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Nos lecteurs ont la parole

Quel droit étudier dans un pays injuste ?

4 août 2020, Alexandra Najjar, 3 ans, est l’une des plus jeunes victimes de la double déflagration qui a ravagé une grande partie de Beyrouth. Elle a été tuée parce qu’elle jouait sur son balcon.

4 août 2020, Sahar Farès, première soldate martyre. Quelques jours avant son mariage, Sahar, secouriste, trépasse parce qu’elle essayait d’éteindre le feu.

4 août 2020, Élias Khoury, 15 ans, habitait près du port. Il décède des suites de ses graves et douloureuses blessures.

4 août 2020, Diana Dib ramenait ses deux enfants de leur activité. Elle est morte dans sa voiture devant eux.

4 août 2020… à 18h07…. Un attentat. Une double explosion, un massacre, une tragédie a lieu au port de Beyrouth.

Plus de 200 morts, plus de 6 000 blessés, plus de 300 000 sans-abri…

Peut-on essayer de trouver des raisons pour apaiser la peine ? Des raisons pour essayer de justifier un acte criminel ?

Voilà comment nos responsables politiques deviennent ostensiblement des meurtriers. La peine prévue par la loi ne les inquiète guère. A-t-elle jamais été véritablement appliquée à leur encontre ?

Voilà comment on encourage la perpétration cynique de crimes dans un pays devenu une jungle inéclairée !

Voilà comment des Alexandra Najjar, des Sahar Farès, des Élias Khoury, des Diana Dib périssent tous les jours !

Assassiner au Liban n’est plus un crime…

Préméditer une boucherie humaine au Liban n’est plus un crime…

Étudiante en quatrième année de droit au Liban, tant de questions me hantent.

Moi qui avais lu Steve Jobs, selon lequel la seule façon d’atteindre l’excellence, c’est d’être passionné par ce que l’on fait. Je le suis. Mais en même temps, je suis aujourd’hui frustrée et enragée.

Frustrée parce que impuissante. Impuissante face à cette injustice. Impuissante face à ce crime contre l’humanité. Impuissante face au silence.

Je me souviens encore de la présentation pour notre cours d’orientation que j’ai dû faire lorsque j’étais en classe de seconde ; une présentation qui m’invitait à répondre à une question qui me paraissait très simple à l’époque : « Pourquoi choisir le droit ? »

J’avais conclu ma présentation très fièrement en ces termes : « J’aimerais faire le droit pour être au service de la societé, pour réclamer les droits perdus et défendre les victimes innocentes. J’aimerais porter les secrets et difficultés de mes clients, être la source de leur force et de leur tranquillité. »

Aujourd’hui, 5 ans après, je me pose la même question : « Pourquoi avoir choisi le droit ? »

À quoi sert le droit dans un système corrompu où les intérêts politiques permettent au final de mieux protéger le coupable que la victime ?

À quoi sert le droit dans un pays où l’on fait du commerce de tout ?

À quoi sert le droit dans un pays où l’on négocie des sanctions pénales non négociables ?

À quoi sert le droit dans un pays où les politiques ont tué les ambitions, les rêves de la jeunesse ?

Pourquoi parler de justice dans un pays qui matérialise l’injustice ?

Comment penser à la justice lorsque, plus d’un an après le massacre, pas une seule personne n’a été identifiée comme responsable, lorsque les parlementaires se cachent derrière leur immunité ?

Alors, plus subjectivement, quel intérêt de poursuivre encore mes études de droit ? Pour avoir un métier non praticable dans mon propre pays ?

Pourquoi étudier l’inapplicable et essayer d’exercer l’irréalisable ?

Pourquoi faire du droit dans un pays sans droits ?

Faut-il étudier le droit de l’inconscience ?

Faut-il étudier le droit de la négligence ? Le droit de l’incompétence ?

Le droit de la soumission ?

Faut-il étudier le droit de la corruption ?

Étudiante en 4e année de droit à l’Université Saint-Joseph

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

4 août 2020, Alexandra Najjar, 3 ans, est l’une des plus jeunes victimes de la double déflagration qui a ravagé une grande partie de Beyrouth. Elle a été tuée parce qu’elle jouait sur son balcon.4 août 2020, Sahar Farès, première soldate martyre. Quelques jours avant son mariage, Sahar, secouriste, trépasse parce qu’elle essayait d’éteindre le feu.4 août 2020, Élias Khoury, 15 ans, habitait près du port. Il décède des suites de ses graves et douloureuses blessures.4 août 2020, Diana Dib ramenait ses deux enfants de leur activité. Elle est morte dans sa voiture devant eux. 4 août 2020… à 18h07…. Un attentat. Une double explosion, un massacre, une tragédie a lieu au port de Beyrouth.Plus de 200 morts, plus de 6 000 blessés, plus de 300 000 sans-abri…Peut-on essayer de trouver des raisons pour...
commentaires (1)

ah la la ! comme c'est bien trouve ! reponse " inacceptable" je sais mais reponse quand meme : appliquer la justice de la jungle, faire fi des lois puisque Kellon ont commis le crime contre la securite de la nation et de son peuple, les foutre en prison a roumieh , qu'ils y pourrissent des annees en attendant completer leur dossier, qu'ils goutent aux horreurs qu'ils avaient imposees aux prisoniers predecesseurs. suite a cela, nous trouverons surement des dizaines de citoyens honnetes, sinceres, travailleurs perseverants qui "commenceront" a baliser le terrain pour un etat digne de ce nom.

Gaby SIOUFI

10 h 23, le 05 août 2021

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Commentaires (1)

  • ah la la ! comme c'est bien trouve ! reponse " inacceptable" je sais mais reponse quand meme : appliquer la justice de la jungle, faire fi des lois puisque Kellon ont commis le crime contre la securite de la nation et de son peuple, les foutre en prison a roumieh , qu'ils y pourrissent des annees en attendant completer leur dossier, qu'ils goutent aux horreurs qu'ils avaient imposees aux prisoniers predecesseurs. suite a cela, nous trouverons surement des dizaines de citoyens honnetes, sinceres, travailleurs perseverants qui "commenceront" a baliser le terrain pour un etat digne de ce nom.

    Gaby SIOUFI

    10 h 23, le 05 août 2021

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