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Moyen-Orient - Yémen

Face aux forces loyalistes et à la coalition, les houthis jouent la carte de l’escalade

L’Arabie saoudite a intercepté hier un drone chargé d’explosifs lancé en direction de l’aéroport d’Abha. L’attaque a fait huit blessés.

Face aux forces loyalistes et à  la coalition, les houthis jouent la carte de l’escalade

Les dégâts sur la base aérienne d’al-Anad, le 29 août 2021. Photo AFP

Les houthis continuent d’intensifier leurs attaques contre les positions tenues par les forces progouvernementales au Yémen et en Arabie saoudite. Après avoir annoncé au cours des derniers jours la destruction d’un missile tiré par les rebelles en direction de Riyad et avoir intercepté des drones ciblant les villes de Khamis Mushait, de Jizan et de Najran, toutes situées dans le Sud-Ouest saoudien, le royaume a déclaré hier avoir « intercepté » un drone chargé d’explosifs envoyé selon lui par les rebelles à l’aéroport d’Abha. Cité par les médias saoudiens, un communiqué de la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen a fait état de huit blessés et de dommages sur un avion de ligne à la suite de l’attaque d’hier tandis que les vols ont été momentanément interrompus, selon le chaîne d’État al-Ekhbariya. Imputée aux houthis par la coalition, l’opération n’a pas été revendiquée par les rebelles. L’aéroport d’Abha avait déjà été la cible d’une attaque par les houthis en février dernier, qui s’était traduite par l’incendie d’un avion commercial.

Le Yémen est plongé dans un conflit sanglant depuis sept ans et fait face à l’une des pires crises humanitaires au monde. La guerre oppose les forces progouvernementales, appuyées par la coalition menée par l’Arabie saoudite depuis mars 2015, aux houthis, soutenus par l’Iran. Si le royaume saoudien fait régulièrement l’objet d’attaques de drones et de missiles lancées depuis le territoire yéménite par les houthis, la récente intensification de leurs opérations intervient dans le sillage des frappes qui ont visé la base d’al-Anad dimanche. Située dans la province de Lahej, cette base aérienne est la plus large du pays et a été évacuée par les forces américaines au début de la guerre au Yémen. Faisant 30 morts parmi les combattants progouvernementaux et plus de 60 blessés selon les médias saoudiens, cette offensive est l’une des plus meurtrières, hors combat, depuis les explosions à l’aéroport de Aden en décembre 2020, qui avaient fait au moins 26 morts. Selon des sources citées par l’agence Associated Press, les victimes appartiennent à la Brigade des géants, des forces progouvernementales soutenues par les Émirats arabes unis. Réagissant à l’attaque dimanche, le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, exilé depuis 2015 en Arabie saoudite, a déclaré que les rebelles paieraient le prix pour leurs actions. Située à environ 60 kilomètres de la ville d’Aden, déclarée capitale provisoire depuis 2014 et qui est contrôlée par les forces pro-gouvernementales, la base d’al-Anad avait déjà fait l’objet de tirs de drones en 2019 lancés par les houthis, faisant au moins 7 morts dont un haut responsable des services de renseignements yéménites. Dans un article paru lundi sur le site du média prosaoudien Arab News, le secrétaire général adjoint du Conseil de coopération du Golfe et chroniqueur, Abdel Aziz Aluwaisheg, a estimé que « la base d’al-Anad est considérée comme la porte d’entrée vers Aden et le Sud ».

Processus de paix au point mort

Et pour cause, ces opérations interviennent à un moment où les rebelles, qui contrôlent la capitale Sanaa depuis 2014 et de larges portions du nord du pays, poursuivent leur offensive contre la province de Ma’rib, qui s’est intensifiée depuis février, sans pour autant avoir réussi à s’emparer de la ville éponyme. Point stratégique, cette zone est le dernier bastion encore sous le contrôle des forces pro-gouvernementales au Nord. Alors que des milliers de Yéménites ont déjà fui de la province face à la violence des combats, la perte de Ma’rib constituerait une victoire pour les houthis, leur permettant de s’engouffrer vers le Sud, où se trouvent notamment les forces loyalistes et du Conseil de transition du Sud.

La récente escalade des tensions complique davantage la mission du nouvel émissaire des Nations unies pour le Yémen, Hans Grundberg, qui doit prendre ses fonctions dimanche prochain et qui devra s’atteler à raviver le processus de paix, aujourd’hui au point mort, en dépit des pressions de l’administration de Joe Biden, pour qui le dossier yéménite figure parmi ses priorités régionales. S’exprimant devant le Conseil de sécurité la semaine dernière, le secrétaire général adjoint de l’ONU pour le Moyen-Orient, l’Asie et le Pacifique, Khaled Khiari, a indiqué que les rebelles conditionnent toujours leur retour à la table des négociations à la réouverture des ports de Hodeïda et de l’aéroport de Sanaa et à la fin de « l’agression et l’occupation ». Les pourparlers qui devaient également se poursuivre fin juillet dans le cadre de l’accord de Riyad, conclu en décembre 2019 et prévoyant notamment le retour de l’exécutif yéménite à Aden, n’ont également pas repris.

Sur le plan humanitaire, la situation ne cesse de se détériorer et le temps presse. Dans un communiqué publié le 26 août, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés précise notamment qu’ « il y a plus de 50 lignes de front actives à travers le pays et plus de 500 000 personnes déplacées de force cette année, en particulier dans le gouvernorat de Ma’rib ». « Il est estimé que 80 % de la population totale vit en dessous du seuil de pauvreté et les données sur la sécurité alimentaire ont révélé que cinq millions de Yéménites étaient au bord de la famine au début de l’année, dont la plupart sont des personnes déplacées qui sont quatre fois plus à risque que les autres Yéménites », souligne le document. Face à l’ampleur de la crise humanitaire, les États-Unis ont annoncé début août une aide supplémentaire de 165 millions de dollars au Yémen lors d’une conférence de donateurs. Au total, seuls 1,7 milliard ont été promis par une centaine de gouvernements et des donateurs particuliers, une somme largement insuffisante pour couvrir les besoins sur le terrain alors que la réunion avait pour but de lever 3,85 milliards de dollars.


Les houthis continuent d’intensifier leurs attaques contre les positions tenues par les forces progouvernementales au Yémen et en Arabie saoudite. Après avoir annoncé au cours des derniers jours la destruction d’un missile tiré par les rebelles en direction de Riyad et avoir intercepté des drones ciblant les villes de Khamis Mushait, de Jizan et de Najran, toutes situées dans le...

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