La princesse Haya bint al-Hussein de Jordanie quitte la Cour royale de justice à Londres accompagnée de son avocate Fiona Shackleton, le 31 juillet 2019. Adrian Dennis/AFP
L’émir de Dubaï Mohammad ben Rached al-Maktoum a autorisé le piratage du téléphone de son épouse, la princesse Haya de Jordanie, et de ceux de ses avocats britanniques, a jugé mercredi la Haute Cour de Londres, où les deux parents se disputent la garde de leurs enfants. Le chef du gouvernement des Émirats arabes unis, âgé de 72 ans, a donné son « autorisation expresse ou implicite » pour que le téléphone de sa sixième épouse, la princesse Haya bint al-Hussein, soit infiltré avec le logiciel espion Pegasus, des faits découverts en août 2020, a affirmé la cour. Il a également autorisé l’introduction de ce logiciel dans les téléphones des avocats, de l’assistant personnel et de deux membres de l’équipe de sécurité de sa femme de 47 ans, contre qui il a mené une « campagne de peur et d’intimidation ».
Une fois installé, Pegasus peut suivre la localisation d’une personne, lire ses textos et ses e-mails, écouter les appels, enregistrer l’activité en direct, ainsi qu’accéder aux applications, aux photos et faire fonctionner la caméra et le microphone à distance. Il n’a pas été prouvé que le piratage était lié à la bataille juridique qui l’opposait alors au Royaume-Uni à sa femme pour obtenir le retour à Dubaï de leurs deux enfants – Al Jalila, 13 ans, et Zayed, neuf ans –, mais un volume « très important » de 265 mégaoctets de données a été extrait du téléphone de la princesse Haya (soit 24 heures d’enregistrement vocal, ou 500 photographies). Même si la surveillance a sans doute été « effectuée par des serviteurs ou des agents du père », l’émir de Dubaï « est prêt à utiliser le bras de l’État pour obtenir ce qu’il considère comme juste », a dénoncé mercredi le juge Andrew McFarlane. « Il a harcelé et intimidé la mère avant son départ pour l’Angleterre et depuis », a-t-il souligné, et « est prêt à tolérer que ceux qui agissent en son nom le fassent de manière illégale au Royaume-Uni. » Le souverain de Dubaï a nié avoir eu connaissance du piratage, et ses avocats ont suggéré qu’un autre pays comme la Jordanie pourrait être responsable afin de lui nuire.
Explorer toutes les pistes
Hier, la police britannique a promis d’examiner « tout nouvel élément » dans cette affaire. Dans un communiqué, la police de Londres a déclaré que des détectives spécialisés avaient lancé une enquête l’an dernier après « de multiples allégations d’infractions », parmi lesquelles des piratages d’appareils électroniques. Les agents ont passé cinq mois à explorer « aussi loin que possible toutes les pistes », mais l’enquête a été close en février 2021, a indiqué la police. « Nous examinerons bien sûr toute nouvelle information ou tout élément en lien avec ces allégations », a indiqué la police. La princesse, demi-sœur du roi de Jordanie Abdallah II, a quant à elle demandé une mesure de protection contre un mariage forcé qui pourrait concerner un des deux enfants ainsi qu’une mesure de protection pour elle-même, après avoir fui début 2019 les Émirats arabes unis pour l’Angleterre.
Pegasus est un produit de la société israélienne NSO, qui s’est retrouvée au cœur d’une tempête cet été après une enquête journalistique affirmant que le logiciel avait été utilisé par des clients de NSO pour espionner des politiciens, des chefs d’entreprise ou des journalistes notamment. Une source proche de NSO a déclaré que la fourniture des services Pegasus à l’émir avait été coupée en décembre 2020. Le groupe affirme en effet qu’il suit des procédures très strictes pour éviter les usages qui seraient illégitimes de son produit. Il affirme également qu’il fournit le logiciel mais ne l’exploite pas lui-même. Jusqu’ici, « NSO n’a pas hésité à couper les systèmes d’anciens clients, représentant plus de 300 millions de dollars », a déclaré un porte-parole.
Source : AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine