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Moyen-Orient - Éclairage

MBZ veut renforcer ses liens avec Paris et Londres

Le prince héritier d’Abou Dhabi a été successivement reçu mercredi et jeudi par Emmanuel Macron et Boris Johnson. Au menu, le renforcement des partenariats stratégique et économique ainsi que les dossiers régionaux.

MBZ veut renforcer ses liens avec Paris et Londres

Le président français, Emmanuel Macron, et le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammad ben Zayed, lors de la visite de ce dernier à Fontainebleau, à l’est de Paris, pour un déjeuner de travail, le 15 septembre. Photo AFP

C’est une visite qui avait davantage des airs de lune de miel prolongée entre le chef d’État français et le prince héritier émirati. Reçu en grande pompe dans le château de Fontainebleau, le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammad ben Zayed (MBZ), s’est entretenu mercredi en tête à tête avec le président français Emmanuel Macron au cours d’un déjeuner de travail. Une rencontre axée sur le partenariat stratégique clé entre les deux pays et couronnée par une déclaration commune saluant le fait que les deux dirigeants sont « fermement résolus à surmonter les difficultés régionales et déterminés à lutter contre l’extrémisme et le terrorisme, en renforçant leur coopération en matière de sécurité et de défense ». Le dauphin d’Abou Dhabi s’est ensuite rendu hier à Londres où il a rencontré le Premier ministre britannique, Boris Johnson.La tournée européenne de MBZ survient à un moment où la pression augmente sur Abou Dhabi « en raison de son engagement perturbateur au Yémen et en Libye, ainsi que des inquiétudes aux États-Unis et en Europe concernant les liens très étroits des Émirats arabes unis avec la Chine et la Russie », observe Andreas Krieg, professeur au King’s College de Londres. « Les Émirats arabes unis tentent de dissiper une partie de cette tension et veulent désespérément montrer qu’ils peuvent être un acteur constructif plutôt que perturbateur dans la région », poursuit-il.

Sous le feu des critiques, MBZ apparaît toutefois comme un allié de poids aux yeux d’Emmanuel Macron, qui ne manque pas, pour sa part, de se positionner comme l’interlocuteur occidental privilégié d’Abou Dhabi. Et ce, malgré le discours français sur le respect des droits de l’homme, bafoués dans les monarchies du Golfe. Le prince héritier d’Abou Dhabi figurait déjà, en juin 2017, parmi les premiers dirigeants étrangers accueillis à l’Élysée par le président français fraîchement élu. Fort de l’appui d’Abou Dhabi, ce dernier était notamment parvenu à négocier avec Riyad « l’exfiltration » vers Paris de l’ancien Premier ministre libanais Saad Hariri, alors retenu contre son gré en Arabie saoudite et forcé à démissionner en 2017.

Intérêts idéologiques, stratégiques et de défense

La relation personnelle entre le président français et l’homme fort d’Abou Dhabi s’explique surtout par les intérêts idéologiques et stratégiques qui unissent les deux puissances sur de nombreux théâtres régionaux. « La France a permis aux Émirats arabes unis d’opérer en Libye et au Yémen et fournit un soutien militaire et idéologique à la croisade en cours des Émirats contre l’islam politique », indique Andreas Krieg. Tandis qu’Abou Dhabi soutient le maréchal Khalifa Haftar – l’homme fort de l’est du pays à la tête de l’Armée nationale libyenne (ANL) – afin de lutter contre l’influence des Frères musulmans et de leurs parrains régionaux turc et qatari, Paris s’est plus discrètement positionné dans le même camp. La France considérait notamment que le maréchal était le meilleur allié dans sa lutte antiterroriste et antijihadiste. Faisant de l’islam politique sa bête noire au nom de la lutte contre le « terrorisme » – le discours des Émirats arabes unis a également trouvé une résonance auprès d’Emmanuel Macron, qui avait annoncé en octobre dernier un projet de loi visant à défendre la laïcité face au « séparatisme islamiste ». Des mots qui avaient suscité l’indignation à travers le monde musulman, et qui avaient contribué à alimenter les tensions entre Paris et Ankara, soutien de l’islam politique dans la région.

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En matière de défense, Abou Dhabi revêt également une importance cruciale pour l’Hexagone. La visite de mercredi survient près d’un mois après l’évacuation – par l’intermédiaire des Émirats arabes unis – vers la France de ses derniers milliers de ressortissants d’Afghanistan ainsi que de centaines de citoyens afghans cherchant à fuir le nouveau régime des talibans. Paris a ainsi pu mettre à profit sa base aérienne stratégique d’al-Dhafra située à Abou Dhabi pour le déroulement de ces opérations. Les Émirats arabes unis sont en outre l’un des plus gros clients de l’industrie d’armement française à hauteur de près de 20 %.

Un partenariat fructueux qui comporte cependant une part d’ombre. En 2019, Amnesty International révélait par exemple que les EAU se servent du site gazier yéménite de Balhaf – usine d’exportation de gaz dont l’entreprise française Total est le principal actionnaire – comme d’une base militaire et d’une prison secrète. Des informations jamais commentées par la diplomatie française, qui préfère attirer l’attention sur le rayonnement culturel de Paris à l’étranger et notamment aux Émirats. Les deux pays ont créé ensemble le Louvre Abou Dhabi ainsi que la Sorbonne Université Abou Dhabi. À Fontainebleau, où s’est déroulée la rencontre, les Émirats arabes unis ont également financé la restauration du théâtre impérial qui porte désormais le nom de Théâtre cheikh Khalifa ben Zayed al-Nahyane, le président des EAU. « Pour la France, le volet culturel est une vitrine supplémentaire et pour les EAU, une source de prestige, dans leurs efforts pour asseoir leur statut de premier pôle culturel et de destination touristique (dans la région) », observe Karen Young, chercheuse à l’American Enterprise Institute.

Méfiance

Au Royaume-Uni, le positionnement idéologique et stratégique d’Abou Dhabi suscite au contraire la méfiance. En plein Brexit, la visite de MBZ doit cependant permettre à Londres de diversifier ses contacts dans la région. « “Global Britain” (programme lancé par Boris Johnson fixant les objectifs du gouvernement à l’horizon 2030) recherche des partenaires dans le Golfe, mais a des réserves sur les Émirats arabes unis en raison de leurs relations étroites avec la Russie et la Libye », explique Andreas Krieg. Les Émirats ont toutefois tenté de reconquérir Londres en lui proposant des investissements considérables. Abou Dhabi a en effet annoncé hier qu’il allait investir près de 12 milliards d’euros dans les secteurs de la technologie, des infrastructures et de la transition énergétique au Royaume-Uni, a rapporté Mubadala, un fonds souverain basé à Abou Dhabi. « La nouvelle diplomatie des énergies vertes est stratégique pour un État pétrolier qui cherche à façonner son identité dans la transition énergétique mondiale », avance de son côté Karen Young. Cet investissement s’inscrit dans le cadre d’un partenariat d’investissement entre les deux pays lancé en mars dernier, avec un engagement estimé à environ 930 millions d’euros par Mubadala et 230 millions d’euros par le Royaume-Uni dans le domaine scientifique.


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