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Moyen-Orient - Reportage

Dans un camp syrien, le choix cornélien entre mort lente et départ risqué

Contraints de partir pour cause de faim, de maladies et de conditions de vie déplorables, des dizaines de milliers de Syriens ont rejoint des zones tenues par le régime.

Dans un camp syrien, le choix cornélien entre mort lente et départ risqué

Des centaines de déplacés syriens dans le camp de Rukban, dans le désert du sud de la Syrie, en novembre 2018. Croissant-Rouge syrien/AFP

Choisir entre une mort à petit feu et une éventuelle détention est le sombre dilemme auquel sont acculés les derniers habitants du camp de déplacés de Rukban, dans le désert du sud de la Syrie, dépourvus de toute aide humanitaire depuis deux ans. Les quelque 10 000 déplacés vivant encore dans ce camp, érigé en 2014 à la lisière entre la Jordanie et la Syrie, sont le dernier lot d’environ 50 000 personnes qui y résidaient il y a quelques années. Le camp, situé près d’une base militaire utilisée par la coalition internationale antijihadiste dirigée par Washington, se trouve dans une région où des rebelles soutenus par les États-Unis sont présents. Contraints de partir pour cause de faim, de maladies et de conditions de vie déplorables, des dizaines de milliers de Syriens, dont des opposants, ont rejoint des zones tenues par le régime au risque d’être détenus et torturés. Tandis que la situation continue de se détériorer dans le camp, rebelles et ex-soldats syriens toujours sur place hésitent à franchir le pas, les nouveaux départs facilités par l’ONU étant fortement déconseillés par des organisations de défense des droits humains. « Nous sommes pris entre deux feux. Si nous rejoignons les régions contrôlées par le gouvernement, nous mourrons, et si nous restons dans le camp, nous périssons lentement », affirme sous couvert d’anonymat un soldat syrien ayant fait défection. Depuis 2016, la Jordanie a largement fermé sa frontière, laissant les résidents du camp tributaires des livraisons d’aide acheminée depuis l’intérieur syrien, devenues rares car nécessitant l’aval du régime. De fait, aucun convoi humanitaire de l’ONU n’est entré dans la zone depuis septembre 2019.

L’ONU « complice »

« Depuis 2016, nous sommes piégés dans le désert », déplore Mohammad Derbas el-Khalidi, chef du conseil local du camp. Le camp abrite une petite clinique et une équipe de premiers secouristes, tandis que les enfants assistent à des cours sous des tentes de fortune ou dans des classes nécessitant des réparations urgentes, affirme-t-il. Depuis 2019, plus de 20 000 personnes ont volontairement quitté Rukban, selon l’ONU qui avait facilité le départ volontaire de 329 personnes avec l’aide du Croissant-Rouge syrien. D’autres l’ont déserté sans assistance ou avec l’aide du gouvernement Syrien, qui ne cesse d’appeler au retour des résidents dans ses zones. Le conseil local de Rukban a récemment reçu un plan de l’ONU prévoyant de nouveaux départs volontaires entre septembre et novembre. Les personnes transférées passeraient d’abord 14 jours dans la province de Homs, indique le document dont l’AFP a obtenu une copie, et ne seraient autorisés à quitter le lieu d’accueil provisoire qu’en cas d’autorisation des autorités syriennes.

« La sécurité et la sûreté des individus » incombent au gouvernement syrien, est-il ajouté. Pour M. Khalidi, le plan de l’ONU n’assure aucune réelle sécurité aux résidents voulant quitter le camp. « L’ONU à Damas est complice, ce n’est rien d’autre qu’une entreprise qui renvoie des êtres humains au régime. »

« Détenu, torturé »

Le 11 septembre, l’ONU, avec le Croissant-Rouge syrien, a supervisé une vague avortée de départs volontaires. Un convoi de cinq camions entrés au camp pour y transporter 88 personnes a dû rebrousser chemin, selon Danielle Jenni Moylan, du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU. La mission a été entravée par « un petit groupe d’individus » qui ont « agressé un chauffeur », a déclaré la porte-parole. « En conséquence, le convoi a immédiatement quitté Rukban », a-t-elle ajouté, soulignant que l’ONU n’était pas en mesure de garantir la sécurité des résidents souhaitant partir. Plus tôt en septembre, Amnesty International a appelé l’ONU et le Croissant-Rouge à mettre fin aux départs.

« Le gouvernement syrien considère les habitants de Rukban comme des “terroristes” (...) Ils deviennent une cible à leur retour (...), sont détenus arbitrairement, torturés et, dans certains cas, subissent une disparition forcée », déplore Marie Forestier, d’Amnesty International. La décision de partir ne peut être considérée comme « libre » ou volontaire vu les conditions extrêmes de vie à Rukban, estime-t-elle. « Dans la situation actuelle, il ne devrait y avoir aucun plan pour faciliter le retour » dans les zones du régime. Amnesty International a publié en septembre une enquête documentant d’« atroces violations » commises par les forces de sécurité syriennes contre 66 réfugiés ou déplacés, dont 13 enfants, rentrés en Syrie depuis 2017, en provenance de plusieurs pays ainsi que du camp de Rukban.

Rouba EL-HUSSEINI/AFP

Choisir entre une mort à petit feu et une éventuelle détention est le sombre dilemme auquel sont acculés les derniers habitants du camp de déplacés de Rukban, dans le désert du sud de la Syrie, dépourvus de toute aide humanitaire depuis deux ans. Les quelque 10 000 déplacés vivant encore dans ce camp, érigé en 2014 à la lisière entre la Jordanie et la Syrie, sont le dernier lot d’environ 50 000 personnes qui y résidaient il y a quelques années. Le camp, situé près d’une base militaire utilisée par la coalition internationale antijihadiste dirigée par Washington, se trouve dans une région où des rebelles soutenus par les États-Unis sont présents. Contraints de partir pour cause de faim, de maladies et de conditions de vie déplorables, des dizaines de milliers de Syriens, dont des opposants, ont...
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