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Politique - Enquête sur l'explosion au port de Beyrouth

L'ex-chef de l'armée Jean Kahwagi interrogé par le juge Bitar

Des proches des victimes se sont rassemblées dès 6h près du port pour réclamer justice.

L'ex-chef de l'armée Jean Kahwagi interrogé par le juge Bitar

L'ex-commandant en chef de l'armée libanaise le général Jean Kahwagi, dans une photo datée du 22 novembre 2008. Photo d'archives ANWAR AMRO/AFP/Getty Images

Le juge Tarek Bitar, chargé de l'enquête sur la double explosion meurtrière au port de Beyrouth en août 2020, a interrogé lundi l'ex-commandant en chef de l'armée Jean Kahwagi, qui était à la tête de la troupe lors de l'entrée au Liban en 2013 du navire Rhosus, chargé des tonnes de nitrate d’ammonium qui ont causé le drame. Selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), l'interrogatoire a eu lieu en présence de l'avocat du général à la retraite, Antoine Toubia, et de représentants de la partie plaignante, en l'occurrence les proches des victimes et les personnes lésées par l'explosion. L'interrogatoire s'est achevé vers 15h, et une nouvelle audience a été fixée au 28 septembre.

Sit-in matinal
Sur le terrain, et dès 6h du matin, des dizaines de proches des victimes se sont rassemblées devant la caserne des pompiers dans le quartier de la Quarantaine avant de se rendre devant l'entrée numéro 9 du port. Ils sont venus réclamer justice et s'assurer de la comparution du général Kahwagi, alors que l'enquête piétine face aux ingérences politiques, plusieurs responsables étant poursuivis par le juge. "Nous refusons les tentatives du pouvoir d'entraver l'enquête. Elles sont devenues flagrantes, notamment à travers des démarches juridiques mensongères", a dénoncé Ibrahim Hoteit, frère de l'une des victimes et porte-parole des familles, dans des déclarations à l'Ani. "Notre mobilisation contre le pouvoir ira crescendo", a-t-il prévenu. "Les coupables seront punis et les innocents relâchés", a encore affirmé le porte-parole, qui affiche son soutien au juge Bitar. Lorsque l'ancien chef de la troupe s'est présenté devant le juge peu avant 10h, chose qu'il refusait jusque-là de faire, les familles ont mis fin à leur sit-in.

La double explosion au port de Beyrouth avait provoqué la mort d'au moins 214 personnes, dont plusieurs pompiers, et fait plus de 6.500 blessés, en plus de la destruction de nombreux quartiers de la capitale. Le juge Bitar a demandé, début juillet, la levée de l’immunité de plusieurs responsables politiques et sécuritaires en vue de les inculper pour "intention présumée d'homicide, négligence et manquements" à leurs responsabilités. Depuis, les immunités n'ont pas été levées en raison des pressions politiques, et la procédure traîne en longueur. Plus d'un an après le drame, l'enquête locale n'a pas donné de résultats, de nombreux responsables poursuivis par le juge refusant de comparaître, alors que des composantes de la classe dirigeante, qui avaient rejeté une enquête internationale, sont accusées de tout faire pour torpiller l'investigation.

Ces dernières semaines, le juge Bitar a lancé deux mandats d'arrêt, l'un contre l'ancien directeur des opérations du port, Sami Hussein, et l'autre contre un membre du Conseil supérieur des douanes, Hani Hajj Chéhadé, après les avoir interrogés. Des poursuites ont été également lancées à l'encontre du général Abbas Ibrahim, directeur de la Sûreté générale, des députés Ghazi Zeaïter, Ali el-Khalil et Nohad Machnouk, de l'ancien ministre Youssef Fenianos, du général Kahwagi, de plusieurs officiers et du chef de la Sécurité de l’État, Tony Saliba. M. Bitar a aussi émis, en août, un mandat d'amener à l'encontre de l'ex-Premier ministre Hassane Diab, poursuivi pour négligence, mais celui-ci a refusé de comparaître, soutenu en cela par les figures de la communauté sunnite à laquelle il appartient. Le juge a fixé au 20 septembre la date d'une nouvelle audience et chargé les forces de sécurité de l'interpeller en vue de sa comparution.


Le juge Tarek Bitar, chargé de l'enquête sur la double explosion meurtrière au port de Beyrouth en août 2020, a interrogé lundi l'ex-commandant en chef de l'armée Jean Kahwagi, qui était à la tête de la troupe lors de l'entrée au Liban en 2013 du navire Rhosus, chargé des tonnes de nitrate d’ammonium qui ont causé le drame. Selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle),...

commentaires (3)

C'est toute la logique de maintenir une troupe de 60,000 soldats, employés de l'état en baqueroute qui est une abérration totale... et une partie non-nègligeable du problème économique. Mais comme toute chose au Liban, le sujet est tabou. Triste...

Jean-Paul Khayat

18 h 44, le 13 septembre 2021

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Commentaires (3)

  • C'est toute la logique de maintenir une troupe de 60,000 soldats, employés de l'état en baqueroute qui est une abérration totale... et une partie non-nègligeable du problème économique. Mais comme toute chose au Liban, le sujet est tabou. Triste...

    Jean-Paul Khayat

    18 h 44, le 13 septembre 2021

  • Cette armée, ce sont tout simplement des chômeurs payés pour mater et contrôler d'autres chômeurs. C'est une fragile police interne qui ne tiendrait pas la route, même par rapport a l’armée chypriote. Il y a tout simplement trop de bouches a nourrir au Liban...

    Mago1

    18 h 20, le 13 septembre 2021

  • C'EST DU PIPO TOUT ÇA, UN JUGE A BESOIN D'ÊTRE PROTÉGÉ. QUI VA LE PROTÉGER ? LE HEZBOLLAH OU BERRI ? OU BIEN AOUN OU MIKATI ? SOYONS SÉRIEUX. EN ITALIE C'ÉTAIT LE GOUVERNEMENT QUI A PROTÉGÉ LE JUGE AVEC DES CENTAINES DE POLICIERS, CE QUI AVAIT PERMIS À CE JUGE DE RADIER LA COSA NOSTRA. MAIS CHEZ NOUS LA MAFIA C'EST LE GOUVERNEMENT MÊME. ET SI ON CONSIDÈRE QUE LE JUGE BITAR EST UN EXEMPLE D'HONNÊTETÉ, IL PEUT RIEN FAIRE, IL SERA LIQUIDÉ SUR LE CHAMPS OU VIRER À LA MAISON. DONC LA VÉRITÉ EST, SOIT QUE C'EST UN ABRUTI, IL SAIT PAS CE QU'IL FAISAIT, SOIT QU'IL EST UN TRAITRE ENVOYÉ PAR CETTE MÊME MAFIA POUR ÉTOUFFER L'AFFAIRE PETIT À PETIT.

    Gebran Eid

    12 h 44, le 13 septembre 2021

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