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Nos Lecteurs ont la Parole

Le Liban entre « mafiastan » et « absurdistan »

La terminaison « stan » est d’origine persane qui exprime un lieu ou un État. D’où les noms en Asie centrale de l’Afghanistan, du Pakistan, Kazakhstan, Turkménistan et Ouzbékistan. Le Liban glisse vers le non-État par les soins de l’Iran. Il doit éviter de tomber dans le « Libanistan » et ses conséquences.

Le pays se maintient à peine dans un semblant d’État par un groupe mafieux qui n’a de souci que pour ses intérêts. La majorité des pays cohabitent avec une certaine mafia qui reste plus ou moins contrôlée et dans des domaines limités. Au Liban la mafia sévit et prétend gérer le pays. En Italie, les hommes de la mafia furent jugés, condamnés et leurs biens saisis par la justice. Certains ont mis à profit leur long séjour en prison pour étudier et obtenir des diplômes reconnus. Il a fallu pour cela un pouvoir judiciaire fort, libre et actif. Un pouvoir judiciaire non à la merci des politiques. Nous avons au Liban des juges capables, armés d’une haute noblesse, respectant leur conscience, et volontaires pour appliquer la loi. Il arrive parfois que certains restent noyés dans leur gangue communautaire et leur milieu familial et régional. Cela les éloigne de la rigueur, de l’objectivité de la loi et surtout de la noblesse d’esprit. Ces derniers jouent les hommes de main des politiques et se cachent derrière leurs nobles robes. Ils doivent savoir que les faits et la vérité ne sont pas toujours dans le monde de nos croyances. Quant au gouvernement, il est là pour faire de la figuration et non pour gouverner.

Les ministres enchaînés mentalement nous expliquent qu’ils étudient les problèmes, les dossiers ou bien qu’ils ont des projets qu’ils n’arrivent pas à mettre en application. Cette incapacité vient soit d’un manque de moyens ou bien du veto politique du clan adverse. Cela fait de notre gouvernement un gouvernement fantoche, loin de la gouvernance bienveillante. Un gouvernement manipulé par des politiciens. Des politiciens eux-mêmes manipulés par les forces extérieures. Dans ce contexte on ne peut que constater la déchéance à tous les niveaux. Une administration en « shutdown », un peuple aux abois. La seule préoccupation des gens est le cours de la livre ou du dollar, chose sur laquelle ils n’ont aucune prise. Pendant ce temps, des profiteurs de l’ombre modifient les prix d’un côté et des dates d’expiration des produits de l’autre. Élèves et parents désorientés sont victimes d’une situation conflictuelle entre écoles et enseignants. Les prix des carburants flambent, le peuple hurle de froid, les installations administratives (électricité, machines qui alimentent l’internet, l’aéroport et autres) sont en panne. Qui sont les responsables ! Ils sont devant nous, débordant des écrans de télévision, des pages des journaux et de certains médias. Tous annonçant le pire, certains prévoyant des solutions irréalisables. En attendant le peuple reste dans « l’absurdistan » libanais, dans un Liban qui s’effrite. Un Liban pris en otage par un groupe armé pour l’entraîner dans le giron des pays en « stan ».

Nos responsables rivalisent en médiocrité et malhonnêteté. Mais il y a une génération pour la relève. Cette génération annonce une politique de souveraineté nationale, de reprise en main de l’avenir du pays. Une politique ni suicidaire ni manipulée par l’extérieur. Une politique ni totalitaire ni obscurantiste. Une politique ni concentrationnaire ni du Goulag. Nous voulons une stratégie de défense concertée et acceptée par tout le pays. Il faut arrêter les rhétoriques guerrières et les slogans paranationaux. Ceci nous fera tomber dans la paranoïa des puissants de la force. Notre pays est convoité par l’ennemi Israël d’un côté et mal accepté par un pays frère la Syrie. Il souffre du poids des Palestiniens expulsés et des Syriens réfugiés, ainsi que des jihadistes de Daesh.

Dans ce vent de tourmente, des Libanais de bonne volonté peuvent relever le pays. Des patriotes capables de crier fort, de dire nos problèmes et d’oser les exprimer, c’est possible. De dire notre volonté sereine, d’être libre de choisir. De choisir les grands principes humains favorables au développement de l’individu et de la société. Les principes de réalisation de l’être humain et des rêves constructifs et créatifs de notre jeunesse, des principes de tolérance et d’ouverture d’esprit, de tout un chacun. Les principes de liberté et d’émancipation par l’éducation et la culture. Pour réaliser cet avenir, il ne faut ni boule de cristal ni les résultats des discussions à Vienne. Des femmes et des hommes de notre pays, de l’intérieur et de l’extérieur, peuvent prendre la relève. Des personnes animées par le feu intérieur pour le bien de l’humain. Le Liban pourra sortir de l’absurde et du règne de la mafia par un soutien international, une politique de neutralité et une entente avec tous les pays arabes.

Dr Adel AKL

Psychiatre psychanalyste

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La terminaison « stan » est d’origine persane qui exprime un lieu ou un État. D’où les noms en Asie centrale de l’Afghanistan, du Pakistan, Kazakhstan, Turkménistan et Ouzbékistan. Le Liban glisse vers le non-État par les soins de l’Iran. Il doit éviter de tomber dans le « Libanistan » et ses conséquences.Le pays se maintient à peine dans un semblant...

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