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Économie - Rapport

Corruption : ce qui sépare encore le Liban des derniers de classe

Un récent classement publié par une société suisse livre un constat à peu près similaire à celui établi par Transparency International.

Corruption : ce qui sépare encore le Liban des derniers de classe

Un graffiti sur un mur du centre-ville de Beyrouth avec un message appelant à prendre conscience de la situation du pays. Photo P.H.B.

Début 2021, l’ONG Transparency International (TI) rétrogradait un Liban en crise et avec un gouvernement démissionnaire dans la catégorie des pays « à surveiller », à l’occasion de la publication de sa dernière édition annuelle de l’indice de perception de la corruption, où il occupe depuis une déprimante 149e place sur 180 pays du monde. Loin d’être sévères, la note attribuée par l’organisation (25 points sur 100, soit un score très bas) et le recul enregistré au classement (-12 places) reflètent de manière plutôt exacte le niveau de déliquescence de l’État de droit dans un pays où le clientélisme politico-financier a pris le pas sur la légalité de façon encore plus flagrante depuis le début de la crise.

Ce constat a été corroboré il y a quelques semaines par un autre rapport, publié par Global Risk Profile, qui publie depuis quatre ans son propre classement sur les niveaux de « corruption globale », relayé cette semaine par le Lebanon this Week de Byblos Bank. La société suisse spécialisée dans la gestion de risque place le Liban à une piètre 162e place sur 196 pays et 13e sur 19 pays arabes retenus, avec un score de 63,71 points sur 100. Le système de notation est inversé par rapport à celui de TI, un score élevé traduisant donc un niveau de corruption important. Le Liban perd de plus 8 places par rapport au précédent classement.

Pays en guerre
Commentant ces résultats, le directeur exécutif de Lebanese Transparency International (LTA, l’antenne libanaise de TI), Julien Courson, considère de son côté que la frontière qui sépare encore le Liban des derniers de l’un ou l’autre des classements s’est considérablement amincie ces dernières années.

Pour mémoire

La corruption au Liban : les racines du mal

« Les pays moins bien classés que le Liban sont généralement en guerre ou sortent à peine d’une période de conflit, ce qui explique qu’ils soient encore moins bien lotis. Le second facteur qui empêche le Liban de toucher le fond revient au fait que certains attributs de l’État de droit y survivent encore, bon an, mal an », résume-t-il.

Des lambeaux incarnés par le système électoral, l’existence de certains corps de règles conformes aux standards internationaux (notamment en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale) ou le fait que certaines institutions-clefs fonctionnent encore, même mal, à l’image du fournisseur public Électricité du Liban (EDL). Le pays, qui a adhéré le 22 avril 2009 à la Convention des Nations unies pour la lutte contre la corruption, a même enregistré certaines avancées récemment, avec l’adoption en juillet dernier d’un code des marchés publics conforme aux standards internationaux et dont le processus de mise en œuvre s’étend sur plusieurs mois. Au niveau des initiatives privées, certaines plateformes à l’image d’Alert Lebanon (https://www.alert-lebanon.com) ont vu le jour pour attirer les lanceurs d’alerte.

Cependant, ces avancées ne compensent pas encore de nombreux dysfonctionnements graves des institutions de l’État et de la justice, comme en témoignent le sabotage continu de l’enquête sur la double explosion meurtrière du 4 août 2020 ou le fait que les banques ont pu pendant plus de deux ans restreindre l’accès des déposants à leurs comptes en devises sans que les autorités ou la justice ne réagissent. La contestation qui avait vu le jour le 17 octobre 2019 pour dénoncer les excès de la classe politique s’est, elle, fait lentement éteindre par la crise, les restrictions liées au Covid-19 et son incapacité à faire bloc. Un état des lieux qui appelle à prendre du recul par rapport aux déclarations du chef de l’État Michel Aoun à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre la corruption jeudi. Le président avait notamment assuré qu’il était « plus que déterminé à continuer la lutte contre les corrupteurs et les dégâts qu’ils ont occasionnés ces trente dernières années ».

Crimes en col blanc
Julien Courson souligne que les méthodologies de Transparency International – dont la prochaine édition de l’indice de perception de la corruption est attendue le 25 janvier prochain – et de Global Risk Profile sont assez similaires. « La différence majeure est que la société suisse tient compte en plus de la “corruption transnationale” pour noter les pays. C’est la valeur ajoutée de ce classement », nuance-t-il.

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De fait, Global Risk Profile affirme que son indice mesure le niveau de « risque » de corruption dans les institutions et le secteur privé d’un pays donné à travers 43 variables réparties en deux sous-indices : un premier mesurant la corruption globale et le second réservé aux « crimes en col blanc », qui vise justement les opérations de blanchiment d’argent et autres fraudes. L’indice mesure en outre le degré de conformité d’un pays à certains corps de règles comme celui imposé par le Foreign Corrupt Practices Act (FCPA), loi fédérale américaine de 1977 visant à combattre la corruption d’agents publics à l’étranger, ou la loi française « Sapin 2 » entrée en vigueur en 2017 pour renforcer la transparence des procédures de décision publique et mieux combattre la corruption, pour ne citer que ces deux textes.

La note globale du Liban est inférieure aussi bien aux moyennes mondiale (46,1 points) que régionale (55,5 points). La situation politico-sécuritaire délétère dans les cinq pays « arabes » moins bien classés que le Liban par la société suisse – Soudan (164e), Mauritanie (171e), Irak (180e), Yémen (193e), Libye (194e) et Syrie (195e) – donne un écho supplémentaire à l’analyse livrée par Julien Courson. La dernière place mondiale revient à la Corée du Nord, tandis que le podium des bons élèves est occupé par la Finlande, la Norvège et la Nouvelle-Zélande. Le pays arabe le mieux classé est la Jordanie (57e), qui grille la politesse au Qatar (59e) et à l’Arabie saoudite (66e).

Début 2021, l’ONG Transparency International (TI) rétrogradait un Liban en crise et avec un gouvernement démissionnaire dans la catégorie des pays « à surveiller », à l’occasion de la publication de sa dernière édition annuelle de l’indice de perception de la corruption, où il occupe depuis une déprimante 149e place sur 180 pays du monde. Loin d’être sévères, la note attribuée par l’organisation (25 points sur 100, soit un score très bas) et le recul enregistré au classement (-12 places) reflètent de manière plutôt exacte le niveau de déliquescence de l’État de droit dans un pays où le clientélisme politico-financier a pris le pas sur la légalité de façon encore plus flagrante depuis le début de la crise.Ce constat a été corroboré il y a quelques semaines par un autre rapport, publié...
commentaires (1)

Mince alors! La Syrie nous bat encore une fois avec un score plus fort que le notre!!!!

Wlek Sanferlou

22 h 01, le 11 décembre 2021

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Commentaires (1)

  • Mince alors! La Syrie nous bat encore une fois avec un score plus fort que le notre!!!!

    Wlek Sanferlou

    22 h 01, le 11 décembre 2021

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