Une citerne de carburant escortée jeudi matin par les forces spéciales des Forces de sécurité intérieure (FSI) dans le Akkar. Photo envoyée par notre correspondant au Liban-nord, Michel Hallak
Plusieurs jours après une énième "solution" de fortune imaginée par les autorités pour prolonger jusqu'à fin septembre certaines subventions, cependant réduites, sur les hydrocarbures, le Liban se trouvait jeudi toujours plongé dans le chaos sur les routes, surtout en raison de files interminables devant les quelques stations-service qui tentaient de faire face à l'afflux de milliers de voitures stationnées sur des kilomètres. Des blocages de routes par des chauffeurs de bus en colère ont également été signalés. Il semble donc que les automobilistes doivent encore attendre plusieurs jours avant qu'un semblant de dénouement, même temporaire, puisse se profiler pour alléger cette crise dans un pays en plein effondrement économique et social depuis deux ans déjà.
Samedi après-midi, les responsables réunis à Baabda avaient décidé une levée partielle des subventions sur le carburant et annoncé que les prix seraient alors calculés selon un taux de 8 000 livres pour un dollar jusqu’à fin septembre, contre 3 900 livres depuis fin juin. Cette décision a provoqué une hausse de près de 70 % des prix officiels de l’essence, du mazout et du gaz, mais n’a pas suffi à débloquer la situation. La contrebande vers la Syrie et le stockage illégal semblent se poursuivre, et une forte hausse des prix à la fin du mois prochain après la levée totale des subventions, n'est pas assurée de régler la question, alors que les incidents sécuritaires devant les stations se multiplient de manière inquiétante. Entre-temps, les prix des carburants ont pratiquement triplé en deux mois depuis que la Banque du Liban a commencé en juin à rationner ses subventions.
Citernes sous escorte
Excédés par cette situation, et alors qu'ils peinent déjà à joindre les deux bouts, des chauffeurs de bus qui assurent les liaisons Akkar-Tripoli et Tripoli-Beyrouth ont bloqué l'autoroute de Tripoli dans le Nord, rapporte l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). Un responsable syndical local a mis en garde les autorités contre des mesures d'escalade si la crise n'est pas résolue. Cette crise a provoqué une flambée des prix des transports publics, mais qui ne suffit toujours pas à amortir l'hyperinflation qui frappe le pays. Des chauffeurs de taxi ont également brièvement bloqué l'autoroute au niveau de Kfar Abida.
Pour tenter d'apaiser la population, notamment dans le Akkar, région pauvre et secouée par des incidents sécuritaires ces dernières semaines, les forces de l'ordre ont assuré jeudi matin l'escorte d'un convoi de citernes chargées de carburant, rapporte notre correspondant dans le Akkar Michel Hallak. Des engins blindés des force spéciales des services de renseignement des Forces de sécurité intérieure (FSI) ont ainsi été déployés.
La police a également annoncé qu'entre le 24 et le 25 août, près de 500.000 litres de mazout stockés illégalement dans la Békaa, dans le Sud et au Mont-Liban ont été saisis et distribués à la population et aux boulangeries, hôpitaux et autres infrastructures vitales, au prix officiel du marché. Jeudi encore, l'armée a perquisitionné un entrepôt dans la région de Zahlé, dans la Békaa, et a saisi un réservoir de 54.000 litres de mazout et un autre de 12 tonnes de gaz, rapporte la chaîne locale LBCI. Plusieurs stations-service ont également été forcées de vendre l'essence qu'elles stockaient. Enfin, deux individus suspectés de stocker de l'essence dans des galons à Saïda (Sud) ont été arrêtés.
Photo ANI
Malgré cette crise grave, il semble que la bureaucratie continue d'entraver toute solution. Selon les informations de la chaîne LBCI, un navire chargé de mazout destiné aux infrastructures pétrolières du pays attend ainsi depuis deux jours au large des côtes de Zahrani, dans le Sud, afin que soient débloqués les crédits nécessaires au déchargement de sa cargaison.



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18 h 53, le 26 août 2021