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Lifestyle - Un peu plus

Avez-vous essayé de le débrancher et de le rallumer, madame ?

Avez-vous essayé de le débrancher et de le rallumer, madame ?

Photo Lionel Bonaventure/AFP

Et soudain, le silence. Pendant près de six heures, pas un message sur WhatsApp, pas une notification sur Instagram ou Facebook. Rien. La panne du géant des réseaux sociaux a ébranlé la tranquillité et les habitudes virtuelles de millions de personnes. Durant les premières minutes, avant que l’on ne sache que la panne était mondiale, au Liban, coutumier aux coupures d’électricité en général et d’internet en particulier, un très grand nombre de personnes sont parties en vrille.

Éteindre son téléphone, le rallumer. Recommencer l’opération plusieurs fois. Débrancher son modem, le rebrancher. Appeler IDM, Ogero, Touch, dont les lignes étaient surchargées évidemment. Surtout qu’à Beyrouth (seulement), au même moment, l’internet a disparu pendant une heure. Plus de contact avec l’extérieur. Sachant qu’en plus, dans certains quartiers de la capitale, le réseau de téléphonie mobile est inscrit aux abonnés absents depuis des mois, certains Beyrouthins ont véritablement été coupés du monde. Panique à bord. Particulièrement pour ceux qui ne communiquent que par WhatsApp, n’ont pas de IPhone pour profiter de iMessage ou de Facetime, ne savent pas utiliser Zoom sur leur portable, ne connaissent pas l’existence de Microsoft Teams, Signal ou Telegram. La voisine de palier tape à la porte : Qu’est-ce qui se passe ? Ne vous inquiétez pas, il semblerait que la panne soit mondiale. C’est ce qu’on m’a dit. C’est vrai que c’est une cyberattaque iranienne ? Un coup des Chinois ? C’est vrai qu’ils ont volé les datas de Facebook ? Comment pourrais-je le savoir ? Je n’ai accès à rien. Je n’ai pas de réseau à la maison. Et la lumière fut. L’internet aussi. Débandade dans le monde entier, les bébés de Zuckerberg sont en shutdown. Ce n’est donc pas un problème libanais, comme l’a annoncé notre ministre des Télécoms dans les heures qui ont suivi. Faut le faire quand même. Informer ses compatriotes que l’État n’avait rien à voir avec ça. Comme s’il avait peur d’un soulèvement similaire à celui provoqué par la taxe WhatsApp proposée il y a deux ans. Qui aurait envie d’une nouvelle révolution à l’heure qu’il est ?

Mais au-delà de la panique et du stress, quelque chose de très intéressant s’est passé lundi dernier. Un peu comme lorsque le lockdown nous a imposé de rester à la maison, nous avons été forcés de lâcher nos téléphones. Sauf pour les irréductibles de Twitter et de Reddit qui s’en sont donné à cœur joie. Sinon, pour nous, les autres, l’espace de quelques heures, notre temps s’est libéré. Au revoir les posts, les stories et autres photos/vidéos des centaines de gens qu’on follow sur les réseaux sociaux. Au revoir le voyeurisme et l’exhibitionnisme à outrance. Bye bye les influencers et les photos de leurs gamins sur leur 31. Bye bye les conseils de wannabe psys qui vous expliquent que le bonheur est un choix ; les analyses politiques d’une fille qui pense que parce qu’elle a participé à quelques manifs, elle peut se permettre de donner son avis sur n’importe qui et n’importe quoi. Bye bye les commentaires haineux, les citations de Paolo Coelho, les inepties de nos politiciens et les mauvaises nouvelles. Rien. Plus rien de tout ça. Le bonheur en somme. Et il semblerait que pour beaucoup, il y ait eu 20 % d’augmentation de sérotonine. C’est quand même dingue. Nous sommes devenus tellement accros à nos téléphones que nous ne nous rendons même plus compte à quel point ces petits objets, greffés dans la paume de nos mains, sont devenus toxiques. À quel point, nos vies sont rythmées par les sonneries et autres bips, les messages, les notifications, les likes, les commentaires, les breaking news. Nous sommes devenus esclaves de ces nouvelles technologies, de cette sur-communication qui a fini par nous isoler. Et il aura fallu une pause obligée pour que nous le réalisions.


Et soudain, le silence. Pendant près de six heures, pas un message sur WhatsApp, pas une notification sur Instagram ou Facebook. Rien. La panne du géant des réseaux sociaux a ébranlé la tranquillité et les habitudes virtuelles de millions de personnes. Durant les premières minutes, avant que l’on ne sache que la panne était mondiale, au Liban, coutumier aux coupures d’électricité...

commentaires (2)

200 % d’augmentation de sérotonine en lisant cet article ! Le niveau de stress des résidents du Liban est bien décrit. Merci Médéa !

Ramzi Jabbour

19 h 07, le 10 octobre 2021

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Commentaires (2)

  • 200 % d’augmentation de sérotonine en lisant cet article ! Le niveau de stress des résidents du Liban est bien décrit. Merci Médéa !

    Ramzi Jabbour

    19 h 07, le 10 octobre 2021

  • Chère Médéa Azouri, merci ! Vos articles me touchent à chaque fois, vous savez si bien décrire les moments tristes ou joyeux de notre quotidien...libanais ! - Irène Saïd

    Irene Said

    15 h 57, le 09 octobre 2021

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