Un vendeur dans le marché de la ville d’al-Bab, dans la province du nord d’Alep, près de la frontière syro-turque, le 5 décembre 2021. Bakr Alkasem/AFP
Mohammad al-Debek et ses collègues enseignants dans le nord de la Syrie sont en grève. Ils réclament une hausse de leur salaire qui a perdu environ deux tiers de sa valeur en raison de la dévaluation de la livre turque. « En 2017, mon salaire valait 160 dollars américains. Aujourd’hui, il ne vaut plus que 50 dollars, ce qui me suffit à peine pour payer le loyer », confie Mohammad, 33 ans. Al-Bab est l’une des principales villes de cette région du nord de la Syrie frontalière de la Turquie, devenue ces dernières années de facto un protectorat turc. Ankara y exerce un contrôle militaire et la plupart des biens vendus sur les marchés sont turcs, de même que l’opérateur de téléphonie mobile. Ainsi, « l’effondrement de la livre turque a eu un impact considérable sur mon quotidien et m’a obligé à trouver un autre travail » en tant que vendeur dans une librairie, ajoute Mohammad en précisant que ce second emploi lui rapportait 40 dollars américains supplémentaires.
Depuis la mi-2020, plusieurs districts du nord de la Syrie sont sous administration turque. Et pour renforcer sa présence dans la région, la Turquie a investi massivement dans les secteurs de l’éducation et de la santé, entre autres.
La situation économique de la région est inextricablement liée à celle de la Turquie en crise et a aggravé la misère des Syriens déjà affectés par la guerre dans cette enclave appauvrie. Conséquence de cette interdépendance, l’effondrement de la livre turque – qui a perdu plus de 40 % de sa valeur depuis le début de l’année – s’est rapidement répercuté en termes de baisse du pouvoir d’achat et de hausse des prix des biens, notamment ceux importés de Turquie. Selon un rapport récent des Nations unies sur le nord-ouest de la Syrie, « 97 % de la population, y compris la population active, vit dans une extrême pauvreté ». En novembre, le prix du pain et d’autres produits de base a flambé dans la région. Pour le même prix, la quantité de pain est passée en quelques semaines de 650 grammes à 450 grammes.
Dormir le ventre vide
« La demande a diminué (...), les citoyens se contentent des produits de base et de leurs besoins quotidiens : nourriture, médicaments et chauffage », explique Ahmad Abou Obeida, propriétaire d’une entreprise de produits alimentaires importés de Turquie et vice-président de la Chambre de commerce au nord d’Alep.
Pour certains, acheter des produits de première nécessité est même devenu un luxe, à l’image de Hanaa, une déplacée de 36 ans qui vit dans le camp de Terhine proche de la ville d’al-Bab.
Cette mère de cinq enfants gagnait 20 livres turques par jour grâce à son travail de récolte de blé et de pommes de terre pendant l’été. Ce montant était suffisant pour nourrir sa famille depuis que son mari a été tué par une frappe aérienne il y a cinq ans. Mais avec l’effondrement de la valeur de la livre turque et la baisse du rythme de son travail avec le début de la saison hivernale, la vie est devenue très difficile : « Avant, j’avais au moins le nécessaire pour un repas », explique-t-elle. Aujourd’hui, elle se retrouve obligée de ramasser du bois pour se réchauffer et cuisiner à l’intérieur de la tente. « Tout ce dont je rêve, c’est d’avoir 50 livres par jour pour nourrir mes enfants afin qu’ils ne dorment pas le ventre vide », dit-elle.
Source : AFP



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02 h 30, le 13 décembre 2021