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Politique - Focus

Femmes candidates aux législatives libanaises : qui sont-elles, où se présentent-elles, quelles chances ont-elles ?

157 femmes ont présenté leur candidature pour le 15 mai. Soit 15% du total des candidatures. Mais les obstacles sont nombreux sur la route vers le Parlement.
Femmes candidates aux législatives libanaises : qui sont-elles, où se présentent-elles, quelles chances ont-elles ?

Des manifestantes de la société civile devant le ministère de l'intérieur à Beyrouth, en mai 2018. Photo d'archives AFP/Anwar Amwro

Le 15 mars, date limite de dépôt des candidatures pour les législatives libanaises de mai, 157 femmes* s'étaient inscrites pour se présenter, soit environ 15 % des 1 043 candidats. A la clôture des candidatures pour les législatives de 2018, les femmes représentaient 11 % des candidatures. Parmi les candidates de 2022, des visages nouveaux et d’autres déjà connus, des membres de partis politiques établis et de divers groupes d'opposition. Qui sont-elles, où se présentent-elles et quelles sont leurs chances d'accéder au Parlement ?

Où les femmes sont-elles les plus nombreuses à se présenter et pourquoi ?

La plus grande concentration de candidates se trouve à Beyrouth. La plus grande proportion de femmes en lice se trouve à Beyrouth I, où elles représentent 29 % des candidats. La seule autre circonscription où les femmes représentent plus de 20 % des candidats est Beyrouth II (24 %). Dans neuf circonscriptions, elles représentent entre 10 et 20 % des candidats. Dans quatre circonscriptions, elles représentent moins de 10 % des candidats. C’est dans les circonscriptions de Baalbeck-Hermel et à Saïda-Jezzine que les femmes sont les moins présentes, elles y représentent 7% des candidatures.

D’un point de vue communautaire, la proportion de femmes candidates est la plus élevée parmi les évangéliques. Quatre des onze candidats de cette communauté sont des femmes, soit 36% Les femmes représentent 29 % des candidatures parmi les arméniens orthodoxes, 25 % parmi les arméniens catholiques et 20 % parmi les druzes et les minorités chrétiennes. En ce qui concerne les candidatures maronites, les femmes en représentent 16 %. Chez les chiites et les sunnites, elles représentent respectivement 13 et 12 % des candidatures. La communauté ayant la plus faible proportion de femmes candidates est la communauté alaouite, avec 9 %.

Pour Abir Chbaro, militante féministe et ancienne vice-présidente de la Commission nationale des femmes libanaises, et Myriam Sfeir, directrice de l'Institut arabe pour les femmes à la Lebanese American University, interrogées par L'Orient Today, la différence de pourcentage entre les circonscriptions et les communautés ont probablement des racines historiques. Selon elles, plus un environnement est accueillant pour les femmes, qu’elles soient politiques ou décisionnaires, plus les femmes seront encouragées à se présenter aux élections ou au parlement dans cette région. En outre, "plus la participation des femmes a été accueillie favorablement [en politique] au fil du temps, plus les femmes de ces communautés seront encouragées à entrer en politique", estime Mme Chbaro.

Les femmes chiites, par exemple, sont plus susceptibles de se présenter en tant qu'indépendantes qu'au sein de partis politiques établis, notent les expertes, car les principaux partis chiites présentent rarement des candidates, dans le cas d'Amal, et jamais, dans le cas du Hezbollah.

Si les autres partis de l'establishment politique présentent davantage de femmes sur leurs listes, cela ne signifie pas pour autant que leur participation est significative, soulignent les deux femmes. "Les partis politiques traditionnels essaient de jouer la carte du genre", explique Myriam Sfeir. Ces partis n'ont généralement pas de dirigeantes actives, mais relèguent plutôt leurs membres féminins dans des comités de femmes, ajoute-t-elle. Certains des nouveaux groupes politiques émergents font exception, note-t-elle toutefois, et "essaient d'inclure des récits sur l'égalité des sexes et d'incorporer des principes de genre dans leurs manifestes". Pour Abi Chbaro, les partis établis incluent souvent des femmes sur leurs listes simplement pour dorer leur image. "Certaines femmes sont accueillies sur des listes traditionnelles avec peu ou pas de responsabilités, à part assister à des événements, prendre quelques photos et applaudir lors de la fête des mères ", dit-elle.

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Deux des commissions parlementaires les plus importantes, la commission des finances et du budget, chargée de légiférer sur les plans budgétaires annuels, y compris le plan budgétaire ministériel et la fiscalité, et la commission de l'administration et de la justice, qui examine les propositions visant à établir des contrôles sur les transferts bancaires, ne comptent aucune députée.

Qui sont les femmes candidates ?

Lors des élections de 2018, seules six femmes ont pu obtenir un siège au parlement : Paula Yacoubian, Sethrida Geagea, Inaya Ezzeddine, Roula Tabch, Bahia Hariri et Dima Jamali. Parmi celles-ci, Tabch et Hariri, qui sont membres du Courant du Futur, ont suivi l’ordre de boycott des élections lancé le leader du parti, Saad Hariri, il y a quelques semaines ; tandis que Jamali, qui fait également partie du Courant du Futur, avait suspendu son rôle au Parlement en octobre 2020 lorsqu'elle s'est installée aux Émirats arabes unis pour des raisons professionnelles.

Parmi les trois qui cherchent à se faire réélire le 15 main prochain, Paula Yacoubian, une ancienne journaliste qui se présente sur la liste d'opposition Tahalof Watani, a été la seule candidate indépendante à remporter un siège lors des législatives de 2018, lorsqu'elle s'est présentée avec le parti Sabaa pour le siège arménien orthodoxe dans la circonscription de Beyrouth I ; Ezzeddine est un médecin et ancien ministre qui représente le mouvement Amal à Tyr depuis 2018 (elle était la première femme candidate à être présentée par le parti) et préside actuellement la Commission parlementaire des femmes et des enfants ; Geagea est l'épouse du chef des Forces libanaises Samir Geagea et occupe un siège maronite à Becharré depuis 2005.

A l’instar de Mme Geagea, un certain nombre d'autres femmes candidates ont des liens familiaux avec des hommes importants de la scène politique. Par exemple, Myriam Skaff, qui se présente pour le siège grec catholique de Bekaa I, Zahlé, est la fille de l'ancien député Gebran Tok. Elle a été élue à la tête du Bloc populaire après la mort de son mari et chef du parti Elias Skaff en 2015. Elle s'était déjà présentée aux élections municipales de Zahlé, qu'elle a perdues. Elle a également perdu lors des élections parlementaires de 2018, lorsqu'elle s'est présentée à Zahlé sur sa propre liste.

D’autres candidates, en lice pour le 15 mai, sont de nouvelles venues sur la scène. Parmi elles, Verena el-Amil, la plus jeune candidate âgée de 25 ans seulement, qui était active sur le terrain lors des manifestations du 17 octobre 2019. Dotée d’une maîtrise en droit des affaires à l'Université Saint-Joseph et en droit comparé à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle est membre du barreau de Beyrouth. En 2018, elle a travaillé sur la campagne de Gilbert Doumit, candidat aux législatives de 2018 à Beyrouth I avec Li Baladi, un groupe de la société civile. En 2017, elle a fondé le mouvement "Taleb" à l'USJ comme alternative politique, qui a remporté huit des 13 sièges aux élections estudiantines de la faculté de droit.

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Voici un échantillon aléatoire d'autres candidates qui se présentent en dehors des partis politiques établis :

L'artiste plasticienne Nada Sehnaoui, membre fondateur du Centre civil pour l'initiative nationale, qui a fait campagne pour supprimer la mention de l’appartenance religieuse sur les registres de l'État et pour la possibilité de se marier civilement au Liban. Elle s'est présentée deux fois aux élections municipales à Beyrouth, la dernière fois en 2016 sur une liste établie par le parti indépendant Beirut Madinati. Elle n'a toutefois jamais été élue.

Nihad Yazbek, présidente du syndicat des infirmières. Elle a occupé plusieurs postes académiques et administratifs à l'AUB et a travaillé comme consultante pour plusieurs projets dans l'enseignement supérieur au Liban et dans la région. Elle est actuellement candidate pour le siège évangélique de Beyrouth II avec Beirut Tuqawem, un groupe indépendant.

Magguie Mhanna se présente pour la première fois au siège druze de Bekaa Ouest-Rashaya sur la liste Qadreen du parti d'opposition Citoyens et citoyennes dans un État. Elle est titulaire d'une maîtrise en systèmes informatiques, réseaux et télécommunications de l'Université libanaise et d'une maîtrise en sciences et technologies des énergies renouvelables de l'École polytechnique en France. Elle est également titulaire d'un doctorat en technologies et sciences de l'information et de la communication de CentraleSupelec. Elle travaille actuellement en tant qu'architecte de solutions de cloud computing et spécialiste des analyses de données chez Microsoft. Elle est également formatrice en apprentissage automatique (machine learning).

Joséphine Zgheib se présente pour le siège maronite du Keserouan, également avec Citoyens et citoyennes dans un État. Elle était candidate aux législatives de 2018 avec Kulluna Watani et est membre du conseil municipal de Kfardebian depuis 2010. Elle a fondé l'association Beity et l'Auberge Beity, une auberge de jeunesse et un incubateur d'activités de développement social et de tourisme rural. Elle est vice-présidente de l'Arab Affiliated Network for Social Accountability, un réseau de militants de sept pays de la région MENA financé par la Banque mondiale.

Halimé Kaakour, candidate à un siège sunnite dans le Chouf avec Tahalof Watani, dont elle est cofondatrice, est titulaire d'un doctorat en droit international et en droits de l'Homme. Elle enseigne à la faculté de droit et de sciences politiques de l'Université libanaise et est chercheuse sur les questions de développement local, de gouvernance et d'égalité des sexes. Elle s'est précédemment présentée sans succès aux élections et est l'auteur d'un rapport d'ONU Femmes intitulé "Pursuing Equality in Rights and Representation : Women's Experiences Running for Parliament in Lebanon's 2018 Elections".

Layal Bou Moussa, journaliste d'investigation à al-Jadeed TV, se présente pour un siège maronite à Batroun avec Chamalouna, une coalition politique formée par les habitants de Bcharré, Zgharta, Koura et Batroun. En plus de son emploi de journaliste, Layal Bou Moussa a travaillé comme consultante pour des organisations locales et internationales sur l'enquête sur l'explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020, et la lutte contre la corruption.

Quels sont les obstacles face aux femmes candidates ?

Bien que la loi électorale du Liban suive un modèle de représentation proportionnelle qui, en général, est considéré comme permettant aux groupes minoritaires de remporter des sièges, certains affirment que la configuration de la loi actuelle crée un obstacle pour les femmes. Étant donné que le système électoral proportionnel libanais comprend également des quotas communautaires et un système de votes préférentiels pour les candidats, les femmes ne sont pas seulement en concurrence avec les personnes figurant sur d'autres listes, mais aussi avec les candidats de leur propre liste.

Une candidate qui remporterait beaucoup de voix mais se trouverait sur une liste électorale défaillante échouerait de facto. Et une liste gagnante dont les candidates n'ont pas bénéficié de votes préférentiels pourrait gagner sans que ses femmes n’obtiennent de sièges.

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En outre, si les femmes candidates ne forment pas d'alliances aujourd’hui et ne parviennent pas à figurer sur les listes électorales avant le 4 avril, elles devront se retirer de la course, étant donné que les listes sont obligatoires selon la loi électorale. "Les femmes ont enregistré leur candidature aux élections législatives, mais sont-elles toutes entérinées sur des listes ?", s'interroge ainsi Myriam Sfeir. Lorsque, dans une circonscription, le nombre de sièges alloués par quota à une certaine communauté au Parlement est faible, les sièges attribués risquent d'aller aux hommes et non aux femmes, ce qui décourage les femmes de se présenter, ajoute-t-elle.

Les partis traditionnels ont tendance à nommer des femmes qui sont des personnalités publiques ayant une portée sociale et ne nomment presque jamais de femmes qui sont membres du parti ou qui ont une réelle expérience politique, renchérit Abir Chbaro. Ce qui, pour elle, est le signe d’un engagement uniquement de façade pour la promotion des femmes en politique. "En outre, lors les électeurs ne font pas confiance à la crédibilité de ces femmes dans la prise de décision politique, ils auront tendance à ne pas leur accorder leur vote préférentiel", ajoute-t-elle.

D'autres obstacles peuvent encore entraver la course des Libanaises au Parlement. Il y a un obstacle financier d’abord, les candidats devant débourser 30 000 000 LL pour s'inscrire. Cela pourrait être plus difficile pour les femmes candidates étant donné qu'elles sont moins payées que les hommes, en moyenne, au Liban. Elles doivent également financer leur campagne, alors qu’elles peuvent se retrouver en concurrence avec d'autres candidats qui pourraient soudoyer les électeurs avec de l'argent ou des services, déclare Joëlle Abou Farhat, cofondatrice et PDG de FiftyFifty, une ONG qui promeut l'égalité des sexes dans les secteurs privé et public.

"La société libanaise n'a pas été éduquée de manière à considérer l'égalité des sexes comme une priorité. [Donc] en période de crise socio-économique, les électeurs devraient être plus enclins à voter pour un candidat capable d’assurer leurs besoins de base plutôt que pour un candidat qui apporte l'égalité", estime Mme Chbaro. En l’absence de quota pour les femmes, poursuit-elle, "je ne m'attends pas à ce que plus de six femmes soient élues." Même la Commission de surveillance des élections, dont la loi stipule qu'elle doit compter un nombre égal d'hommes et de femmes, ne compte que deux femmes sur 11 membres.

Même si, à l’issue du scrutin, le nombre de députée a augmenté, Joëlle Abou Farhat estime que cela n'entraînera pas nécessairement un changement des lois affectant les droits des femmes. "Nous devons également éliminer les lois qui sont injustes pour les femmes et la seule façon d'y parvenir est d'avoir 40 femmes parlementaires, car aucune loi ne peut être adoptée sans le vote d'un tiers du parlement", explique-t-elle.

Les experts notent enfin que la représentation des femmes dans les pays où l'égalité entre les sexes est plus grande n'est jamais apparue du jour au lendemain, mais a été précédée de mesures et de l'adhésion de la société. "Je pense qu’un changement est en train de se produire. Les femmes qui pourraient parvenir [au parlement] seront porteuses de programmes féministes. De même que certains hommes issus de groupes politiques non traditionnels. Mais pour être honnête, en raison de la crise économique, des électeurs vont accepter des avantages en échange de leur voix", souligne Myriam Sfeir. "Je doute que nous ayons une énorme représentation féminine au parlement".

*Alors que le ministère de l'Intérieur avait initialement indiqué que le nombre de femmes était de 155, la liste finale fait état de 157 candidates.

Cet article a été mis à jour pour clarifier le nombre de femmes requis au sein de la Commission de surveillance des élections.


Cet article a été originellement publié en anglais sur le site de L'Orient Today le 24 mars 2022


Le 15 mars, date limite de dépôt des candidatures pour les législatives libanaises de mai, 157 femmes* s'étaient inscrites pour se présenter, soit environ 15 % des 1 043 candidats. A la clôture des candidatures pour les législatives de 2018, les femmes représentaient 11 % des candidatures. Parmi les candidates de 2022, des visages nouveaux et d’autres déjà connus, des membres de...

commentaires (6)

Even though there are fewer women running for elections compared to the men, they are quality candidates and deserved our support. I know that I will give my preferential vote to woman from a progressive Party.

Mireille Kang

22 h 04, le 27 mars 2022

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Commentaires (6)

  • Even though there are fewer women running for elections compared to the men, they are quality candidates and deserved our support. I know that I will give my preferential vote to woman from a progressive Party.

    Mireille Kang

    22 h 04, le 27 mars 2022

  • Parce que le systeme politique libanais me semble une sorte de conglomerat politique-religieux ou les religieux couvrent et protegent les politiciens et vice-versa, il faudrait aussi se demander si les femmes puissent devenir patriarche ou mufti ou cheik akl druze etc. de la republique. Je ne pense pas que c'est une priorite pour le libanais ou la libanaise moyenne.

    Stes David

    18 h 00, le 27 mars 2022

  • «Les hommes sont supérieurs aux femmes». (le Koran, chapitre 4, verset 34). C’est très clair. Pas besoin de commentaire

    Georges Bitar

    15 h 32, le 27 mars 2022

  • الرجال قوامون على النساء C’est très clair. Pas besoin de commentaire

    Georges Bitar

    15 h 18, le 27 mars 2022

  • " Le Hezbollah a toujours été avant-gardiste sur la question des droits des femmes et cela mérite d'être dit!" ..... Sans blague ! C'est pour cela qu'il ne présente aucune femme comme candidate sous sa bannière ! Il faut oser quand même pour écrire des c.... aussi grosses.

    JB El catalán

    12 h 40, le 27 mars 2022

  • Le début de l'article est catastrophique avec la répartition des femmes candidates selon la confession religieuse de leur famille et prouve une fois de plus que certains journalistes adoptent le communautarisme comme mode de pensé. La suite est bien plus rationnelle avec une présentation sommaire de certaines candidates et une analyse de certaines problématiques. Il est évoqué la question des femmes politiques de carrière. Combien y en a-t-il au Liban? Dans la mesure où la politique est un sale milieu, de très nombreuses femmes ont voulu éviter de baigner dans cet océan de mensonges et de magouilles. Evoquer les communautés religieuses ainsi que le genre des candidats permet de poser l'une des prochaines grandes réformes dans le pays : réglementer comme il se doit les partis politiques. Ces derniers doivent pouvoir respecter des conditions afin de pouvoir participer à la vie politique : représentation diverse , bonne gouvernance et respect des lois et de principes constitutionnels. Les mentalités changent mais les structures demeurent et le pouvoir y a trouvé une place pour se consolider... Il est enfin précisé dans l'article qu'il n'y a jamais eu de candidate au sein du parti Hezbollah. Je rappelle que des hommes sont également en mesure de défendre les droits des femmes vis-à-vis d'une minorité d'hommes phallocrates. Le Hezbollah a toujours été avant-gardiste sur la question des droits des femmes et cela mérite d'être dit!

    Georges Olivier

    08 h 53, le 27 mars 2022

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