Quand elle est passive, la diplomatie s’éteint. C’est la règle de l’histoire. Même les grandes puissances ne peuvent se permettre un trajet inconnu dans la sphère mondiale. De la même importance, pour qu’une forme de diplomatie soit effective, elle se doit d’établir des objectifs précis. Une diplomatie inerte, à ciel ouvert, n’a pas de valeur réelle.
Le palais Bustros se débat. Pas d’action, pas de vision précise. Une diplomatie d’envergure se bâtit pierre par pierre. « Je suis Pierre, et sur cette pierre, je construirai mon Église. »
Pour le Liban, terre des Phéniciens, le défi est grand. Le premier cercle est celui des relations étroites avec les puissances globales, à savoir les États-Unis, la France, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Japon. Que le pays soit d’économie libérale ou socialiste ne devrait pas être la norme. (On pourrait bien y rajouter l’Océanie, le Canada, les deux Corées, la Malaisie, Taïwan, Hong Kong et, certes, le continent africain).
Comme le montre la situation actuelle, le Liban attend ; il se débat. Au lieu d’aller en avant, on s’attend à ce que les puissances économiques et militaires viennent vers nous. Se souvient-on de la dernière visite d’un président libanais en mandat à la Maison-Blanche par exemple ? Peut-être quelques photos d’archives protocolaires montrent quelques initiatives du passé. Bien sûr, le « State Department » possède un bureau pour le Liban. Washington D.C., le Kremlin, le Quai d’Orsay, 10 Downing Street, Pékin, Berlin, Tokyo, Stockholm, Ottawa, Sidney et même Dakar ou Rabat sont au mieux des sujets de salons feutrés, sans être des destinations impératives. Même la Suisse est ignorée.
En second lieu, parmi les mers oubliées, se pointe, avec chagrin, la Méditerranée. Chypre avant tout, espace vital mutuel. La Grèce, l’Italie, l’Espagne, bref, la Méditerranée « d’en face » est bien silencieuse. Parce qu’un dialogue, une action commune requièrent au moins deux parties, un tango commun. On pourrait créer tout une théorie sur l’importance d’une fusion économique, écologique et, pourquoi pas, politique parmi ces pays qui sont souvent sujets à de graves convulsions. Nicolas Sarkozy l’avait bien compris.
En troisième cercle (vicieux cette fois) et bien sûr d’actualité saignante, se place la région qu’on veut bien appeler le « Proche-Orient » et qui semble s’éloigner de plus en plus. La crise récente et imminente entre le pays du Cèdre et certains pays du golfe Arabo-Persique, une première dans les annales de la diplomatie, montre à quel point le manque de confiance est devenu astronomique. L’un des pôles de la région, le Golfe, s’érige presque en ennemi, sauf l’Iran, qui est un sujet à part et d’une importance colossale. Simultanément, une percée d’envergure sur le front syrien reste un mirage, malgré quelques discours qui relèvent de la psychiatrie politique.
En dernier, centre mythique, se trouve malheureusement le cercle des religions, d’une extrême importance pour un pays où la « religion de défi », et non de la foi, passe avant tout. En attendant le sécularisme, le Vatican catholique, l’Azhar sunnite et bien sûr la Mecque d’Arabie, l’Église orthodoxe d’Orient et enfin les lieux saints du chiisme en Iran et en Irak sont suivis soit de près, soit de loin selon l’humeur. Jérusalem compte à peine, peut-être bien. Sans parler du protestantisme, mis à l’écart lui aussi. S’il y avait à choisir entre les budgets ministériels, c’est le moment où jamais d’investir non pas dans la pierre du palais Bustros, mais dans les hommes visionnaires pour conquérir le monde. Un pays de 10 452 km2 ne peut se permettre de faire autrement.
Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Si on apprend une leçon, c’est qu’un seul ruisseau ne suffit pas pour abreuver un peuple assoiffé de succès. Un compas de capitaine suffirait. En l’occurrence, je ne peux que me référer au grand Fouad Boutros qui a réussi l’exploit inoubliable de tenir le Liban debout pendant les moments les plus difficiles de l’histoire du Liban.
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