Une ancienne photo de Nazanin Zaghari-Ratcliffe, distribuée par ses proches. Ratcliffe Family/Handout via Reuters/File Photo
Retenus depuis plusieurs années en Iran, deux Irano-Britanniques condamnés pour des accusations qu’ils nient ont recouvré la liberté hier et vont retrouver leurs proches au Royaume-Uni, épilogue heureux d’une longue et douloureuse saga.
Leur libération est intervenue au moment où Londres a annoncé avoir soldé avec Téhéran une vieille dette de près de 400 millions de livres (476 millions d’euros), sans établir de lien entre les deux affaires.
« Après des années de détention par le gouvernement iranien, les ressortissants britanniques Nazanin Zaghari-Ratcliffe et Anoosheh Ashoori retourneront d’Iran aujourd’hui » et « ils seront réunis avec leurs familles », a indiqué la chef de la diplomatie Liz Truss.
« Ils ont fait face à des épreuves qu’aucune famille ne devrait jamais connaître, et c’est un moment de grand soulagement », a-t-elle ajouté dans un communiqué, saluant « le résultat d’une diplomatie britannique tenace et créative ».
Le cas de Nazanin Zaghari-Ratcliffe, 43 ans, avait vivement ému au Royaume-Uni. Cette employée de la Fondation Thomson Reuters, bras philanthropique de l’agence de presse éponyme, avait été arrêtée en avril 2016 après avoir rendu visite à sa famille avec sa fille de 22 mois.
Accusée de complot pour renverser la République islamique, elle avait été condamnée à cinq ans de prison.
« Nazanin est maintenant dans les airs, quittant six ans d’enfer en Iran », a tweeté Tulip Siddiq, la députée travailliste de la circonscription londonienne où vit son mari Richard Ratcliffe, publiant une photo de la quadragénaire prise dans un avion.
Anoosheh Ashoori, ingénieur à la retraite, avait lui été arrêté en août 2017 alors qu’il rendait visite à sa mère et condamné à 10 ans de prison pour espionnage en faveur d’Israël.
Traitement inhumain
Alors que la République islamique d’Iran retient plus d’une douzaine de détenteurs de passeports occidentaux, Liz Truss a indiqué que Londres continuerait à œuvrer au départ d’Iran de Morad Tahbaz, un Irano-Américain ayant également la nationalité britannique, condamné à 10 ans de prison pour « conspiration avec l’Amérique » et qui a bénéficié d’une libération conditionnelle.
Le Premier ministre Boris Johnson avait plus tôt dans la journée exprimé l’espoir d’une issue positive, confirmant qu’une équipe de négociateurs britanniques travaillait à Téhéran pour obtenir la libération de plusieurs binationaux.
La Fondation Thomson Reuters s’est déclarée « folle de joie » après la libération de Nazanin Zaghari-Ratcliffe. « Victime innocente d’un différend international, Nazanin a été utilisée comme tant d’autres comme pion politique. Son traitement a été totalement inhumain », a commenté son directeur, Antonio Zappulla. « Nazanin a subi une souffrance inimaginable », a déclaré Rupert Skilbeck, directeur de l’ONG Redress qui suivait son cas. « Sa détention en Iran a toujours été illégale et son traitement équivaut à de la torture. ».
Son mari Richard Ratcliffe, qui depuis 2016 s’était battu sans relâche pour obtenir la libération de son épouse, avait affirmé à plusieurs reprises que sa femme était l’« otage » d’un sinistre jeu politique portant sur une vieille dette contractée par le Royaume-Uni dans le cadre d’un contrat d’armement et datant de l’époque du chah d’Iran.
Mme Truss a indiqué que le gouvernement britannique avait soldé avec Téhéran cette dette de près de 400 millions de livres (476 millions d’euros), sans établir de lien entre les deux affaires. Cette dette « a été réglée dans le plein respect des sanctions britanniques et internationales (...) et ces fonds seront réservés uniquement à l’achat de biens humanitaires », a assuré Liz Truss.
La libération des deux Irano-Britanniques intervient alors que les négociations en cours à Vienne entre les Européens, dont le Royaume-Uni, la Chine et la Russie avec l’Iran pour sauver l’accord sur le nucléaire iranien semblent sur le point d’aboutir.
Pour Amnesty International, « Nazanin et Anoosheh n’auraient jamais dû être détenus en premier lieu – ils ont tous deux été emprisonnés sur la base d’accusations de sécurité nationale fabriquées de toutes pièces, une tactique habituelle en Iran ».
Nazanin Zaghari-Ratcliffe avait récupéré son passeport mardi, soulevant l’espoir d’une libération proche. Quatre ans après son arrestation, elle avait obtenu en mars 2020 une permission de sortie temporaire en raison de la pandémie de Covid-19 et été placée en résidence surveillée chez ses parents. Mais, arrivée en bout de peine, elle avait été de nouveau condamnée fin avril 2021 à un an de prison pour avoir participé à un rassemblement devant l’ambassade d’Iran à Londres en 2009. En octobre dernier, elle avait perdu son appel, faisant craindre à ses proches un retour en prison.
Richard Ratcliffe, père de leur petite fille Gabriella, aujourd’hui âgée de 7 ans, avait fait deux grèves de la faim pour alerter sur son sort.
Source : AFP
« Deux sujets » encore à régler avec les États-Unis, selon l’Iran
« Deux sujets » sont encore à régler avec les États-Unis en vue de parvenir à un accord sur le nucléaire iranien entre Téhéran et les grandes puissances, a déclaré hier le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian. Des efforts cruciaux sont en cours à Vienne pour sauver l’accord de 2015 qui avait été conclu par l’Iran d’un côté et par les États-Unis, la Chine, la France, le Royaume-Uni, la Russie et l’Allemagne de l’autre. Le 11 mars, l’Union européenne qui coordonne le processus de négociation avait annoncé une pause dans les pourparlers. « Nous avions quatre sujets parmi nos lignes rouges », a dit le ministre, cité par l’agence de presse étatique IRNA. « Deux sujets ont été presque réglés » et « deux autres demeurent, dont (une) garantie économique ». Le ministre n’a pas donné de précision sur le second sujet. « Si la partie américaine répond favorablement à nos dernières demandes aujourd’hui, nous sommes prêts à aller à Vienne demain », a-t-il ajouté. L’accord de 2015 visait à empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique, une intention qu’a toujours niée ce pays, en lui donnant le droit au nucléaire civil. Les États-Unis s’en sont retirés en 2018 sous la présidence de Donald Trump et ont rétabli les mesures punitives qui asphyxient l’économie iranienne. En réponse, Téhéran s’est largement affranchi des restrictions sur ses activités nucléaires. Une fois à la Maison-Blanche, le démocrate Joe Biden a souhaité revenir dans l’accord, mais les négociations indirectes ont été difficiles.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
"Leur libération est intervenue au moment où Londres a annoncé avoir soldé avec Téhéran une vieille dette de près de 400 millions de livres" et ce "sans établir de lien entre les deux affaires." Pas de lien? Tu parles! La république-dictature des mollahs est - c'est bien connu - spécialisée dans les kidnappings contre rançon!
08 h 05, le 17 mars 2022