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Moyen-Orient - Analyse

Entre MBS et MBZ, la fin de la lune de miel

Le récent accrochage entre Riyad et Abou Dhabi au sein de l’OPEP met en avant la nécessité de trouver un nouveau modus vivendi pour les prochaines années entre les deux pétromonarchies, qui préparent l’après-pétrole simultanément et privilégient des politiques aux accents nationalistes.

Entre MBS et MBZ, la fin de la lune de miel

Le prince héritier d'Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed, et le dauphin saoudien, Mohammad ben Salmane, le 19 juillet 2021 à Riyad. Photo Bandar al-Jaloud/Saudi Royal Palace/AFP

C’est un bras de fer qui s’est déroulé sous les feux des projecteurs mais qui, finalement, ne révèle que la partie émergée de l’iceberg dans la relation entre Riyad et Abou Dhabi. Tenant les observateurs du marché de l’or noir en haleine pendant plus de dix jours, les deux « frères » du Golfe se sont accrochés au sujet des quotas de production de pétrole devant être fixés pour les prochains mois jusqu’à la fin de l’année par l’alliance OPEP+ – qui regroupe les États membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et une dizaine d’autres producteurs, dont la Russie. Bien que la crise se soit soldée par un compromis la semaine dernière à l’issue de longues tractations permettant une sensible augmentation de la production et une réévaluation des quotas après avril 2022, l’épisode au caractère inhabituellement public est surtout révélateur de l’accumulation des fragilités sous-jacentes qui minent l’alliance la plus importante de la péninsule arabique depuis plusieurs années. Actant la fin de la lune de miel entre les deux pays, cette dernière séquence démontre, entre les lignes, la nécessité pour Abou Dhabi et Riyad de trouver un nouveau modus vivendi pour les années à venir alors que les deux pétromonarchies préparent l’après-pétrole simultanément et privilégient davantage des politiques aux accents nationalistes. 

Pour mémoire

Malgré le coronavirus, Abou Dhabi joue sur tous les fronts dans la région

Si l’événement s’ajoute à la liste des soubresauts qui ont jalonné l’histoire de leurs relations, il n’est pas le signe d’une rupture entre ces deux alliés stratégiques face à l’importance de leurs intérêts politiques communs. En témoigne la visite du prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed, lundi à Riyad, pour rencontrer son homologue saoudien, Mohammad ben Salmane, en vue d’afficher la solidité des liens entre leurs deux pays.

L’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche en janvier a toutefois contraint les alliés à revoir leur position dans la région. Face à une administration américaine désormais moins conciliante à l’égard des autocrates du Golfe et qui cherche à raviver l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, Riyad et Abou Dhabi ont récemment modéré leur ton envers Téhéran et ont chacun entrepris des initiatives unilatérales pour se rapprocher de la République islamique au cours de ces derniers mois. 

Imposer leur tempo

Autant de gestes qui semblent paver la voie à l’ouverture d’un nouveau chapitre dans la relation entre les deux pays, après avoir fait front commun sur plusieurs dossiers ces dernières années. Et donc un retour au statu quo qui définissait l’état de leurs rapports avant 2015, selon les chercheurs Kristian Ulrichsen et Jim Crane du Baker Institute.

Leurs liens se sont graduellement renforcés à la faveur de l’arrivée de Mohammad ben Salmane sur le devant de la scène saoudienne - d’abord au poste de ministre saoudien de la Défense en 2015 puis de prince héritier en 2018 – qui forme rapidement un duo fraternel avec Mohammad ben Zayed. Issus de la nouvelle génération de dirigeants dans le Golfe, les deux hommes sont marqués par les répercussions des Printemps arabes sur les pays voisins et se distinguent par leur ambition personnelle. Plus important encore, ils partagent une vision commune pour la région: la nécessité de lutter contre l’expansion de Téhéran et de ses supplétifs à tout prix, la volonté de mater toute forme d’islamisme politique et d’opposition, et de s’imposer comme comme les leaders du monde sunnite face aux velléités régionales d’Ankara. Quitte à rompre avec les méthodes de gouvernance traditionnelles du Conseil de coopération du Golfe et à enchaîner les tours de force pour tenter d’imposer leur tempo dans la région. 

En s’insérant d’abord dans l’équation du conflit yéménite avec le lancement d'une coalition arabe en mars 2015 pour appuyer le gouvernement de Abd Rabbo Mansour Hadi face aux rebelles houthis, soutenus par l’Iran. Puis, en imposant un blocus au Qatar en juin 2017, qu’ils accusent de financer le « terrorisme » et d’entretenir des liens trop étroits avec la République islamique. Sur la scène internationale, le tandem est adoubé par le président américain, Donald Trump, peu regardant sur la question des droits humains et qui voit en ce duo le moyen de tenir tête à Téhéran. 

Approche décomplexée

Sur tous les dossiers régionaux, Riyad et Abou Dhabi projettent une image d’unité - du moins en public. En coulisses, des divergences émergent pourtant discrètement. A l’été 2019 d’abord, avec l’annonce du retrait unilatéral des EAU de la coalition arabe au Yémen, alors enlisée depuis quatre ans dans le conflit. En janvier dernier ensuite, lors de la levée de l’embargo contre le Qatar sous l’impulsion du royaume saoudien et en dépit des réticences des Emirats. Autres différends: le rapprochement amorcé par Abou Dhabi dès 2018 avec le régime syrien de Bachar el-Assad, mis au ban de la Ligue arabe depuis 2011, ou encore la normalisation des liens entre les Emirats et Israël à l’été 2020. 

Mais au-delà de l’aspect politique, l’approche officiellement décomplexée des EAU à l’égard de l’Etat hébreu a surtout accéléré la mise en place d'ambitieux projets technologiques et économiques entre eux. Selon les estimations, les échanges entre les deux pays pourraient dépasser les quatre milliards de dollars d’ici les prochaines années. Cette posture donne une longueur d’avance supplémentaire dans le Golfe aux Emirats, qui ont enclenché avec succès un processus de diversification de leur économie depuis plusieurs années déjà. Exemple le plus probant: Dubaï est un hub incontournable pour les investisseurs et les multinationales souhaitant s’installer dans la région, résultat d’une stratégie basée notamment sur des avantages fiscaux et sociaux. Une place que Riyad veut désormais s’arroger, quitte à passer à la vitesse supérieure sur le plan économique et commercial et à le faire de manière frontale. 

Au cours de ces derniers mois, le royaume saoudien a multiplié les offensives pour concurrencer les EAU : cessation de la conclusion de contrats avec des entreprises étrangères dont le siège n’est pas installé dans le royaume à partir du 1er janvier 2024, exclusion des importations issues des zones franches ou liées à Israël d'un accord tarifaire préférentiel au sein du Conseil de coopération du Golfe, ou encore annonce d’un projet de lancement d'une deuxième compagnie aérienne nationale. Entre les « frères » du Golfe, la bataille ne fait que commencer.


C’est un bras de fer qui s’est déroulé sous les feux des projecteurs mais qui, finalement, ne révèle que la partie émergée de l’iceberg dans la relation entre Riyad et Abou Dhabi. Tenant les observateurs du marché de l’or noir en haleine pendant plus de dix jours, les deux « frères » du Golfe se sont accrochés au sujet des quotas de production de pétrole devant être fixés...

commentaires (4)

Deux coqs qui feraient mieux d’œuvrer en faveur de leurs peuples qui pourraient être fiers de leurs pays à bon escient et pas par nationalisme bête, agressif et destructeur. Ils sont pires que leurs prédécesseurs qui n’ont rien accompli ou presque…

TrucMuche

19 h 12, le 22 juillet 2021

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Commentaires (4)

  • Deux coqs qui feraient mieux d’œuvrer en faveur de leurs peuples qui pourraient être fiers de leurs pays à bon escient et pas par nationalisme bête, agressif et destructeur. Ils sont pires que leurs prédécesseurs qui n’ont rien accompli ou presque…

    TrucMuche

    19 h 12, le 22 juillet 2021

  • RIEN D,INTERESSANT OU DE PAS CONNU DANS TOUTES LES NOUVELLES DU JOURNAL D,AUJOURD,HUI. POURTANT TROP DE NOUVELLES INTERESSANTES DANS LES AGENCES INTERNATIONALES ET MEME REGIONALES.

    ABOLIR LA CENSURE = REABONNEMENT ET SOUTIEN.

    09 h 03, le 21 juillet 2021

  • Je sens comme l’émergence d’un nouveau dictateur en Arabie, mais ce n’est qu’une sensation pas une affirmation.

    Censuré par l’OLJ

    08 h 12, le 21 juillet 2021

  • Ils ne vont pas se fâché … ils le savent que cela se passait ils perdraient tout

    Bery tus

    00 h 52, le 21 juillet 2021

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