Les longues files d’attente, toujours, devant les stations-service. Photo João Sousa
Au lendemain de la publication des nouveaux prix des carburants (essence, mazout et gaz), un plus grand nombre de stations-service étaient ouvertes hier. Ce qui n’a pas empêché une répétition des scènes vues ces derniers jours : les stations littéralement prises d’assaut par des conducteurs qui n’avaient pas pu faire le plein durant plusieurs jours. Deux semaines après l’annonce du gouverneur de la Banque du Liban (BDL) de son incapacité à continuer de subventionner les importations de carburant au taux de 3 900 livres, les autorités se sont mises d’accord samedi sur un taux de vente aux Libanais à 8 000 livres, alors que la BDL paiera, elle, les importations au taux bancaire de Sayrafa de 12 000 livres, la différence étant supportée par le gouvernement en ponctionnant une avance du budget 2022 (celui de 2021 n’a toujours pas été voté). Les commerces aussi semblaient être plus nombreux hier à avoir ouvert leurs portes en comparaison avec la semaine passée, beaucoup ayant été obligés de fermer boutique momentanément en raison de la difficulté de se procurer du mazout. Cet hydrocarbure est nécessaire pour faire fonctionner les générateurs qui pallient les nombreuses heures de rationnement de la part d’Électricité du Liban (EDL).
Du côté des hôpitaux privés, en revanche, la situation est toujours dramatique. Hier, le syndicat a lancé un énième cri d’alarme, mettant en garde contre un épuisement des stocks de mazout d’ici à deux jours. Le syndicat des hôteliers a, pour sa part, annoncé hier via un communiqué de son président Pierre Achkar la mise en place d’un mécanisme pour que les établissements de ce secteur importent leur propre carburant, en coopération avec le ministère de l’Énergie et de l’Eau. Ainsi, les hôtels, les appartements meublés et les maisons d’hôtes devront indiquer au syndicat la quantité mensuelle de mazout dont ils ont besoin pour que le rassemblement communique aux sociétés importatrices les besoins de la filière. Le syndicaliste a précisé que les prix sur le « marché noir (…) sont supérieurs au prix non subventionné », soit le prix du bidon de mazout calculé au taux du marché parallèle, qui s’est établi à près de 19 200 livres pour un dollar hier. Les hôteliers le paieront donc au taux du marché parallèle. Des propos qui confirment ceux tenus par plusieurs acteurs de l’économie libanaise, dont le porte-parole du syndicat des propriétaires de stations-service Georges Brax, qui avait indiqué mardi à L’Orient-Le Jour que la tonne de mazout s’échange contre « 30 à 40 millions de livres (au lieu d’environ 5 millions de livres, en prenant les tarifs de 90 600 livres les 20 litres avec un taux de change de 19 000 livres pour un dollar sur le marché parallèle, NDLR) ».
Pierre Achkar n’a pas répondu à nos sollicitations, mais le mécanisme évoqué ressemble à celui mis en place par l’Association des industriels libanais (AIL) à fin juillet. Un processus qui a néanmoins subi du retard pour être mis en place, certaines procédures étatiques ayant pris plus de temps que prévu, selon une source proche de la filière. Les industriels paient la quantité demandée aux importateurs en livres au taux du marché parallèle ou en dollars frais.


