Olivier De Schutter, le rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de l'Homme et l'extrême pauvreté, le 11 novembre 2021 à Beyrouth. Photo REUTERS/Mohamed Azakir
"Les autorités libanaises ont lâché la population qui sombre dans la pauvreté, voire l’extrême pauvreté. Il est grand temps qu’elles réagissent vite, qu’elles mettent un terme aux promesses vaines et qu’elles appliquent les réformes nécessaires" pour stopper l’effondrement et restaurer la confiance. Tel est le message lancé vendredi à Beyrouth par le rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits humains, Olivier De Schutter, lors d’une conférence de presse. "Pas nécessaire pour ce faire d’attendre les prochaines législatives du 27 mars. Il faut aussi arrêter de blâmer les réfugiés syriens de l’effondrement du pays. C’est maintenant qu’il faut agir ! Car c’est la dernière chance du Liban".
La conférence de presse clôturait une visite de deux semaines au Liban, au cours de laquelle le rapporteur spécial s’est rendu auprès des communautés les plus vulnérables du pays, les personnes apatrides, les réfugiés syriens et palestiniens, les travailleuses domestiques migrantes, les femmes souffrant de discrimination, les personnes handicapées, les populations des quartiers défavorisés de Tripoli, de Baalbeck ou de Bourj Hammoud… Parmi ces personnes, certaines reçoivent de menues subventions ou aides humanitaires, largement insuffisantes en ces temps de crise, alors que d’autres sont totalement livrées à elles-mêmes.
"Le Liban ne peut plus continuer à mendier indéfiniment l’aide de la communauté internationale, car ces subventions ne peuvent être un substitut aux réformes nécessaires pour soutenir les Libanais", a insisté M. De Schutter, évoquant notamment les réformes attendues dans les secteurs de l’électricité et de la collecte des taxes. Et "si le Liban n’est pas pour l’instant un État failli, c’est un État qui faillit". Il était pourtant "source d’inspiration dans la région, pour ses scores élevés en développement humain et en compétences", regrette-t-il, évoquant le capital humain hautement qualifié qui se tourne désormais vers l’exode.
Quatre crises qui convergent
Le pays du cèdre traverse la pire crise de son histoire. Une situation "sans précédent" selon le rapporteur spécial qui observe "quatre crises qui convergent". "Celle des réfugiés syriens depuis 2011, dont 88 % vivent dans une pauvreté extrême, malgré les aides qu’ils reçoivent. L’effondrement de la livre libanaise, qui a plongé des millions de personnes dans la misère et entraîné une augmentation des prix des denrées alimentaires de 404 % entre octobre 2019 et juin 2021, de même que la détérioration rapide des services publics. La pandémie de Covid-19, qui a entraîné un décrochage scolaire massif sans précédent. Et enfin l’impact de l’explosion au Port de Beyrouth, le 4 août 2020, qui a non seulement causé la mort de 219 personnes, mais fait des milliers de sans abri et mis au chômage 70 000 travailleurs", énumère Olivier De Schutter. "Derrière ces crises, une crise encore plus importante, le manque de confiance" des Libanais dans leur classe dirigeante et dans sa capacité à redresser le pays, constate-t-il. Un manque de confiance qui se traduit généralement par la triste réponse des populations qu’il a rencontrées: "Il n’y a pas d’État".
C’est à l’invitation du gouvernement libanais, à la demande des Nations Unies, qu’Olivier de Schutter se trouve au Liban, dans le cadre d’une mission d’observation de la situation de la pauvreté dans le monde, et des solutions envisagées pour l’éradiquer. Il a été reçu par 9 ministres du gouvernement de Nagib Mikati, dont le Premier ministre.




J'ai remarque sur la tele libanaise qu'on a un probleme de diction/prononcer le nom de famille De Schutter. Son nom ne se prononce pas comme le SHIM ou CHIN arabe (donc pas comme 'shams') mais plutot SIN suivi par un GHAYN ou G espagnol. Le son S + GH de 'ghurfa' approche parfaitement le SCH si on dit 's-ghurfa'
10 h 50, le 13 novembre 2021