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Économie - Crise au Liban

Le bidon d'essence à plus de 300.000 LL, de nombreuses routes coupées en signe de colère

Les subventions sur les carburants de facto levées.

Le bidon d'essence à plus de 300.000 LL, de nombreuses routes coupées en signe de colère

Des automobilistes patientant devant une station d'essence à Hazmieh, au Liban. Photo Zeina Antonios

Les prix des carburants ont une nouvelle fois connu mercredi une hausse vertigineuse au Liban où près de 80% de la population, sombrant désormais sous le seuil de pauvreté, peine à s'approvisionner en hydrocarbures. Les 20 litres d'essence se vendent désormais à plus de 300.000 LL, notamment en raison de la hausse mondiale du prix du pétrole, alors que la livre libanaise poursuit sa chute abyssale face au dollar. Cette hausse des prix a provoqué la colère de nombreux automobilistes qui ont coupé plusieurs routes à travers le pays.

Selon le tarif publié par la direction générale du pétrole rattachée au ministère de l’Énergie, le prix du bidon de vingt litres d'essence à 95 octane a augmenté de 59.900 LL, passant de 242.800 LL à 302.700 LL, soit une hausse de plus de 24,6 %. Les 20 litres d'essence à 98 octane, produit quasi-introuvable sur le marché libanais, s'échangent à 312.700 LL, contre 250.700 LL la semaine dernière, soit une hausse de 62.000 LL. Le prix du diesel a également connu une forte majoration de 35.500 LL, le ministère ayant fixé le prix des 20 litres à 270.7000 LL, alors que ce produit se vendait à 235.200 LL il y a une semaine, ce qui équivaut à une augmentation de 15 %. Depuis le mois de juin, les prix de l'essence ont augmenté de 550%.

La bonbonne de gaz, elle, se vend désormais à 229.600 LL après une hausse de 9.400 LL. Son prix avait connu trois majorations la semaine dernière passant de 193 600 livres lundi dernier à 220 200 livres vendredi. Le prix du mazout, utilisé notamment pour alimenter les générateurs privés lors du rationnement du courant produit par l'Etat, et qui est, lui, tarifé en dollars, a par ailleurs été fixé à 640 dollars pour 1.000 litres, en plus des frais de transport de 182.000 LL pour la même capacité. 

"Les subventions sont derrière nous"
Selon le porte-parole du syndicat des propriétaires de stations-service, ce tarif est basé sur un taux de 20.000 LL pour un dollar, quasiment équivalent donc au taux du billet vert sur le marché parallèle, qui tournait autour des 20.500 LL mercredi matin. "Les subventions sur le carburant sont maintenant derrière nous", a-t-il déclaré dans un entretien à la radio, estimant que suite à cette augmentation, les propriétaires de stations allaient connaître des difficultés pour acheter de grandes quantités de stocks.

"Le prix de l'essence a été fixé cette fois sur la base de 20.000 livres pour un dollar, à la demande de la banque centrale", a indiqué de son côté à l'AFP une source haut placée au ministère de l'Energie, indiquant que cette décision était liée à la hausse mondiale des prix du pétrole.

L’État a subventionné pendant près de deux ans les importations de carburants, depuis octobre 2019, pour faire face à la dépréciation de la monnaie nationale. Toutefois, ces mécanismes, qui étaient aussi appliqués sur les importations de médicaments ou de matériel médical, ont presque tous été supprimés, les réserves en devises de la Banque du Liban ayant atteint un seuil alarmant.

Le représentant des distributeurs de carburants, Fadi Abou Chacra, a dénoncé une augmentation "folle" des prix et un "coup douloureux" pour les citoyens et les propriétaires de stations-service. "Le salaire moyen correspond désormais à quatre bidons d'essence", a-t-il déploré, estimant que la hausse aurait du être "répartie" en plusieurs fois.

Le président de la Confédération générale des travailleurs libanais (CGTL), Béchara Asmar, a lui aussi dénoncé la nouvelle explosion des prix des carburants, mettant en garde contre "une paralysie totale de l'activité économique" et "une grande explosion sociale". Il a aussi appelé les autorités à prendre des mesures pour aider la population à faire face à la crise, et notamment en lançant la carte d'approvisionnement.

Réagissant en fin d'après-midi au tollé provoqué par la hausse des prix des carburants, le ministère de l’Énergie a exprimé sa "compréhension de la douleur ressentie par les Libanais en raison de cette hausse des tarifs et son impact sur l'économie". Il a fait valoir qu'il n'était pas "l'autorité qui contrôle la fluctuation des prix", évoquant dans ce contexte "plusieurs facteurs" qui en seraient responsables. Le ministère a ensuite publié "pour la première fois" un tableau montrant comment les prix des carburants liquides sont calculés, "pour plus de transparence".

"Ils nous ont tués"

Le salaire minimum, qui est toujours fixé à 675.000 livres, suffit à peine pour faire le plein dans un pays où les transports publics sont quasi inexistants.

Peu après la publication de ces nouveaux tarifs, des automobilistes excédés ont laissé éclater leur colère en bloquant plusieurs axes routiers à travers le pays.

A Beyrouth, l'autoroute menant du carrefour de la Cité sportive vers le rond-point de Cola a été bloquée, selon le Centre de gestion du trafic (TMC). Plus tôt dans la journée, des chauffeurs de taxi avaient coupé la route menant à la place des Martyrs, dans le centre-ville de Beyrouth, afin de dénoncer la flambée des prix des carburants, rapporte le quotidien an-Nahar. Et selon la chaîne locale LBC, des militaires à la retraite ont bloqué l'autoroute menant de Beyrouth à Dora en face du Forum de Beyrouth.

A Tripoli (Liban-Nord), des protestataires ont bloqué la circulation sur l'autoroute liant la ville au Akkar au niveau de la localité de Tebbané, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). D'autres ont coupé la route au niveau de la place Abdel Hamid Karamé à l'aide de gravats et de voitures afin de dénoncer la détérioration de leurs conditions de vie, rapporte notre correspondant Michel Hallak. L'autoroute de Mloulé, située à l'entrée de la ville nord de Tripoli, ainsi que l'autoroute de Palma, à l'entrée sud de la ville, ont également été coupées. Toujours dans le Nord, des protestataires ont bloqué la circulation dans le village de Biré, au Akkar, pour dénoncer les répercussions de la hausse des prix des carburants sur ceux du pain et d'autres produits de consommation. 

A Saïda, dans le sud du pays, des chauffeurs de taxi avaient bloqué le matin des routes au niveau de la place de l'Etoile et de la rue Riad el-Solh ainsi que les entrées principales menant aux souks de la ville, à l'aide de leurs voitures, ce qui a provoqué des embouteillages dans la région. "Ils nous ont tués et nous empêchent de rapporter de l'argent. Nous ne possédons plus rien et ne pouvons plus travailler", a confié Maarouf, l'un des chauffeurs, à notre correspondant, Mountasser Abdallah. "Nous bloquerons toutes les routes de la ville et procéderons à une escalade pour dénoncer ce crime envers les gens", a-t-il averti.


Les prix des carburants ont une nouvelle fois connu mercredi une hausse vertigineuse au Liban où près de 80% de la population, sombrant désormais sous le seuil de pauvreté, peine à s'approvisionner en hydrocarbures. Les 20 litres d'essence se vendent désormais à plus de 300.000 LL, notamment en raison de la hausse mondiale du prix du pétrole, alors que la livre libanaise poursuit sa...

commentaires (2)

Le carburant, le gaz et évidemment l’électricité… tout ce qui touche à l’énergie subit une hausse vertigineuse mondialement et non seulement au liban. La différence est l’impact sur la population libanaise est de loin plus dangereux que dans les autres pays où il existe des solutions diverses apportées par ex les stations LECLERC offrent un chèque cadeau de 5 euros à partir de leurs supermarchés pour chaque plein effectué ( je ne connais pas le nombre de litre payé). Des covoiturages sont organisés etc…. et ÉVIDEMMENT, il existe des transports en commun pour les grandes villes et régions Pauvre Liban… y a même plus d’asphalte sur les routes… les ponts sur les autoroutes ne sont pas contrôlés… les voitures épaves délabrées roulent et sont de vrai dangers publics , y a pas d’électricité et le salaire mensuel des libanais suffit à peine 1 journée et encore…

radiosatellite.online

16 h 25, le 20 octobre 2021

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Commentaires (2)

  • Le carburant, le gaz et évidemment l’électricité… tout ce qui touche à l’énergie subit une hausse vertigineuse mondialement et non seulement au liban. La différence est l’impact sur la population libanaise est de loin plus dangereux que dans les autres pays où il existe des solutions diverses apportées par ex les stations LECLERC offrent un chèque cadeau de 5 euros à partir de leurs supermarchés pour chaque plein effectué ( je ne connais pas le nombre de litre payé). Des covoiturages sont organisés etc…. et ÉVIDEMMENT, il existe des transports en commun pour les grandes villes et régions Pauvre Liban… y a même plus d’asphalte sur les routes… les ponts sur les autoroutes ne sont pas contrôlés… les voitures épaves délabrées roulent et sont de vrai dangers publics , y a pas d’électricité et le salaire mensuel des libanais suffit à peine 1 journée et encore…

    radiosatellite.online

    16 h 25, le 20 octobre 2021

  • Dans tous les autres pays, la hausse du prix du pétrole se répercute sur les prix des carburants, mais, l'effet n'est jamais dramatique comme chez nous, car la monnaie chez eux est stable. Notre monnaie nationale a perdu plus que 90% en 2 ans. Remercions nos fainéants irresponsables.

    Esber

    13 h 38, le 20 octobre 2021

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