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Politique - Focus

Les calculs électoraux des sunnites du 8 Mars

Les experts divergent sur les chances de la « Rencontre consultative » d’améliorer ses positions au Parlement.

Les calculs électoraux des sunnites du 8 Mars

Le chef de l’État Michel Aoun recevant à Baabda les députés sunnites de la Rencontre consultative, le 11 janvier. Photo Dalati et Nohra

Ils étaient en principe au nombre de six, mais n’ont jamais réussi à s’imposer en tant que bloc uni et homogène. Les députés sunnites dits du 8 Mars – car largement soutenus par le Hezbollah et ses alliés – ont pu pour la plupart d’entre eux percer aux législatives de 2018 grâce à la nouvelle loi électorale suivant le mode proportionnel. S’étant regroupés de manière « opportuniste », diront certains observateurs, ces députés, de vieux routiers de la politique, ont fait leur retour dans l’hémicycle où ils ont formé un groupe baptisé la « Rencontre consultative sunnite ». Celle-ci regroupait à l’origine Abdel Rahim Mrad (Békaa-Ouest), Adnane Traboulsi (Beyrouth II), Fayçal Karamé (Tripoli), Jihad Samad (Denniyé), Kassem Hachem (Marjeyoun-Hasbaya) et Walid Succariyé (Baalbeck-Hermel). Partageant un même objectif – se démarquer du haririsme politique qui avait le quasi-monopole de la rue sunnite – ils ont cherché à s’imposer depuis en tant que groupe ayant sa propre existence sur l’échiquier politique de la communauté.

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En janvier 2019, ils ont même réussi, à la faveur d’un forcing du Hezbollah plutôt que de leur propre influence, à bloquer le processus de formation du gouvernement en exigeant d’être représentés au sein du cabinet par deux ministres. Ils n’obtiendront au final qu’un seul ministre d’État pour les Affaires du commerce extérieur, Hassan Mrad, passé inaperçu au sein du cabinet. Une déconvenue qui poussera Jihad el-Samad, qui ambitionnait de briguer lui aussi un portefeuille, à se retirer de la Rencontre consultative, tout en maintenant sa proximité avec l’axe pro-8 Mars. Kassem Hachem, compté dans le groupe parlementaire du mouvement Amal, refuse lui aussi d’être considéré comme faisant partie de cette Rencontre, qui s’est quelque peu effritée. « Je ne me considère absolument pas membre de ce groupe avec lequel il y a une coordination politique uniquement », confie-t-il à L’Orient-le Jour, avant de rappeler que son groupe parlementaire s’était démarqué de la Rencontre consultative à maintes occasions, notamment lorsqu’il s’agissait de nommer Saad Hariri pour former un gouvernement en 2018.

Quelques estimations

Représentant selon des experts près de 30 % de l’électorat sunnite, les sunnites du 8 Mars pourraient prétendre aujourd’hui à de meilleurs scores aux prochaines législatives, selon certains experts, maintenant que le leader naguère incontesté de la communauté, Saad Hariri, s’est retiré du jeu.

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Ils pourraient ainsi aspirer à arracher des voix non négligeables auprès des électeurs dépités du courant du Futur. Selon les dernières estimations de l’expert électoral Kamal Feghali, le courant haririen aurait perdu près de 60 % de ses supporters. Un chiffre qui aurait en partie contribué à sa décision de renoncer à poursuivre la course. M. Feghali croit savoir que le départ de Saad Hariri pourrait effectivement profiter à ce camp appelé à potentiellement s’élargir en incluant de nouvelles figures, grâce à son alliance avec le Hezbollah. D’après les calculs de l’expert, les sunnites du 8 Mars ont de fortes chances de former le plus grand bloc représentant cette communauté au Parlement. D’autant que les vétérans du haririsme, eux, se comptent sur les doigts de la main, comme Hadi Hobeiche et Walid Baarini au Akkar, et Karim Kabbara, le fils de Mohammad Kabbara à Tripoli.

De l’autre côté, le paysage électoral pour les haririens est encore flou, et les candidatures extrêmement timides. La scène est donc relativement libre pour les sunnites du 8 Mars qui pourront presque doubler le nombre de leur sièges au Parlement, dit M. Feghali. Des pronostics que l’expert avance toutefois avec beaucoup de précaution, le paysage des alliances étant pour l’instant très aléatoire.

Une moindre mobilisation

Un autre spécialiste électoral, Assem Chaaya, soutient la thèse contraire. « Je ne crois pas du tout à l’acquisition par les sunnites du 8 Mars d’une plus grande part de représentation au prochain scrutin », dit-il. D’après lui, il n’est pas dit que les électeurs qui votaient pour Saad Hariri vont avoir un comportement aux antipodes du précédent et accorder leur voix à une ligne politique aussi contraire. D’autant qu’une des raisons de la déception des électeurs haririens était précisément le modus vivendi conclu avec le Hezbollah, une pilule qu’une grande majorité de la rue sunnite n’a jamais pu avaler. C’est probablement ce qui va pousser cette partie de l’électorat à aller plutôt vers les candidats du centre ou même plus à droite, c’est-à-dire vers les nouveaux faucons anti-Hezbollah comme Baha’ Hariri, le frère de Saad Hariri, et Achraf Rifi, alliés aux Forces libanaises.

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« Lorsque l’adversaire (Saad Hariri) se retire de la bataille, la mobilisation de part et d’autre n’est pas au rendez-vous », précise M. Chaaya. Comprendre que l’absence du courant du Futur de la scène électorale risque d’affecter le taux de participation des électeurs du 8 Mars. Par conséquent, les candidats sunnites de ce camp seraient probablement réélus mais avec de faibles scores, car l’adversaire le plus redoutable n’est plus présent comme auparavant et que le reste des concurrents mène la bataille en « rangs dispersés ». La victoire des sunnites du 8 Mars serait d’autant plus ternie selon cette thèse que les groupes dits de la contestation pourraient rafler une large part des voix de cette communauté sur l’ensemble du territoire libanais s’ils parviennent à former un front uni. Ce qui n’est pas garanti pour l’heure.

Autre acteur potentiellement « menaçant » pour les concurrents sur la scène sunnite, la Jamaa islamiya, qui dispose d’une organisation partisane et d’une machine électorale parfaitement huilée, et qui a bien plus de chances d’attirer les voix haririennes aussi bien dans le Nord qu’à Beyrouth ou Saïda.

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N’étant pas marqués au fer rouge de l’idéologie du Hezbollah, certains parmi les sunnites du 8 Mars pourraient en outre se distancier du parti chiite pour tenter de rafler des voix modérées. Jihad el-Samad, par exemple, aurait esquissé depuis un certain temps un pas timide vers le centre et tenu des propos quelque peu polémiques sur le Hezbollah au sujet du Yémen. Une position qu’un Tripolitain, proche du camp Hariri, explique notamment par le fait que M. Samad a fait carrière aux Émirats arabes unis avec lesquels il entretient à ce jour d’excellentes relations. Contactée, une source proche de M. Samad se contente d’affirmer à L’Orient-Le Jour à ce propos que la ligne politique du groupe reste constante, mais que c’est l’intérêt de la base électorale qui prime. En définitive, les élections ne sont qu’une affaire de « seuil électoral et de coefficient », ajoute-t-elle.

« À l’origine, les membres de la Rencontre consultative sont pour la plupart d’anciens affidés du régime syrien récupérés aujourd’hui par le Hezbollah. Il ne faut pas oublier que dans leurs régions respectives, il y a un refus du parti chiite », note un observateur très impliqué dans ces milieux. D’où la schizophrénie dans laquelle ils se retrouvent aujourd’hui plus que jamais : ménager leur base électorale en donnant une image d’indépendance relative et de distanciation par rapport au parti pro-iranien sans pour autant renier leur ligne politique d’origine.

Ils étaient en principe au nombre de six, mais n’ont jamais réussi à s’imposer en tant que bloc uni et homogène. Les députés sunnites dits du 8 Mars – car largement soutenus par le Hezbollah et ses alliés – ont pu pour la plupart d’entre eux percer aux législatives de 2018 grâce à la nouvelle loi électorale suivant le mode proportionnel. S’étant regroupés de manière...
commentaires (1)

Vous parlez d’élections, de positionnement etc…. Comme si tout allait bien. Mais la république libanaise est foutue dans tous les sens du terme. Quand est ce que vous allez comprendre qu’il reste encore six sous dans les tiroirs et que très bientôt la livre libanaise sera juste bonne à brûler dans les réchauds

Lecteur excédé par la censure

12 h 57, le 02 février 2022

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Commentaires (1)

  • Vous parlez d’élections, de positionnement etc…. Comme si tout allait bien. Mais la république libanaise est foutue dans tous les sens du terme. Quand est ce que vous allez comprendre qu’il reste encore six sous dans les tiroirs et que très bientôt la livre libanaise sera juste bonne à brûler dans les réchauds

    Lecteur excédé par la censure

    12 h 57, le 02 février 2022

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