Le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, lors de son entretien sur la chaîne iranienne d’information en arabe, al-Alam, le 8 février 2022. Capture d’écran
Comme c’est le cas dans toutes ses interventions télévisées, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a marqué l’actualité cette semaine après l’interview qu’il a accordée à la chaîne iranienne al-Alam, mardi soir. Mais ce qui a surtout attiré l’attention des milieux politiques et populaires, ce sont ses propos sur l’influence américaine sur l’armée libanaise. Certes, le sujet n’est pas nouveau et nul n’ignore que l’armée bénéficie d’aides américaines consistantes, en armes et en équipements. Tout comme ses prédécesseurs, le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, effectue des visites presque annuelles aux États-Unis au cours desquelles il s’entretient avec les responsables du Pentagone et les commandements régionaux dans l’état-major interarmes. Il y a même eu des périodes de divergences claires entre l’armée libanaise et le Hezbollah, notamment entre 2014 et 2016, lorsque la troupe n’affrontait pas suffisamment aux yeux du parti chiite les cellules de Daech dans le jurd de Ersal, faute d’instructions dans ce sens de la part des responsables politiques.
D’ailleurs, le Hezbollah avait fini par prendre les devants et c’est ainsi que dans les premiers mois de 2017, la bataille « Aube des jurds » avait été lancée permettant au Liban de couper la voie aux cellules jihadistes qui cherchaient à s’établir dans cette région. Des années plus tard, en octobre 2021, après les affrontements de Tayouné entre des partisans du tandem Amal-Hezbollah et des éléments vraisemblablement proches des Forces libanaises, qui ont fait sept morts – six parmi les partisans d'Amal et du Hezbollah et une femme qui était à son balcon –, il y a eu plusieurs tentatives, dans certains médias et sur les réseaux sociaux, de mettre en cause l’armée et lui faire assumer en partie la responsabilité en disant que des militaires ont aussi tiré sur les manifestants. Là aussi, le Hezbollah s’est bien gardé de pointer du doigt l’armée et dans les discours qu’il a prononcés à la suite de ces incidents, Hassan Nasrallah s’est abstenu de critiquer l’institution militaire, se contentant de formuler une certaine déception. Il était ainsi clair qu’à chaque friction ou crise, le parti pro-iranien, et son secrétaire général en particulier, ont pris soin de ménager l’armée, de ne jamais critiquer publiquement ses agissements et surtout de ne pas s’offusquer de ses relations étroites avec les Américains. C’est pourquoi les récents propos de secrétaire général du parti ont surpris ceux qui suivent ce dossier. Mardi soir, il a clairement évoqué la présence d’officiers américains à Yarzé ainsi que des visites répétées de l’ambassadrice des États-Unis au commandement de l’armée. Comme en général ses mots sont soigneusement pesés, il ne pouvait donc pas s’agir d’une bourde ou d’une remarque qui lui aurait échappé.
Un projet récurrent
À Yarzé, les responsables ont immédiatement cherché à connaître les dessous des propos de Hassan Nasrallah. Si, publiquement, les responsables ont refusé de les commenter ou même de leur donner de l’importance, des contacts discrets ont été entrepris pour essayer de voir s’il y avait derrière ces propos un message adressé au commandant en chef de l’armée ou à son état-major. Médiateurs et amis communs se sont démenés pour essayer d’en savoir plus, alors que l’armée, elle, est restée silencieuse sur le sujet. Les milieux proches de Yarzé précisent que l’idée de provoquer des frictions entre l’armée et le Hezbollah est un projet récurrent et que les deux parties en ont parfaitement conscience. C’est pourquoi elles ne tomberont pas dans ce piège, sachant que tout incident qui les opposerait est de nature à les affaiblir toutes les deux et à nuire au pays dans son ensemble.
Certaines sources proches de l’armée ont toutefois estimé que les propos du leader chiite pourraient être perçus comme un message adressé au commandement de l’armée pour discuter de l’étape à venir et rappeler qu’il ne suffit pas d’avoir l’aval des Américains, il faut aussi avoir de bonnes relations avec le Hezbollah, surtout si en filigrane l’enjeu présidentiel commence à apparaître. Les sources militaires officielles refusent cette interprétation et affirment que les propos de Hassan Nasrallah s’inscrivent essentiellement dans la volonté de dénoncer les ingérences américaines dans les affaires intérieures libanaises. Selon ces mêmes sources, le Hezbollah voulait ainsi marquer la différence entre l’attitude interventionniste américaine et ce que les détracteurs de sa formation appellent « l’occupation iranienne du pays ».
De son côté, le parti chiite est d’abord resté silencieux, laissant libre cours aux interprétations et aux commentaires. Ce n’est que jeudi, après avoir été interrogé sur cette question, qu’un haut responsable de la formation a abordé le sujet pour assurer que les relations entre le Hezbollah et l’armée, en particulier avec le général Joseph Aoun, sont excellentes. « Par conséquent, il n’est nul besoin de recourir à des moyens détournés pour leur faire parvenir des messages par le biais des médias, a-t-il dit. Tous les sujets sont discutés en toute franchise lors des réunions bilatérales ». Selon ce haut responsable, le Hezbollah n’a aucun problème à ce que les États-Unis équipent l’armée libanaise. « Mais les États-Unis ne veulent pas que l’armée libanaise soit trop forte. Ils lui donnent les armes qu’ils veulent pour contrôler sa puissance et veiller ainsi à ce que cet armement ne constitue pas une menace pour l’entité israélienne. » Le Hezbollah affirme donc que ses relations avec l’armée libanaise sont stables et bâties sur la confiance. Par conséquent, les messages de Hassan Nasrallah étaient destinés aux Libanais, qui brandissent la souveraineté face aux Iraniens, alors qu’ils ne bronchent pas devant les multiples ingérences américaines, et ensuite aux Américains eux-mêmes pour leur dire qu’il connaît toutes leurs démarches. Mais qu’il n’est pas question pour lui de tomber dans les pièges d’une discorde nuisible pour tous.



Quelle belle photo! Elle résume tout ce que Hassan Nasrallah représente avec sa Weltanschauung et sa profession d'allégeance au Wali-al-Faqih: "Nous ici, du Liban, nous disons au monde entier que notre imam, notre commandant et notre maître à l'époque présente est samahat le grand ayatollah l'imam assayed Ali Al Hussayni Al Khamenei" Evidemment, la traduction est d'une mièvrerie toute gallicane par comparaison à la version originale, qui, je suppose, semble donner des frissons de joie et d'extase(et qui sait, peut-être plus...)à cette chère Mme Haddad!
11 h 42, le 30 septembre 2022