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L’essence du problème

De toutes les calamités qui se sont abattues sur Les Libanais, la plus révoltante est sans doute le peu de cas qu’en font leurs dirigeants, premiers responsables pourtant d’une telle somme de malheurs.


Non content d’avoir dépossédé le peuple, de l’avoir réduit à la pauvreté, de s’être joué de sa vie comme de ses biens, on lui dénie maintenant une simple prise en compte des souffrances inouïes qu’il endure. Celles-ci s’accumulent et s’aggravent à chaque heure qui passe, et voilà que l’on s’obstine à ergoter sans fin sur les parts de gâteau gouvernemental propres à satisfaire l’une ou l’autre branche de la mafia politique. Impérative, vitale est, bien entendu, la formation d’un nouveau cabinet, puisqu’elle viendrait doter le bateau ivre d’un semblant d’équipage. Une fois les amarres lâchées, resterait toutefois à réunir l’équipe autour d’une même vision, d’une même stratégie, d’une même et authentique volonté d’entreprendre ces réformes structurelles sans lesquelles il n’est pas de redressement possible.


Or rien n’est moins sûr. Ces réformes, les chefs politiques, tels des angelots, y souscrivent à tue-tête. Tous veulent aller au paradis de la bonne gouvernance, mais personne n’a envie de mourir sur l’autel du grand ménage : c’est à leurs rivaux, et en s’exonérant eux-mêmes, que tous réservent le coup de balai. Comment peut-on seulement songer à nettoyer les écuries d’Augias en s’en remettant aux bons soins de ceux-là mêmes qui ont tout salopé : et qui, de surcroît, se rejettent mutuellement la paternité du désastre ?


Cette fuite éperdue des responsabilités, rien ne pouvait mieux l’illustrer que la folle sarabande imposée à cette patate brûlante qu’était la levée du soutien du prix des carburants. Une singulière partie carrée a ainsi mis en lice la présidence de la République, le gouverneur de la Banque du Liban, un Premier ministre démissionnaire frileusement encoconné dans sa demi-vacance et un Parlement passé maître, lui, dans l’art de noyer le poisson. L’on aura même vu le chef de l’État assurer en personne la promotion télévisée d’une brouillonne solution provisoire de la crise de l’essence, laquelle d’ailleurs n’a rien solutionné, au contraire.


De plus d’un cercle vicieux est tragiquement prisonnier notre pays. Les dirigeants croient s’acheter une bonne conscience à l’aide de subsides consentis aux fonctionnaires, ou encore de cartes d’approvisionnement destinées aux familles défavorisées. Mais en dépit de la ruine, nul n’est prêt à envisager un dégraissage, même progressif, d’une administration publique infestée de parasites par la grâce du clientélisme. Personne ne parle de supprimer les sinécures offertes, par népotisme ou copinage, aux conseillers peuplant palais, sérails et ministères ; idem pour les pensions allouées aux anciens députés ou alors à leur descendance, quand ils ne sont plus de ce monde.


Il ne faut pas rêver. Ce n’est pas la vertueuse et prudente recherche de quelque plan de sauvetage économique et financier qui retarde la formation d’un gouvernement ; ce n’est pas des affres que vit la population que l’on discute mais de ministres dans la poche, de tiers de blocage grossièrement déguisé, de contrôle de l’organe exécutif, de continuité (dynastique ou presque) du régime, tout cela dans la perspective des scrutins de l’an prochain.


C’est au son de leurs dévorantes, délirantes, ambitions politiciennes que les fossoyeurs s’obstinent à danser sur la carcasse du modèle libanais.


Issa GORAIEB

[email protected]


De toutes les calamités qui se sont abattues sur Les Libanais, la plus révoltante est sans doute le peu de cas qu’en font leurs dirigeants, premiers responsables pourtant d’une telle somme de malheurs. Non content d’avoir dépossédé le peuple, de l’avoir réduit à la pauvreté, de s’être joué de sa vie comme de ses biens, on lui dénie maintenant une simple prise en compte des...