Des membres du service de l’état d’urgence se dirigent vers un boîtier de fusée coincé dans l’allée à la suite d’un récent bombardement à Kharkiv, en Ukraine, le 25 février 2022. Maksim Levin/Reuters
Ampleur du conflit, motifs, envahisseurs et victimes... Abreuvés par les médias officiels, de nombreux Russes habitant à quelques kilomètres à peine de violents combats accusent les Ukrainiens d’agression, remercient Vladimir Poutine de les protéger et croient à une « opération spéciale » limitée au Donbass.
« Des combats ? Non, ce ne sont pas des combats, ce sont des entraînements tactiques, il n’y pas d’attaque menée par la Russie », assure Evgueni Kotegov, 54 ans, sous la sempiternelle statue de Lénine qui trône sur la place centrale d’un village dans la région de Rostov, à une poignée de kilomètres de la frontière ukrainienne.
Pourtant, de l’autre côté de la frontière, au Nord, militaires russes et forces séparatistes soutenues par Moscou combattent l’armée ukrainienne sur son sol. Et à l’Ouest, des forces avancent vers le port ukrainien de Marioupol.
Mais cet enseignant retraité d’une académie militaire n’en démord pas : « La Russie mène des entraînements tactiques sur son territoire. Sa mission? Ne pas permettre une invasion étrangère. »
Aux informations de midi, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov réitère les mots utilisés par Vladimir Poutine pour justifier l’invasion de l’Ukraine décrite simplement comme « opération militaire spéciale » limitée aux régions séparatistes ukrainiennes du Donbass, dont il a reconnu l’indépendance.
Il s’agit, selon M. Poutine, de « démilitariser et dénazifier » l’Ukraine pour éviter le « génocide » qu’il accuse sans fondement Kiev de mener contre les russophones du pays.
À la télévision, aucune image des affrontements dans de nombreuses villes ukrainiennes, des victimes civiles, des habitants de Kiev et Kharkiv réfugiés dans le métro qui passent en boucle sur les médias indépendants et étrangers.
Le discours officiel est occasionnellement accompagné de brèves images montrant les rues de villes ukrainiennes calmes et désertes.
« Des bombardements à Kiev ? » s’étonne Vladimir Karavaïev, 80 ans, ancien fonctionnaire du Parti communiste, interrogé à ce sujet par l’AFP. L’information promptement digérée, il tranche : « Il n’y a pas d’autre solution. »
Ce retraité, bonnet sur la tête, poursuit : « Je ne pense pas que ce soit un conflit de grande ampleur (...) En plus, là-bas (en Ukraine), il y a de l’injustice : les nazis sont au pouvoir », conclut-il, avant de s’éloigner en poussant son vélo.
Les autorités russes contrôlent complètement la télévision, source d’informations principale d’une grande partie de la population, notamment en dehors des métropoles.
Ces dernières années, l’étau s’est également resserré autour des journaux à coups de rachats par des figures pro-Kremlin et sur internet. De nombreux journalistes et médias critiques se sont vu imposer l’étiquette infamante d’« agents de l’étranger ».
Cette semaine, les autorités ont de plus interdit aux médias d’utiliser autre chose que des sources « officielles » russes.
« Poutine ne veut pas de guerre »
Lioudmila Iakovenko, 38 ans, travaille dans une ferme à quelques dizaines de kilomètres de la frontière avec le Donbass. Actuellement en congé maternité, elle confie entendre la guerre lorsque le vent souffle dans sa direction. « Surtout le soir, nous entendons vraiment les tirs, même des avions de combat », dit-elle, tenant sa petite fille en doudoune colorée par la main. Elle suit les informations officielles : « J’ai la télévision allumée en permanence. »
Pour elle, ce sont bien sûr les Ukrainiens qui attaquent la Russie. « Nous espérons que Poutine va bien nous protéger (...) des Ukrainiens. Poutine s’est adressé aux Ukrainiens et leur a dit : “Déposez les armes, rentrez chez vous”. Nos soldats sont à la frontière, mais ils ne tirent pas, Poutine ne leur permet pas d’ouvrir le feu, il ne veut pas qu’il y ait cette guerre », jure-t-elle.
Parmi les rares habitants à douter de ce que raconte la télévision russe, Nikita Michenko, 28 ans, a acheté quelques journaux. « Je sais qu’il y a des épisodes de guerre... » commence timidement ce réparateur d’électronique. Il ne faut pas croire tout ce qu’on voit à la télé, sur les réseaux sociaux, il faut penser par soi-même, il faut comprendre que les citoyens pacifiques n’ont pas de responsabilité. »
Il a entendu parler des combats qui se déroulent aux abords de la capitale ukrainienne Kiev et près du port de Marioupol. Prudent, il ajoute : « Les deux côtés ont leurs raisons et leurs torts. »
Andrea PALASCIANO/AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Il est ahurissant de constater qu'à l'ère d'internet et des réseaux sociaux, les gens se laissent encore manipuler à ce point par la propagande officielle. Le progrès technologique n'a, malheureusement, pas été accompagné de d'une amélioration de l'intelligence et du discernement. Après tout, il existe, au XXIème siècle, plus de partisans de la Terre plate qu'il y a mille ans. On trouve même, au Liban, des gens sincèrement convaincus (mais oui, ça existe!) que les armes du Hezbollah ont pour but la défense du Liban! Goebbels, ministre de la propagande d'Hitler, avait émis une loi qui porte son non et qui est bien connue des techniciens de la politique et de la publicité (où est la différence?). Elle peut se résumer ainsi: face à une proposition donnée, on trouve 12,5% de personnes pour, et qui savent pourquoi, 12,5% de contre et qui savent pourquoi. Les 75% restants sont manipulables et sont l'objet de la propagande. Il en concluait, qu'il fallait toujours, dans un régime totalitaire, 12,5% de la population en camp de concentration!
08 h 08, le 26 février 2022