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Environnement - Environnement

A Saïda, les poissons sont des victimes collatérales de la crise

Faute d’électricité et de carburant, l’usine de traitement des eaux usées qui dessert la ville ne fonctionne plus. Résultat : un déversement d’eaux non traitées dans la mer et une hécatombe dans le petit port de pêche.

A Saïda, les poissons sont des victimes collatérales de la crise

Les pêcheurs de Saïda ont eu la mauvaise surprise de découvrir, dans le port, des centaines de cadavres de poissons la semaine dernière. Photo Fadia Joumaa

Triste spectacle que celui qui s’est offert, vendredi dernier, aux pêcheurs de Saïda. A la surface des eaux du port de la ville flottaient des centaines de poissons morts. Une énième catastrophe écologique, au Liban, qui pourrait être le résultat direct des multiples crises et pénuries dues à l’effondrement économique que subit le pays.

Selon plusieurs sources concordantes, cette hécatombe a sans doute été provoquée par le déversement d’eaux usées non traitées par le biais d’une bouche d’égout située au niveau du port de pêche de Saïda, la station d’assainissement qui dessert la ville étant à l’arrêt, faute de courant électrique fourni par l’État ou de carburant pour faire tourner ses générateurs. Contacté par L’Orient-Le Jour, Moustapha Hijazi, membre du conseil municipal de Saïda en charge de la gestion des crises, confirme que "l’hypothèse des eaux d’égouts déversées directement dans la mer est plausible". Il appelle toutefois à "attendre les résultats de l’enquête" ouverte vendredi dernier par l’avocat général chargé des dossiers environnementaux au Liban-Sud, le juge Rahif Ramadan. Ce dernier a demandé au Conseil national pour la recherche scientifique (CNRS), et notamment son centre d’études marines, de prélever des échantillons dans la mer pour déterminer les causes du décès des poissons.

Des centaines de poissons ont été retrouvés morts au port de pêche de Saïda vendredi dernier. Photo Fadia Joumaa

"Lorsque l’usine d’épuration des eaux usées s’arrête de fonctionner pour une raison ou une autre, les eaux usées, en l’absence de pression pour les acheminer vers la station, sont directement renvoyées vers la mer et le port de pêche, car les canalisations du littoral sont disposées en pente, explique Moustapha Hijazi. Or, dernièrement, l’Office des Eaux de Saïda subit de multiples coupures d’électricité, créant les circonstances qui ont favorisé le déversement des eaux usées dans le port". "Il existe aussi une autre théorie selon laquelle certaines personnes se seraient livrées à une tentative de pêche illégale en utilisant des produits chimiques pour tuer les poissons", avance-t-il.

Pour mémoire

Hécatombe de poissons dans le fleuve Nahr el-Bared

Mouïn Hamze, secrétaire général du CNRS, n’avait toujours pas reçu, au cours du weekend écoulé, la requête officielle de l’avocat général pour commencer ses analyses, mais ce genre de catastrophe le "désole". "C’est la première fois qu’un tel phénomène se produisent à Saïda. Cela est dommage, car la municipalité a fait des efforts significatifs en matière de respect de l’environnement ces cinq dernières années, notamment lorsqu’elle a arrêté le déversement des égouts au niveau de la plage publique", explique-t-il.

« Personne ne se soucie de ce qui se passe »

Pour les pêcheurs de la ville, qui peinent déjà à joindre les deux bouts, cette hécatombe est le fruit de la "négligence" des autorités. "Ce qui s’est passé est dû à la négligence de l’État", accuse Mohammad, 34 ans, dont tous les membres de sa famille travaillent dans la pêche. "Ces eaux sales doivent être acheminées vers l’usine de traitement, sauf qu’il n’y a ni électricité ni carburant pour la faire fonctionner. On se retrouve donc avec des eaux sales déversées directement dans le port de pêche. C’est néfaste pour les pêcheurs car cela tue certains types de poissons", poursuit Mohammad qui explique pratiquer la pêche à bord de son bateau loin des côtes et de la bouche d’égout en question. Il appelle par ailleurs les autorités à "assurer l’alimentation en électricité des usines de traitement des eaux usées". "Malheureusement, il n’y a pas d’Etat", soupire-t-il. Chaabane, son cousin de 23 ans, est également pêcheur. Il est tout aussi convaincu que les poissons ont été tués par le déversement des eaux d’égout. "Ils déversent les eaux usées dans la mer depuis des années, mais je pense que cette fois-ci, il a dû y avoir des produits chimiques dans les rejets, ce qui a décimé les poissons vivant au niveau de la côte. Pour moi, c’est la seule explication plausible parce qu’on n’a jamais vu une telle chose auparavant", avance le jeune homme. Il appelle les autorités à prélever des échantillons pour comprendre ce qui s’est passé. Avant d’ajouter, fataliste: "Mais je crois que personne ne se soucie vraiment de ce qui se passe".

Le port de pêche de Saïda, où des eaux usées non traitées auraient été déversées la semaine dernière. Photo Zeina Antonios

"Plusieurs pêcheurs m’ont confié avoir senti des odeurs de produits chimiques un ou deux jours avant la découverte des poissons morts", indique pour sa part Fadia Joumaa, journaliste et militante écologiste, qui a lancé l’alerte il y a quelques jours sur les réseaux sociaux. » Nous ne pouvons pas vraiment savoir, pour le moment, si les poissons ont été tués par les eaux usées ou par autre chose. Il faudra que le CNRS se prononce là-dessus. Mais il est certain que les centrales d’assainissement ne fonctionnent plus depuis le début de la crise du carburant", affirme-t-elle à L’OLJ.


Triste spectacle que celui qui s’est offert, vendredi dernier, aux pêcheurs de Saïda. A la surface des eaux du port de la ville flottaient des centaines de poissons morts. Une énième catastrophe écologique, au Liban, qui pourrait être le résultat direct des multiples crises et pénuries dues à l’effondrement économique que subit le pays.Selon plusieurs sources concordantes, cette...

commentaires (6)

Une catastrophe de plus. Malheureusement le Liban devient une grande poubelle. Continuez comme ça et le Liban va disparaître un jour. Une vraie tristesse de voir mon pays dans cet état.

Dr. Nazir Doughan

19 h 33, le 10 novembre 2021

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Commentaires (6)

  • Une catastrophe de plus. Malheureusement le Liban devient une grande poubelle. Continuez comme ça et le Liban va disparaître un jour. Une vraie tristesse de voir mon pays dans cet état.

    Dr. Nazir Doughan

    19 h 33, le 10 novembre 2021

  • Republique de Banane La somalie inspire le gouvernement libanais is

    Robert Moumdjian

    00 h 58, le 09 novembre 2021

  • Merci pour vos articles et analyses de très bonne qualité, Zeina, ainsi que pour vos travaux de correspondante sur France 24! (même si je grince des dents à chaque fois que j’entends un(e) journaliste écorcher votre prénom!…)

    Chris G.

    22 h 42, le 08 novembre 2021

  • RIEN À CHANGER : PHÉNICIE puis POURPRE puis COMMERCE puis ENRICHISSEMENT puis MONTAGNE DE COQUILLAGE puis ENRICHISSEMENT puis POLLUTION puis CRÉATION DE CAMP DE REFUGIERS puis ENRICHISSEMENT puis CONSTRUCTION PORT ILLEGAL puis ENRICHISSEMENT puis STATION D’ASSAINISSEMENT puis ENRICHISSEMENT puis DÉPOTOIR AU PORTE DE LA VILLE puis ENRICHISSEMENT la chanson continu ET NOS ECOLOGISTES ? ILS regardent le AWALI/BIZRI couler calmement , bêtement vers la mer et…. POLLUE. Au fait pendant les 2 ans de LA tragédie révolutionnaire : pas un MOT SUR LA POLLUTION DE LA COTE !!

    aliosha

    19 h 06, le 08 novembre 2021

  • On se demande si ce nouveau désastre vraiment incommode les résidents actuels de Saida. Ne se sont-ils pas taillés une réputation solide a travers la Méditerranée par leurs montagnes d'ordures? Dommage pour Sidon, qui fut la ville-mère de Tyr dans la haute Antiquité. Il est vrai qu'il y a eu depuis un remplacement de population. On peine a penser que les résidents actuels ont quoi que ce soit a voir avec les brillants sidoniens d'antan...

    Mago1

    15 h 57, le 08 novembre 2021

  • Enfer de feu et de pollution! Si le Liban des écritures était celui du miel, le Liban fort est celui de la m....

    Wlek Sanferlou

    15 h 12, le 08 novembre 2021

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