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Moyen-Orient - Éclairage

Les enjeux de la visite de Hossein Amir-Abdollahian à New York

Le ministre iranien des Affaires étrangères est aux États-Unis pour prendre part à l’Assemblée générale de l’ONU.

Les enjeux de la visite de Hossein Amir-Abdollahian à New York

Le chef de la diplomatie iranienne, Hossein Amir-Abdollahian, à Damas, en Syrie, le 29 août 2021. Photo AFP

Pour le chef de la diplomatie iranienne, Hossein Amir-Abdollahian, c’est déjà une petite victoire. Son prédécesseur avait su cultiver auprès des chancelleries européennes l’image d’un diplomate habile et ouvert sur l’Occident ; d’un homme affable et éduqué. Pourtant, Mohammad Javad Zarif, ancien ministre des Affaires étrangères, n’avait pu assister à une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) en janvier 2020, en vertu des sanctions unilatérales américaines ré-imposées – puis progressivement renforcées – par l’administration Trump depuis son retrait du plan d’action conjoint sur le nucléaire (JCPOA) en 2018.

Conclu en 2015, l’accord de Vienne offrait à Téhéran un allègement des mesures restrictives occidentales et onusiennes à son encontre en échange d’un engagement à ne pas se doter de l’arme atomique et d’une réduction considérable de son programme nucléaire.

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M. Amir-Abdollahian peut, de son côté, se targuer au contraire d’avoir obtenu un visa pour les États-Unis, malgré sa proximité affichée avec les Gardiens de la révolution et son appui à une approche hostile et sans compromis vis-à-vis de Washington. Alors qu’il n’a pris ses fonctions qu’au cours du mois d’août, il a pu se rendre hier à New York, pour son premier voyage officiel au pays de l’ennemi juré, à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU qui doit débuter aujourd’hui. Un événement auquel participera virtuellement le président iranien Ebrahim Raïssi et où sera longuement abordée la question du programme nucléaire de la République islamique. Pour Téhéran, les enjeux sont importants, puisque l’actuel chef de la diplomatie iranienne doit, d’après le porte-parole du ministère – Saïd Khatibzadeh –, prendre part à des réunions « séparées et bilatérales » avec ses homologues français, anglais, allemand, russe et chinois, regroupés sous la référence P4+1, soit les membres du Conseil de sécurité prenant part à ces réunions, auxquels s’ajoute Berlin.

Point mort

Depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2021, l’administration du président américain Joe Biden a conduit six séries de pourparlers indirects avec les négociateurs attitrés de la République islamique pour relancer le deal sur le nucléaire – objectif principal d’une politique étrangère au Moyen-Orient axée sur le désengagement – par l’entremise du P4+1. Le dernier round avait eu lieu le 20 juin, soit deux jours à peine après la victoire savamment préparée de l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi à l’issue du scrutin présidentiel en Iran. Depuis, les discussions entre les deux principaux protagonistes sont au point mort. Pire, il s’en est fallu de peu pour que se produise une véritable détérioration des relations entre les Occidentaux et Téhéran. Alors que ce dernier avait accepté, à la suite de son retrait en février de l’accord de coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), de maintenir les caméras de sécurité du gendarme onusien, il n’avait plus confirmé, depuis la fin du mois de juin, la prorogation de l’opération tout en empêchant les inspecteurs d’accéder aux sites nucléaires concernés pour la révision technique des équipements. Après des semaines de consultations, l’Iran et l’AIEA sont toutefois parvenus à un accord pour prévenir une crise imminente.

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« Le timing de la rencontre à New York est essentiel, en particulier du fait qu’elle succède à une période très tendue où il y avait un risque de condamnation de l’Iran au sein de l’AIEA. Il y avait donc de réelles craintes concernant le fait que les négociations pour un retour au deal puissent être compromises si le Conseil de l’AIEA s’accordait sur une résolution contre l’Iran », commente Abdolrasool Divsallar, codirecteur de la Regional Security Initiative au sein du Middle East Directions Programme of the Robert Schuman Centre for Advanced Studies. Une déclaration a finalement été publiée in extremis par le nouveau chef du nucléaire iranien Mohammad Eslami et le directeur général de l’AIEA Rafael Grossi, à la veille d’une réunion du conseil des gouverneurs de l’organisation internationale, tenue du 13 au 17 septembre. Celle-ci indique que les deux parties ont trouvé un terrain d’entente sur la manière de procéder et le calendrier afin de permettre aux inspecteurs d’accomplir leur mission. « Le timing est également à relever du fait qu’il s’agit d’une période significative en termes d’avancement du stock iranien de matériaux fissiles. Téhéran a désormais atteint un seuil critique selon les lignes rouges de l’Occident », souligne M. Divsallar.

Avant les déclarations de l’AIEA au début du mois de juillet selon lesquelles Téhéran avait l’intention de « produire de l’uranium métal avec un taux d’enrichissement de 20 % » – suscitant par là l’inquiétude des Occidentaux –, les discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran semblaient avoir avancé mais butaient sur deux épineuses questions. Téhéran exigeait de Washington la garantie qu’aucune administration future ne puisse torpiller l’accord final. Washington réclamait de Téhéran qu’il s’engage, une fois le JCPOA réactivé, pour des négociations futures sur des dossiers non nucléaires, à commencer par son programme balistique et son réseau de milices dans la région. Deux sources d’inquiétudes pour les alliés des États-Unis au Moyen-Orient, qu’il s’agisse d’Israël ou de l’Arabie saoudite. Deux infranchissables limites pour Téhéran.

Diplomatie

Pour l’heure, si l’Iran affirme que M. Amir-Abdollahian rencontrera bilatéralement une quarantaine d’homologues du monde entier, il insiste également sur le fait qu’aucune réunion n’est prévue avec des responsables américains.

« Au-delà du symbolisme, si les parties décident de se réunir avec l’Iran et le P4+1 et de s’engager d’une manière ou d’une autre dans un format qui puisse permettre des pourparlers entre Téhéran et Washington, alors ce sera une percée », note Abdolrasool Divsallar. « Si cela a lieu, cela signifie que l’Iran est prêt à se joindre aux pourparlers », résume-t-il.

Pour mémoire

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Depuis l’élection d’Ebrahim Raïssi, les tractations menées à partir d’avril par l’administration de son prédécesseur Hassan Rohani – un centriste dans l’arène politique iranienne – avaient été mises en pause. Le guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei – dont M. Raïssi est très proche –, a multiplié au cours des derniers mois les déclarations relatives à son rejet de l’Ouest, tirant comme leçon de l’expérience des huit dernières années que « la confiance en l’Occident ne mène à rien. L’Occident n’aide pas, frappe partout où il le peut, et s’il ne frappe pas quelque part, c’est qu’il ne le peut pas ». Pour autant, Téhéran est obligé de mettre de l’eau dans son vin. De conjuguer à sa politique vers l’Est fondée sur l’approfondissement des liens avec la Russie et la Chine, un activisme diplomatique en faveur d’une réactivation du JCPOA. Car la politique de pression maximale imposée par les États-Unis a asséné un coup terrible à une économie iranienne déjà titubante. L’approche plus conciliante d’un Mohammad Javad Zarif s’étant heurtée au sévère retour de bâton de l’administration Trump, Téhéran mise sur la stratégie de la provocation pour faire céder Washington. « La rencontre à New York n’apportera peut-être pas immédiatement de nouveaux compromis ou de résultats concernant la poursuite des pourparlers, mais elle peut préparer le terrain pour les prochaines semaines, avance M. Divsallar. La boîte noire ici, c’est l’approche de l’Iran vis-à-vis des pourparlers nucléaires. Ces réunions bilatérales pourraient être utiles pour clarifier la position de la nouvelle administration. »


Pour le chef de la diplomatie iranienne, Hossein Amir-Abdollahian, c’est déjà une petite victoire. Son prédécesseur avait su cultiver auprès des chancelleries européennes l’image d’un diplomate habile et ouvert sur l’Occident ; d’un homme affable et éduqué. Pourtant, Mohammad Javad Zarif, ancien ministre des Affaires étrangères, n’avait pu assister à une réunion du...

commentaires (1)

Il m'a toujours semblé hautemenT ABSURDE que le siège de l'ONU , organisation censée respecter le droit de tous les Etats-membres à faire valoir leur point de vue et à s'expliquer librement , soit dans la ville etatsunienne de NY , en plein dans un pays qui a la prétention d'imposer sa loi au monde entier , et d'empêcher les pays membres de s'y opposer ! L'ABSURDITÉ réside aussi dans le fait que les Etats-membres de cette organisation que je connais bien pour y avoiir travaillé ,laissent faire cette dictature des Etats-Unis , comme des moutons de Panurge , et que personne n'ose protester ....La raison du plus fort est toujours la meilleure ! Mais cela commence à bouger heureusement . Les nations commencent à se libérer du joug américain et de l'hégémonie , surtout culturelle , de la sous-culture américaine

Chucri Abboud

16 h 04, le 21 septembre 2021

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Commentaires (1)

  • Il m'a toujours semblé hautemenT ABSURDE que le siège de l'ONU , organisation censée respecter le droit de tous les Etats-membres à faire valoir leur point de vue et à s'expliquer librement , soit dans la ville etatsunienne de NY , en plein dans un pays qui a la prétention d'imposer sa loi au monde entier , et d'empêcher les pays membres de s'y opposer ! L'ABSURDITÉ réside aussi dans le fait que les Etats-membres de cette organisation que je connais bien pour y avoiir travaillé ,laissent faire cette dictature des Etats-Unis , comme des moutons de Panurge , et que personne n'ose protester ....La raison du plus fort est toujours la meilleure ! Mais cela commence à bouger heureusement . Les nations commencent à se libérer du joug américain et de l'hégémonie , surtout culturelle , de la sous-culture américaine

    Chucri Abboud

    16 h 04, le 21 septembre 2021

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