De longues files d’attente devant le bureau de la Sûreté générale dans le quartier du Musée national de Beyrouth. Photo Zeina Antonios
Une nouvelle plateforme en ligne de prise de rendez-vous pour l’obtention ou le renouvellement de passeports, destinée à réduire les longues files d’attente à la Sûreté générale constatées ces derniers mois, a été dévoilée le 27 janvier dernier. L’organisation de défense des droits numériques SMEX, basée à Beyrouth, a toutefois très vite soupçonné le site de « ne pas sécuriser les données et de manquer de confidentialité et de transparence ».
Autre point de controverse : le site affiche un avis signalant qu’il a été « créé par la Fondation Hani Saliba », une organisation relativement récente portant le nom d’un homme d’affaires basé au Metn-Nord, qui se présente vraisemblablement aux prochaines élections législatives de mai, selon les médias locaux.
« Qu’une nouvelle plateforme ait été créée pour faciliter les procédures relatives aux passeports, c’est une bonne chose », déclare Mohammad Najm, directeur exécutif de SMEX. Mais qu’elle ait été créée, selon lui, à l’initiative d’un futur candidat aux élections constitue un conflit d’intérêts. En effet, comment garantir que ce candidat n’ait pas accès aux données pour les utiliser à des fins de campagne ? se demande-t-il.
L’Orient Today a tenté de joindre Hani Saliba, mais n’a pas obtenu de réponse. Toutefois, son conseiller politique, Gilbert Rizk, a assuré au quotidien an-Nahar que la fondation a remis le site web au gouvernement et qu’elle n’a pas accès aux informations qu’il recueille. La Sûreté générale n’a pas répondu à une demande de commentaire, mais dans une déclaration publiée en ligne, elle a affirmé qu’elle seule avait accès aux données collectées.
Sécurité et confidentialité
Selon ses critiques donc, le site ne présente pas de garanties de sécurité, car le trafic ne passe pas par le protocole de transfert hypertexte sécurisé (https) – un protocole de communication internet qui permet de protéger la confidentialité des données et d’accroître la sécurité de leur transfert – et ne dispose pas d’une politique de confidentialité des données. M. Najm rappelle ainsi que l’adresse de la plateforme n’était pas précédée du préfixe https lors de son lancement, ce qui « permettrait à un tiers d’accéder aux informations ». Cependant, il signale que les créateurs du site « ont réparé l’erreur par la suite, ce qui a rendu la plateforme plus sûre en termes de connexion ».
Prié de clarifier ce point technique, le développeur principal de la plateforme, Émile, qui a souhaité que son nom complet ne soit pas dévoilé, conteste l’allégation de M. Najm, affirmant que le https a été mis en œuvre dès le lancement du site. Pour lui, le site est bel et bien sécurisé.
« Dans son tweet, SMEX prétend que la connexion n’est pas sécurisée, dans le sens où le trafic passe par http et non par https », a-t-il écrit sur Reddit. « Cependant, comme nous utilisons Cloudflare (une suite intégrée de sécurité et de performance pour les applications web), tout le trafic passe par https. Preuve en est, tous ceux qui visitent le site gs-appt.gov.lb remarquent le signe de verrouillage en haut à gauche, qui indique que leurs données sont bel et bien sécurisées. » Il ajoute : « Hani (Saliba) n’a aucune sorte d’accès à la plateforme, de quelque manière que ce soit, pour traiter les données. La Sûreté générale est la seule entité qui peut accéder aux données, et elle prend très au sérieux la préservation de la confidentialité des utilisateurs. » Il précise même que lorsque la plateforme « a eu besoin d’être réparée, je n’ai pas été autorisé à y accéder et j’ai dû me rendre physiquement dans le bâtiment de la Sûreté générale pour la réparer sous la supervision de deux de leurs fonctionnaires ».
Autre problème soulevé par les défenseurs de la sécurité numérique : le site ne comporte pas de texte clair sur une politique de confidentialité qui indique aux utilisateurs comment leurs données seront utilisées et par qui. M. Najm fait remarquer qu’« il n’est pas concevable de créer une plateforme et de la mettre au service du public sans politique de confidentialité et sans conditions générales ». Cette plateforme ne causera pas nécessairement de préjudice à ses utilisateurs, mais l’enjeu, selon lui, est le respect de la vie privée.
Influence politique
Au-delà des questions de respect de la vie privée, certains se sont interrogés sur le bien-fondé de confier le financement et le développement d’un site web gouvernemental à la fondation d’un candidat aux élections.
Mais qui est Hani Saliba ? Sur son site web, on lit qu’il est le PDG de Haliburg Construction, une entreprise de construction présente au Nigeria, au Kenya et en Inde, ainsi que de Petrovoll, une entreprise basée en Allemagne qui produit des lubrifiants pour machines. Toutes deux sont des filiales du groupe Haliburg basé à Dubaï, un conglomérat dont le portefeuille comprend l’hôtellerie, l’immobilier et la biomédecine. L’entreprise ne révèle pas la liste de ses dirigeants, mais M. Saliba renvoie à son site web depuis son compte Twitter.
Ce sont des médias locaux qui ont rapporté que M. Saliba est également candidat aux prochaines élections parlementaires, dans la circonscription du Metn. M. Saliba était injoignable pour un commentaire et le ministère de l’Intérieur n’a pas répondu à une demande d’information sur son éventuelle candidature.
La Fondation Hani Saliba, quant à elle, a été enregistrée auprès du ministère de l’Intérieur en décembre 2020 et a rapidement lancé plusieurs initiatives philanthropiques dans le caza du Metn, notamment des campagnes de dépistage du cancer du sein et un village de Noël à Bteghrine. Son projet le plus en vue est probablement celui qui visait à subventionner le coût de transport des usagers de quatre lignes de bus reliant Dora à quatre municipalités du Metn : Baskinta, Mrouj, Bteghrine et Bickfaya.
Le programme de renouvellement des passeports de la Sûreté générale semble être la première incursion de la Fondation Hani Saliba dans le développement web, mais pourrait ne pas être la dernière. Dans un communiqué accompagnant le lancement du site web, la fondation déclare que ce projet « fait partie d’un plan intégré qui inclut la majorité des administrations publiques chargées de gérer les affaires des citoyens, et visant à améliorer progressivement ces services. Satisfaite du fait que tous les citoyens bénéficient de ce nouveau service, la fondation promet d’annoncer très prochainement des projets similaires au sein d’autres ministères ».
La Sûreté générale, pour sa part, affiche clairement le fait que le site web lui a été fourni gratuitement : preuve en est, l’expression « créé par » a été remplacée par « en reconnaissance des efforts déployés par la Fondation Hani Saliba ». La SG n’a pas répondu à la question de savoir si un appel d’offres avait été lancé au préalable.
Un site offert, mais à quel coût ? Sur Reddit, le principal développeur du site écrit que celui-ci n’a coûté qu’entre 1 000 et 1 500 dollars. Il précise ensuite qu’il s’agit là du montant qui lui avait été payé pour ses services, et qu’il ne sait pas combien a coûté l’ensemble du projet. « La plateforme de renouvellement des passeports est financée par la Fondation Hani Saliba. Celle-ci a payé pour le développement de la plateforme et pour des mesures de sécurité supplémentaires (Cloudflare) », ajoute-t-il.
Améliorer son image
Le nouveau site de la SG fait suite à un autre programme financé par la fondation, qui semble également destiné à améliorer l’image de l’homme d’affaires. Lancé en septembre dernier, il consiste en une subvention de 5 000 LL pour les usagers libanais des bus qui acceptent d’arborer le logo de la Fondation Hani Saliba sur leur vitre arrière, réduisant ainsi de moitié le tarif normal, qui était à l’époque de 10 000 LL. Ce tarif a depuis augmenté, mais la subvention est restée à 5 000 LL.
Le programme a attiré l’attention et les louanges sur les réseaux sociaux, bien que certains internautes et journalistes de médias locaux soient restés sceptiques quant à la motivation de cette initiative, lancée neuf mois avant les élections et bénéficiant principalement aux résidents de la circonscription électorale du Metn-Nord.
« Tout le monde va être généreux jusqu’en mai... 2022, écrit un utilisateur des réseaux sociaux, non sans sarcasme. Il ne faudra pas plus de deux jours après les élections pour que personne ne réponde plus au téléphone. »
Dans une déclaration en octobre dernier, le bureau des médias de M. Saliba avait justifié le timing du projet en rappelant que l’homme d’affaires « n’a pas choisi le moment de la débâcle économique que traverse le pays ». Par conséquent, son organisation et lui se trouvent face à une obligation sociale d’aider et de soutenir les habitants de la région.
Cet article a été originellement publié en anglais sur le site de L’Orient Today le 1er février 2022.





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C qui est frappant que c’est un site pour ceux qui veulent renouveler leur passeport au Liban; hormis qu’on t’envoie un code SMS peur n’importe quel téléphone mobile dans le monde! Quid ce qui habite à l’étranger?
14 h 55, le 07 février 2022