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Culture - Exposition événement

« Pleure, ô mon pays bien-aimé »

Du 21 septembre au 2 janvier, l’IMA accueille « Lumières du Liban – Art moderne et contemporain de 1950 à aujourd’hui » et célèbre la prodigieuse créativité des artistes modernes et contemporains du Liban et de sa diaspora.

« Pleure, ô mon pays bien-aimé »

Hala Ezzeddine, « Beyrouth », 2020. Huile sur toile, 170 x 197 cm. Donation Claude et France Lemand. Musée Institut du monde arabe

Un an après la double explosion du 4 août, l’IMA a tenu à rendre hommage à la résilience de la scène artistique libanaise. Le résultat est spectaculaire : plus d’une centaine d’œuvres réalisées par 55 artistes sont révélées pour l’occasion, dont la sculpture en grès émaillé de Simone Fattal, Pleure, ô mon pays bien-aimé, créée pour cet événement. Son titre fait référence au roman du Sud-Africain Alan Paton qui dénonce la ségrégation raciale ; les lignes que dessine l’œuvre ont une dimension élégiaque. La célèbre sculptrice insiste d’ailleurs sur le lien inexorable qui associe son travail et ses origines. « Je suis allée en Californie, ce beau pays ne m’a pas donné envie de peindre ses montagnes. Moi, c’est le mont Sannine que j’aime peindre, avec les dégradés du Soleil sur ses versants. Ce n’est pas seulement la beauté d’un paysage, mais ce sont les racines qui font l’inspiration. »

Dans un autre style, Yazan Halwani, né en 1993, est considéré aujourd’hui comme le meilleur artiste urbain du Liban. Au-delà de son talent de graffeur, il est aussi devenu un peintre à part entière. En 2010, il découvre la calligraphie et commence à explorer son propre style, où s’assemblent en harmonie portraits, calligraphie arabe et figures géométriques orientales. Ainsi, Yazan Halwani couvre les immeubles d’icônes, aussi bien Feyrouz, à Gemmayzé, que Sabah, à Hamra, ou encore Samir Kassir, mais il peut aussi représenter des anonymes. Le public parisien ou de passage dans la capitale française pourra découvrir une toile en acrylique intitulée Aéroport salle d’attente, réalisée en 2020, qui fait référence à une certaine perception des Libanais expatriés, conçus par les pouvoirs publics comme des produits d’exportation.

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Hala Ezzeddine fait elle aussi partie des jeunes artistes qui ont été sélectionnés par les organisateurs de l’exposition. Cette peintre, née en 1989 à Ersal, représente les paysages de sa région natale, mais réalise aussi des portraits saisissants d’enfants, notamment ceux de la rue et de la misère. Après la double explosion, celle qui a reçu le premier prix Génération Orient en 2016 commence à peindre les paysages chaotiques de la capitale détruite, comme pour Beyrouth I, créé en 2021 et exposé cet automne à Paris. Son écriture picturale se rapproche de l’expressionnisme, avec ses larges coups de brosse rageurs, aux couleurs vives et contrastées. « Depuis le 4 août, je ne dors plus, non par peur de la mort, mais à cause de la terreur de devoir encore vider mes tubes de peinture en douleur et noirceur. Aujourd’hui, j’ai envie de peindre la vie, celle qui donne à sourire, celle qui vous emmène sur les chemins de la rédemption et de la cicatrisation. Je ne veux plus que mon art ait la couleur de la destruction, je ne veux plus que mes yeux ne croisent que la désolation », confie tristement la jeune artiste.

Shafic Abboud, Cinéma Christine, 1964. Boîte peinte. Prêt de Christine Abboud, fille de l'artiste.

Exil et patrimoine

« Lumières du Liban » permet également à la jeune vidéaste Layal Nakhlé de présenter News from Home, réalisé en 2020 avec la participation de Malak Mroueh. Ce projet artistique naît de la confrontation de deux images, celle d’un environnement apaisé et celle de la destruction d’une ville, sur les réseaux sociaux. « La superposition des deux villes (Beyrouth au premier plan et Barcelone en arrière-plan) était si étrange. Mon corps était ici, à Barcelone, dans un environnement sûr où, malgré le coronavirus, les gens allaient bien. Mais mon esprit était là-bas, à Beyrouth. News from Home vise à exprimer un sentiment de solitude, d’itinérance, de frustration et de désespoir », confie cette jeune femme qui a grandi en Côte d’Ivoire. « La vidéo nous entraîne dans un voyage autour de la ville de Barcelone, où une jeune Libanaise dérive sans but, alors qu’elle tente, avec une certaine distance, de s’acclimater à son lieu de résidence. Dérivant d’un quartier à l’autre sans destination précise, elle disparaît derrière la caméra pour laisser place à l’espace. Les plans longs et lents de vues citadines et de paysages urbains sont accompagnés d’une voix off, le récit intime et personnel d’une autre jeune femme libanaise, vivant actuellement à Beyrouth, Malak. Elle partage ses événements quotidiens, ses expériences ainsi que ses sentiments sur une ville en décomposition. À travers son histoire personnelle, nous dévoilons un moment de l’histoire qui a touché tout le pays ce 4 août 2020 », poursuit Layal Nakhlé.

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Le benjamin des artistes exposés, Élias Nafaa, est né en 1997. Ruines temporelles est le titre de son installation lettriste réalisée en 2020. « L’œuvre est composée de 36 ensembles de lettres représentant la totalité du texte en arabe de la chanson d’Asmahan Layâli l-ounsi fi Vienna, soit plus de 1 000 lettres en résine. Ma famille et moi-même avons été témoins d’une guerre civile, de multiples invasions, d’occupations, d’assassinats, le dernier étant l’explosion du port de Beyrouth. Le pays que nous connaissons est en état de délabrement, figé dans le temps entre des instants de progrès et de régression. L’histoire parle de Beyrouth, une capitale détruite et reconstruite sept fois », précise le jeune homme, soucieux d’actualiser un patrimoine culturel menacé. « Promenez-vous autour de l’installation. Les lettres apparaissent dans leur contexte puis se déforment, elles apparaissent puis disparaissent, de la même manière que notre patrimoine culturel évolue constamment, se déplace, disparaît et resurgit. Les mille lettres de cette installation sont des pièces uniques que j’ai fait fabriquer traditionnellement à la main pour souligner que le patrimoine culturel est produit par l’être humain lui-même », poursuit Élias Nafaa, dont le travail permet une mise en perspective stimulante de l’exposition elle-même et de sa dimension patrimoniale.


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