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Économie - Carburant

La situation se décante, mais pas pour longtemps

Les difficultés des autorités à contrôler le marché noir vont continuer de peser sur la disponibilité de l’essence, du mazout et du gaz.

La situation se décante, mais pas pour longtemps

« La situation va se résorber au fur et à mesure que le nombre de stations-service ouvertes augmentera », a indiqué le porte-parole du syndicat des propriétaires de stations-service, Georges Brax. Photo P.H.B.

Quelques jours après l’annonce d’une énième solution de fortune imaginée par les autorités pour prolonger jusqu’à fin septembre – en le rationalisant – le mécanisme de subvention ouvert depuis octobre 2019 par la Banque du Liban (BDL) aux importateurs de carburant, les Libanais devront encore attendre quelque temps avant de pouvoir faire le plein sans attendre leur tour une demi-journée entière.

L'édito de Issa GORAIEB

L’essence du problème

Tel est en tout cas le message claironné par le représentant des distributeurs de carburant Fadi Abou Chacra, ou encore le porte-parole du syndicat des propriétaires de stations-service Georges Brax, dans les médias hier. Le premier a confirmé que les livraisons de carburant avaient commencé après le déchargement de plusieurs navires-citernes peu après le feu vert donné par la BDL et a demandé aux usagers d’être « patients », l’ensemble des stations-service ne pouvant être approvisionnées « en un seul jour ». Le second a précisé que quatre navires contenant chacun 80 000 tonnes de carburant (sans préciser la proportion de mazout et d’essence) avaient commencé à décharger leurs cargaisons.

Amélioration provisoire

« La situation va se résorber au fur et à mesure que le nombre de stations-service ouvertes augmentera. Mais il s’agit juste d’une amélioration provisoire, dans la mesure où les effets de l’accord conclu entre les autorités samedi ne dureront que jusqu’à fin septembre », a déclaré Georges Brax à L’Orient-Le Jour en soulignant que le véritable problème restait le marché noir. Les prix sur ce marché sont bien supérieurs à ceux en livres qui seraient calculés en fonction du taux de change actuel sur le marché parallèle (19 000 environ hier), en considérant les cours mondiaux du pétrole et d’autres coûts fixes constants. À titre indicatif, les 20 litres d’essence 95 octane seraient alors facturés à plus de 304 000 livres, contre « 600 000 livres sur le marché noir et 30 à 40 millions de livres la tonne de mazout (au lieu d’environ 5 millions de livres, en prenant les tarifs de 90 600 livres les 20 litres avec un taux de change de 19 000 livres pour un dollar sur le marché parallèle, NDLR) », a déploré le syndicaliste, pour qui l’État n’est pas en mesure d’enrayer le phénomène. « À ce prix, il devient plus intéressant de revendre le carburant détourné au Liban que de l’envoyer en Syrie », a encore regretté Georges Brax.

Récit

Black-out sur le Liban : chroniques d’un quotidien à tâtons

Samedi après-midi, les responsables réunis à Baabda avaient décidé une levée partielle des subventions sur le carburant et annoncé que les prix seraient alors calculés selon un taux de 8 000 livres pour un dollar jusqu’à fin septembre, contre 3 900 livres depuis fin juin. Cette décision a provoqué une hausse de près de 70 % des prix officiels de l’essence, du mazout et du gaz, mais n’a pas suffi à débloquer la situation.

Pour rappel, les tarifs communiqués hier par le ministère de l’Énergie et de l’Eau sont légèrement inférieurs à ceux annoncés samedi dans le sillage de l’accord entre le président Michel Aoun, plusieurs ministres du gouvernement sortant et le gouverneur de la BDL Riad Salamé. La bonbonne de gaz se vend désormais à 90 600 livres, les 20 litres d’essence 95 à 128 200 livres et les 20 litres de mazout à 98 800 livres.

À défaut d’être efficacement adressée, la problématique du marché noir entre néanmoins en ligne de compte des préoccupations du gouvernement sortant de Hassane Diab. Suite à une réunion avec des membres de l’exécutif et des représentants des distributeurs de carburant, le Grand Sérail a affirmé avoir décidé de « mettre sur pied une chambre d’opérations conjointe formée des ministères et des services de sécurité concernés et de prendre des mesures strictes en coopération avec la justice contre toute personne qui participerait au stockage, à l’accaparement et à la contrebande de carburants ainsi qu’à la manipulation des prix ». L’exécutif a également prévu de mettre en place un « mécanisme de suivi des hydrocarbures depuis leur arrivée au Liban jusqu’à leur livraison aux Libanais » sans le détailler.

Les indemnités de transport

Le Grand Sérail a enfin appelé à une coordination entre le ministère de l’Énergie, les municipalités et les forces de sécurité pour distribuer le carburant aux propriétaires de générateurs privés qui assurent la majorité de la production électrique dans le pays, ainsi qu’à plusieurs secteurs-clefs (hôpitaux et boulangeries, notamment). En effet, Électricité du Liban ne peut actuellement mobiliser que 800 mégawatts sur les 1 800 exploitables, en raison de l’impact de la crise et de son problème structurel sur sa capacité à financer ses achats de fuel-oil et de gas-oil, ce qui augmente la dépendance des Libanais aux générateurs privés, individuels ou collectifs.

Autre problème que les autorités doivent gérer : la multiplication des incidents aux abords des stations-service, qui font désormais partie du quotidien. La semaine dernière, une station-service de l’enseigne Total avait même été attaquée au lance-grenades, tandis qu’une autre a été brièvement réquisitionnée par le président du conseil municipal de la banlieue sud de Beyrouth avant que le gouvernement ne demande à l’armée d’intervenir. Dans certaines régions, comme la Békaa ou le Akkar, les distributeurs refusent de livrer du carburant de crainte de voir leurs camions détournés, tandis que selon la chaîne MTV, hier, près de 30 % des stations-service du pays refuseraient d’être livrées « malgré la présence de l’armée » en raison de l’insécurité qui règne.

Enfin, le cœur du problème de la levée, même partielle, des subventions sur le carburant concerne aussi son impact sur le pouvoir d’achat des Libanais déjà décimé par la dépréciation de la livre et les restrictions illégales imposées par les banques. Un phénomène aggravé par le fait que l’État n’a toujours pas mis en place la carte d’approvisionnement qui est supposée servir de palliatif pour les ménages les plus vulnérables. Seule mesure concrète qui pourrait être rapidement mise en œuvre : l’augmentation des indemnités de transport pour le secteur public et privé, dont Hassane Diab prévoit de signer le décret d’application, sans préciser de délai. Le chef du gouvernement sortant a également annoncé qu’il allait signer un autre décret préparé par le ministre des Finances Ghazi Wazni, pour débloquer une avance exceptionnelle de 600 milliards de livres aux fins de majorer les salaires des fonctionnaires.

Du côté des entreprises, le débat est un peu plus complexe. Si les industriels avaient fait savoir il y a quelques semaines qu’ils étaient, bon an mal an, capables de payer leur carburant au taux du marché parallèle, les commerçants ont, eux, fait part hier de leurs réticences à travers un communiqué de l’Association des commerçants de Beyrouth (ACB).

Outre l’absence de mécanisme permettant de mitiger l’effet de la levée des subventions, l’organisation est également opposée à l’augmentation prévue des indemnités de transport. Le président de l’ACB, Nicolas Chammas, considère en effet que la mesure va doper les coûts des entreprises et pousser certaines à licencier encore plus de personnel (le chômage était déjà de 40 % en décembre, selon la Banque mondiale), mais aussi contribuer à accélérer la dépréciation de la livre et l’inflation (101 % en juin en glissement annuel) en injectant encore plus de monnaie sur le marché. La position de l’ACB contraste avec celle exprimée lundi par les organismes économiques, l’organisation patronale dirigée par l’ancien ministre Mohammad Choucair et dont l’ACB est également membre. Celle-ci avait annoncé avoir décidé de s’aligner sur l’augmentation des indemnités de transport décidées pour le secteur public. Dans son communiqué publié hier, l’ACB a affirmé qu’elle ne pouvait pas soutenir cette position, malgré le fait qu’elle comprenait ses enjeux sur le plan social.


Quelques jours après l’annonce d’une énième solution de fortune imaginée par les autorités pour prolonger jusqu’à fin septembre – en le rationalisant – le mécanisme de subvention ouvert depuis octobre 2019 par la Banque du Liban (BDL) aux importateurs de carburant, les Libanais devront encore attendre quelque temps avant de pouvoir faire le plein sans attendre leur tour une...

commentaires (3)

C'est quoi ces directions securitaires de pacotille ???? Alors, on perquisitionne les depots de carburants ???? (Mais pas une seule inculpation) pour detourner l'attention. Par contre, pas un seul convoi de contrebande vers la Syrie n'a ete intercepte. Kellon ya3ne kellon c'est aussi les "hauts" responsables securitaires. Menteurs, fripouilles, complices....

Michel Trad

20 h 43, le 25 août 2021

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Commentaires (3)

  • C'est quoi ces directions securitaires de pacotille ???? Alors, on perquisitionne les depots de carburants ???? (Mais pas une seule inculpation) pour detourner l'attention. Par contre, pas un seul convoi de contrebande vers la Syrie n'a ete intercepte. Kellon ya3ne kellon c'est aussi les "hauts" responsables securitaires. Menteurs, fripouilles, complices....

    Michel Trad

    20 h 43, le 25 août 2021

  • De l’esbroufe, des effets d’annonces, on dirait même que c’est de la provocation… La situation, en dépit des mesures prises ne s’est nullement améliorée, les files d’attente devant les rares stations ouvertes sont interminables. Quant aux forces de l’ordre, elles brillent par leur absence. L’armée Libanaise, semble t il, aurait déjà saisi plus de deux millions de litres de carburant, pourtant es hôpitaux sont à l’agonie, es minoteries sont à l’arrêt, les groupes électrogènes ne fournissent plus… cherchez l’erreur.

    C…

    14 h 06, le 25 août 2021

  • combien est ce difficile a ces mafieux incompetents de la politique de decider ILLICO avant tte chose de relever le prix de l'electricite ? chose qui est a l'origine de l'accaparement des cratels/mafia du mazout,fuel,et essence ? apres tout son effet economique sur le citoyen restera MILLE FOIS moins couteux que le cartel des proprio de generateurs.

    Gaby SIOUFI

    10 h 08, le 25 août 2021

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