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Plus jamais


La mi-janvier est le moment où s’effilochent puis fondent comme neige au soleil les bonnes résolutions que l’on a témérairement prises pour l’année nouvelle. Arrêter de fumer ou de se ronger les ongles, se mettre à la stricte alimentation bio, tout cela est invariablement renvoyé à plus tard ; et la triste actualité a vite fait de démentir, de son côté, les mensongères promesses de progrès dont nous ont abreuvés les dirigeants.


Entre autres baudruches crevés, figure en bonne place cette table de dialogue national que l’on se proposait de dresser au palais présidentiel de Baabda dans l’espoir de mettre fin à l’actuelle impasse politique, financière et socio-économique. Ladite table ne reposant que sur un seul pied, il a fallu tout annuler. On a vu alors le chef de l’État reprocher sévèrement aux invités absents d’avoir ignoré le pathétique appel du devoir. Sans toutefois aller jusqu’à désigner explicitement ses propres alliés du Hezbollah, Michel Aoun a même qualifié de crime impardonnable l’insistance de ceux-ci à empêcher toute réunion du Conseil des ministres aussi longtemps que n’aura pas été écarté le magistrat enquêtant sur l’explosion de 2020 dans le port de Beyrouth. Rien à y redire évidemment : rien, sauf que l’auteur du magistral réquisitoire a lui-même bâti sa carrière politique, y compris son accession à la magistrature suprême, sur le recours systématique au blocage des institutions. Pour valable que parût donc le produit, ce sont les références du fabricant qui posaient sérieusement problème …


Piteusement dégonflé à son tour est l’engagement du Premier ministre à assainir les rapports du Liban avec l’Arabie saoudite. Sans grande conviction, faut-il croire, Nagib Mikati et son ministre de l’Intérieur se sont armés des dispositions très précises de la loi pour interdire la tenue d’un congrès des révolutionnaires du Golfe parrainé par l’omniprésent Hezbollah. Comme on pouvait s’y attendre, le congrès, marqué par des discours incendiaires, s’est tenu quand même ; et c’est une fois de plus la loi qui y a laissé le peu de plumes qui lui restaient sur le dos…


De ce véritable volcan oratoire qui a déversé sa lave sur le royaume wahhabite, on retiendra surtout la ferme détermination de la milice à ne plus jamais se laisser taxer de terrorisme et d’aventurisme, comme annoncé par un des dauphins présumés de Hassan Nasrallah. Que l’on ne saute surtout pas au plafond en battant des mains à l’idée saugrenue qu’un Hezbollah enfin rendu à la raison – et aux règles de la coexistence libanaise – a jugé venu le moment de se refaire une virginité, de ne plus prêter le flanc aux médisances. Qu’il s’est résigné à laisser se dérouler librement le cours de la justice et faire taire ainsi tous ceux qui le tiennent injustement pour premier suspect dans l’affaire de la monstrueuse explosion au port. Que, par compassion pour les citoyens, il va cesser d’entreposer un peu partout en zones d’habitation des stocks de munitions hautement explosifs et qui d’ailleurs ne se privent pas d’exploser régulièrement. Qu’il va montrer patte blanche sur la scène internationale et confondre ces gouvernements ou tribunaux étrangers de mauvaise foi qui lui attribuent mille turpitudes, tels les attentats et assassinats politiques, le trafic de drogue ou encore le blanchiment d’argent. Qu’il va renoncer à ces équipées paramilitaires en terres étrangères, en défense de causes encore plus étrangères aux préoccupations existentielles des Libanais. Et qu’enfin, car il faut bien abréger, le Hezbollah est prêt à rompre avec la provocation délibérée, avec cette insupportable arrogance qui, par la bouche de son chef de file parlementaire, le portait tout dernièrement à se proclamer maître du pays.


Colossal, on le voit, est le cahier des charges requis pour un recyclage des plus hypothétiques. Faut donc pas rêver. Le père Noël est déjà passé, et les poissons d’avril, ce n’est pas pour demain.

Issa GORAIEB

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La mi-janvier est le moment où s’effilochent puis fondent comme neige au soleil les bonnes résolutions que l’on a témérairement prises pour l’année nouvelle. Arrêter de fumer ou de se ronger les ongles, se mettre à la stricte alimentation bio, tout cela est invariablement renvoyé à plus tard ; et la triste actualité a vite fait de démentir, de son côté, les mensongères...