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Lifestyle - La mode

Cinquième escale pour « Christian Dior, couturier des rêves » au Qatar

Voilà trois ans que se prépare avec fébrilité, au centre-ville de Doha, Qatar, au cœur du grand cube blanc de l’espace M7 dédié aux artistes émergents de la mode, la cinquième escale de la grande exposition du musée des Arts décoratifs « Christian Dior, couturier des rêves ». Après Paris, Londres, Shanghai et New York, cette installation époustouflante rend aussi hommage à l’élégance de la femme arabe à travers neuf robes prêtées par cheikha Moza, la mère du souverain du Qatar.

Cinquième escale pour « Christian Dior, couturier des rêves » au Qatar

Dans la salle dédiée au parcours de Dior, la robe florale qui résume ses passions. Photo Daniel Sims

Le 5 novembre, au matin de l’ouverture, des ouvriers mettaient encore la dernière main à cette exposition hors du commun, déployée sur deux étages dont une rose géante d’Isa Genzken, à l’entrée, peut donner la mesure. Une rose, n’est-ce d’ailleurs qu’une révérence adressée à Christian Dior qui a tant aimé cette fleur de son enfance, joyau du jardin de sa maison familiale à Grandville ? Chef d’orchestre avec la grande scénographe Nathalie Crinière de cette présentation dédiée à Christian Dior, Olivier Gabet, le directeur du musée des Arts décoratifs (MAD) de Paris nous raconte la mise en place de cet événement grandiose dont la première version et la plus complète a été ouverte au public à Paris, dans un MAD réadapté au parcours, à l’occasion du 70e anniversaire de la maison. Il nous confie aussi la conception et la réalisation de ce projet unique, première rétrospective de mode de cette envergure au Moyen-Orient consacrée à l’œuvre et à l’univers de Christian Dior.


Vue du centre M7 à Doha, à l’ouverture de l’exposition Dior Designer of Dreams. Photo Nelson Garrido

« Une grande complicité entre les différents acteurs du projet »

Olivier Gabet voit son rôle comme celui d’un chef d’orchestre qui fait résonner chaque instrument avec l’autre au cœur d’une symphonie. La première fois qu’il a accédé aux archives de la maison Dior ? « Un vertige face à l’abondance, à la richesse de ce patrimoine », dit-il, mais aussi « beaucoup d’émotion communiquée par les gens qui le font vivre. Au-delà de l’esprit de corps de l’entreprise, j’ai découvert des histoires d’amour, voire de passion, avec tous les objets qui nous ont été présentés ». Pour réaliser cette exposition monumentale, Gabet va travailler en étroite collaboration avec la scénariste Nathalie Crinière, célèbre scénographe pluridisciplinaire et architecte d’intérieur, ainsi qu’avec les équipes du musée desArts décoratifs et celles de la maison Dior. « Il fallait cette grande complicité entre les différents acteurs du projet pour lui permettre de voir le jour », souligne-t-il.


Les robes prêtées par cheikha Moza dans la section Stars in Dior. Photo Daniel Sims

Les robes de cheikha Moza et une exposition « qui fera date »

C’est en visitant cette exposition à Paris que vient à cheikha al-Mayassa l’idée d’œuvrer à la transposer à Doha. La princesse avait été attirée par le fait qu’elle montrait quelque chose au-delà de la mode, qu’elle associait le vêtement aux arts, à la musique. La maison Dior est enthousiaste à l’idée d’adapter cette exposition à un lieu différent, de lui faire connaître une autre vie. Le projet est d’autant plus intéressant que cheikha Moza, mère de cheikha al-Mayassa et du prince Tamim, l’actuel souverain du Qatar, est non seulement une icône internationale pour son allure et l’image qu’elle donne de la femme au Moyen-Orient, mais également une icône de la haute couture, notamment celle de Christian Dior. L’une des originalités de l’exposition Dior à Doha serait donc l’intégration de 9 modèles de Dior, choisis par elle dans sa garde-robe personnelle, dans la section Stars in Dior dont font notamment partie les membres de la famille royale de Grande-Bretagne et Grace Kelly. On sait d’avance que l’exposition fera date.


Au centre, le célèbre New Look avec sa veste Bar. À gauche, John Galliano, à droite Gianfranco Ferré. Photo Nelson Garrido

Le XVIIIe, un siècle « féministe » dont Christian Dior aimait l’esthétique et l’esprit

Le directeur du MAD nous parle des « centaines » de dessins originaux de toile de Jouy et des broderies réalisées par Rébé pour Christian Dior. À l’exposition, la robe Mai est présentée à côté du modèle de broderie de Rébé dont elle est ornée. Olivier Gabet nous raconte Christian Dior tel qu’il le déchiffre en suivant le fil de ses archives. Le fondateur de la maison Dior n’a vécu qu’une dizaine d’années entre le lancement, en 1947, de la révolutionnaire collection baptisée New Look par Carmel Snow, du Harper’s Bazar (qui n’avait à l’époque qu’un seul « a ») et sa mort subite d’une crise cardiaque le 24 octobre 1957. Dix années… « Combien d’artistes ont posé leur style en seulement dix ans ? » s’interroge Gabet qui nous apprend aussi la passion de Christian Dior pour le XVIIIe siècle, ce qui le pousse, entre autres, à collectionner des toiles d’Hubert Robert. « Un siècle féministe par excellence, marqué par l’émancipation intellectuelle et artistique des femmes », indique Gabet, et qui se traduira dans l’exposition, on le verra plus loin, dans l’extraordinaire salle dédiée à un bal à Versailles.

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À la croisée de ce grand siècle et de la féminité moderne tout en courbes, réinventée par Christian Dior pour tourner le dos à la mode économique, morose, carrée et masculine de la guerre, il y a bien sûr cette coupe Bar, une veste de tailleur à basques qui creuse la silhouette et rappelle la crinoline sans la rappeler, comme une étoile éteinte dont ne nous parviendrait que la lumière. New Look ? L’époque y avait vu une modernité fulgurante. Le créateur était le seul à savoir qu’elle venait au contraire de temps très anciens.


La salle Stars in Dior transformée en jardin enchanté. Photo Daniel Sims

Catherine Dior et les moments sombres d’un parcours où le rêve est salvateur

On enchaîne sur les musées et les beaux-arts. Olivier Gabet nous rappelle que Christian Dior, collectionneur, visiteur assidu de musées – ce qui rend encore plus pertinente une rétrospective de son œuvre au musée des Arts décoratifs –, a commencé sa carrière comme galeriste à Paris. C’est d’ailleurs dans sa galerie qu’est exposée pour la première fois la toile Montres molles ou La Persistance de la mémoire de Salvador Dali. « Le rêve de toute maison de mode est de créer un lien avec l’art, et souvent, celui-ci est artificiel, tandis que chez Dior, il est organique. » Une question candide nous vient à l’esprit : où se situe le rêve dans l’œuvre de Dior ? On apprend que le père de Christian Dior, qui avait fait fortune, assez paradoxalement, dans l’industrie des engrais et de l’eau de Javel, fait faillite lors de la crise de 1929. Catherine Dior, la sœur cadette du grand couturier, cultive des haricots et des petits pois dans le jardin qui entoure la maison louée à Callian, dans le sud de la France, pour subvenir aux besoins de la famille. Elle remonte ensuite à Paris avec son frère Christian et entre aussitôt en résistance. L’été 1944, elle est arrêtée par la Gestapo, torturée et déportée à Drancy puis à Ravensbrück. C’est pour lui rendre hommage que Christian Dior baptisera son premier parfum Miss Dior en 1947. « Monsieur Dior a vécu des moments très sombres », raconte le directeur du MAD. « Cet homme s’est dit que la mode peut apporter, en invitant au dépassement, une réponse à une réalité inimaginable. »


La salle dédiée au sac Lady Dior. Photo Nelson Garrido

Un parcours comme un récit

Il est temps de dévoiler le parcours de cette exposition qu’on peut encore visiter jusqu’au 31 mars 2022. Dès l’entrée, Dior montre son héritage : les créateurs qui ont succédé à Dior, d’Yves Saint Laurent à Maria Grazzia Chiuri, en passant par Marc Bohan, Gianfranco Ferré, John Galliano et Raf Simons. Chaque créateur est présenté par son portrait réalisé par l’artiste Yan Pei-Ming. On voit leurs tableaux d’inspiration, leur palette, des échantillons de tissus, des croquis, leurs robes les plus iconiques et un film les montrant à l’œuvre à l’atelier. On passe ensuite à la pièce dédiée au parcours de Christian Dior, où sont exposés des objets presque intimes : des publicités pour les engrais Dior, des affiches originales de Gruau pour la marque. On entre ensuite dans la féerique pièce circulaire ornée de lambris en mapping 3D dédiée à l’esprit d’un bal à Versailles. À la sortie, un globe terrestre des frères Pannier (1908) prêté par le MAD nous entraîne après Dior « autour du monde » avec des inspirations de tous les continents, notamment japonaises, avec un hommage à Hokusai. Une dernière pièce est ornée des accessoires et miniatures les plus mémorables de la maison.

De l’art, des stars, un réel réenchanté

Tandis que, le nez en l’air, vous observez encore les détails des objets placés le plus haut, vous sentez le sol s’ébranler. Oui, vous êtes dans un ascenseur qui vous conduit déjà à la salle des ateliers située à l’étage. Pour un couturier ou un jeune créateur, c’est un pur bonheur de pouvoir inspecter de près l’architecture des modèles sur toile posés sur des mannequins techniques. Cet espace blanc nous conduit à son tour à la salle dédiée au sac Lady Dior, offert par le couple Chirac à Lady Diana, dont le matelassage reprend le cannage des chaises Napoléon III qui ornent la première boutique de la marque, avenue Montaigne, à Paris. On découvre tous les habillages reçus par ce sac au hasard des collaborations avec des artistes contemporains. Voici ensuite les Dior Gardens, hommage à un créateur qui fut horticulteur à ses heures, passionné, on l’a dit, par les roses du jardin de la maison familiale de Grandville, en Normandie. Deux salles successives sont dédiées aux parfums les plus célèbres de la maison : Miss Dior avec, bien sûr, un rappel du lien fort qui attachait Christian Dior à sa sœur Catherine, et J’Adore, dont les flacons en forme de goutte d’or sont disposés en pluie, évocation d’une œuvre d’Urs Fisher. Vient enfin le moment grandiose où le rêve culmine dans un mapping de crépuscule qui laisse place à une nuit étoilée. On est dans un jardin imaginaire où se donne un bal tout aussi imaginaire. Sauf que les robes, elles, sont réelles et qu’elles ont été portées par des stars réelles, dont cheikha Moza. Au bout du parcours, on comprend simplement ce que dépassement veut dire. On y ajoute émerveillement.


Le 5 novembre, au matin de l’ouverture, des ouvriers mettaient encore la dernière main à cette exposition hors du commun, déployée sur deux étages dont une rose géante d’Isa Genzken, à l’entrée, peut donner la mesure. Une rose, n’est-ce d’ailleurs qu’une révérence adressée à Christian Dior qui a tant aimé cette fleur de son enfance, joyau du jardin de sa maison familiale...

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