakaria.

Les fleurs Takkoush de Zakaria, à la rue Jeanne d’Arc, où le printemps est au rendez-vous. Photo Carla Henoud

Les belles années

Le pic de l’activité fut atteint durant les années 70 et la boutique connaît son plein essor lorsqu’en 1975 éclate la guerre du Liban. « Les problèmes ont commencé alors. La clientèle étrangère est repartie, Beyrouth a été divisée en deux et pour les importations, c’était une autre histoire. Il fallait faire surtout avec les fermetures répétitives de l’aéroport de Beyrouth. Vous vous rendez compte, parfois nos fleurs, faute d’atterrir au Liban, étaient acheminées vers d’autres pays ! » soupire Zakaria. Ce qui n’a pas empêché les Takkoush de préserver leur gagne-pain. En dépit d’une sérieuse concurrence, leurs fleurs, encore proposées à la vente aujourd’hui, sont aussi fraîches et belles que celles qui avaient fait la réputation du magasin. Au printemps, des centaines de plantes aux fleurs multicolores exposées devant les deux enseignes Takkoush, égaient le trottoir de la rue Jeanne d’Arc. Khalil et Zakaria préparent eux-mêmes les arrangements de fleurs coupées à leurs clients. « J’aime toutes les variétés de fleurs, les tulipes surtout. Peut-être parce qu’elles sont éphémères. Leur saison n’est que de trois mois. J’aime aussi parler aux clients, les conseiller, les aider à choisir selon leurs occasions et leur préparer de beaux arrangements », confie Zakaria. « J’aime tellement mon métier que je me sens mal si je ne viens pas tous les jours au travail. Durant le confinement, je venais à la boutique, je ne l’ouvrais pas, j’entrais discrètement par une petite porte. Je voulais juste rester avec mes fleurs et mes plantes, m’occuper d’elles. Et cela m’a fait le plus grand bien. »

Il fut un temps où il n’y avait que son enseigne, installée à Hamra, en 1967, à la rue Sadate exactement, puis quelques mois plus tard, au cours de la même année, à la rue Jeanne d’Arc. Aujourd’hui, plus d’une dizaine de fleuristes éparpillés dans Beyrouth portent le même nom, celui des fleurs Takkoush. Ils sont tous frères et cousins, tous parents d’un même homme, Ibrahim Takkoush, qui avait décidé, en 1967, d’ouvrir un premier magasin de fleurs. Un virage pour cet homme qui, au début des années soixante, vendait… de la lingerie et qui décide, sept ans de réflexion plus tard, de s’exprimer avec des fleurs…. L’histoire raconte qu’Ibrahim, qui avait envie de changer de métier, et ne savait pas trop quoi faire, se soit inspiré des conseils d’une de ses clientes américaines qui aimait les fleurs...
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