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Économie - Cryptomonnaie

Le bitcoin monnaie légale au Salvador en dépit des critiques et réticences

Le bitcoin monnaie légale au Salvador en dépit des critiques et réticences

Manifestation contre l’entrée en vigueur du bitcoin comme monnaie légale, le 1er septembre 2021 à San Salvador. Marvin Recinos/AFP

Le Salvador est devenu hier le premier pays au monde à autoriser le bitcoin comme monnaie légale, à côté du dollar américain, en dépit des fortes réticences au sein de la population et des critiques d’économistes et d’organismes financiers internationaux. Le président Nayib Bukele a annoncé lundi que le pays avait acheté ses premiers 200 bitcoins.

Pour le chef de l’État, le bitcoin permettra aux Salvadoriens d’économiser 400 millions de dollars de frais bancaires lors des envois d’argent par la diaspora, notamment installée aux États-Unis, qui représentent 22 % du PIB du pays. Cependant, plus des deux tiers des 6,5 millions de Salvadoriens s’opposent pour la première fois à une décision du très populaire président Bukele et disent dans deux sondages distincts vouloir continuer à utiliser exclusivement le dollar américain, la monnaie légale du Salvador depuis 20 ans. « Ce bitcoin, c’est une monnaie qui n’existe pas, c’est une monnaie qui ne va pas profiter aux plus pauvres, mais aux plus riches. Qui, étant pauvre, peut investir alors qu’il a à peine de quoi manger ? », s’enflamme José Santos Melara, un vétéran de la guerre civile qui a déchiré le Salvador de 1980 à 1992, et qui a manifesté vendredi contre la cryptomonnaie.

Sans consultation

« Les gens ne voient pas en quoi ces décisions auront un impact positif pour changer de manière significative leurs conditions de vie », juge la directrice des sondages de l’Université centraméricaine (UCA) Laura Andrade. Selon l’UCA, 65,2 % de la population n’est pas intéressée par le téléchargement du porte-monnaie électronique « Chivo » ( « Super », en langage familier) nécessaire pour effectuer des transactions de la vie quotidienne en bitcoins, malgré les 30 dollars de bienvenue offerts par le gouvernement. Une semaine avant l’entrée en vigueur, plusieurs centaines de personnes ont manifesté dans la capitale pour demander au Parlement de renoncer au bitcoin.

Mais la cryptomonnaie a aussi ses partisans : Jorge Garcia, un coiffeur âgé de 34 ans, utilise le bitcoin depuis maintenant trois ans. Il estime que c’est une monnaie « d’avenir » et espère que « sa valeur va monter ». Le Parlement salvadorien, dominé de manière écrasante par les partisans du président Bukele depuis les dernières élections législatives, a voté en juin la loi qui fera du bitcoin une monnaie ayant cours légal au Salvador et qui oblige à « accepter le bitcoin comme moyen de paiement ». La valeur du bitcoin « sera établie librement par le marché », stipule la loi. Poursuivant la mise en œuvre de la réforme, les députés ont approuvé mardi, à la demande du président Bukele, la création d’un fonds de 150 millions de dollars destiné à garantir la convertibilité automatique du bitcoin en dollars américains. En outre, 200 distributeurs automatiques permettant d’échanger des bitcoins sont en cours d’installation. Certains gardés par des militaires pour prévenir leur dégradation par des opposants.

Volatilité

Des économistes, mais également la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque interaméricaine de développement (BID) ont exprimé leur scepticisme. Cette mesure aura « un impact négatif » sur les conditions de vie des Salvadoriens, en raison de « la forte volatilité du taux de change » du bitcoin, et aura un impact « sur les prix des biens et services », selon l’ancien président de la Banque centrale du Salvador, Oscar Cabrera. Le fait que la valeur de la cryptomonnaie soit déterminée « exclusivement par le marché » en fait une monnaie « hautement volatile », insiste la Fondation salvadorienne pour le développement économique et social (Fusades). Elle estime par ailleurs « inconstitutionnel » d’imposer « l’acceptation obligatoire du bitcoin comme moyen de paiement ».

Craignant le blanchiment d’argent par des réseaux criminels, notamment de trafic de drogue, les États-Unis ont appelé le Salvador à « se protéger des acteurs malintentionnés » par un usage du bitcoin « réglementé, transparent et responsable ».

Carlos Mario MARQUEZ/AFP


Le Salvador est devenu hier le premier pays au monde à autoriser le bitcoin comme monnaie légale, à côté du dollar américain, en dépit des fortes réticences au sein de la population et des critiques d’économistes et d’organismes financiers internationaux. Le président Nayib Bukele a annoncé lundi que le pays avait acheté ses premiers 200 bitcoins.Pour le chef de l’État, le bitcoin permettra aux Salvadoriens d’économiser 400 millions de dollars de frais bancaires lors des envois d’argent par la diaspora, notamment installée aux États-Unis, qui représentent 22 % du PIB du pays. Cependant, plus des deux tiers des 6,5 millions de Salvadoriens s’opposent pour la première fois à une décision du très populaire président Bukele et disent dans deux sondages distincts vouloir continuer à utiliser...
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