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Moyen-Orient - Éclairage

Le coup de force de Saïed consolide un rapprochement avec Le Caire

Unie à la Tunisie par son opposition à l’islam politique, l’Égypte s’est empressée d’apporter son soutien au président tunisien.

Le coup de force de Saïed consolide un rapprochement avec Le Caire

Le président tunisien, Kaïs Saïed, et son homologue égyptien, Abdel-Fattah el-Sissi, au Caire le 9 avril 2021. Photo AFP

Depuis le coup de force institutionnel amorcé le 25 juillet dernier par Kaïs Saïed, les comparaisons entre la manœuvre du président tunisien et le putsch militaire du général Abdel-Fattah el-Sissi en 2013, ayant permis de renverser les Frères musulmans au pouvoir, se multiplient. Près d’une semaine après l’annonce de M. Saïed du gel des activités du Parlement, où le parti islamiste Ennahda est la principale formation, les arrestations et les limogeages au sein du gouvernement et du Parlement s’enchaînent. Si ces décisions inquiètent l’axe turco-qatari, qui prône une vision basée sur l’islam politique pour la région, elles sont au contraire perçues d’un œil favorable par Le Caire, qui considère les Frères musulmans comme sa bête noire et qui a salué le coup de force du président tunisien. « Nous faisons entièrement confiance à la sagesse de la direction politique en Tunisie et à sa capacité de gérer la situation, de répondre aux demandes et aux aspirations du peuple tunisien », a souligné samedi le chef de la diplomatie égyptienne, Samer Choukri.

Signe de l’engouement du Caire vis-à-vis des récents événements en Tunisie, les médias égyptiens se sont empressés d’apporter leur soutien au coup de force du président. « Rached Ghannouchi (chef d’Ennahda et ancien président du Parlement) a oublié que cette révolution n’est pas contre l’ensemble du système, mais contre le gouvernement, le Parlement et les Frères, et non contre le président », s’enthousiasme un éditorialiste dans les colonnes du quotidien égyptien Al-Masry Al-Youm, le 27 juillet. « Il bénéficie du “modèle égyptien” (...). La Tunisie respire et le 25 juillet entrera dans l’histoire ! » ajoute t-il.

Coopération stratégique et géopolitique

Unis par leur opposition au mouvement frériste, classé en décembre 2013 comme organisation terroriste par le régime de M. Sissi qui a violemment réprimé ses membres dès son arrivée au pouvoir, le président égyptien et son homologue tunisien se sont employés à renforcer la relation entre leurs pays depuis l’arrivée de M. Saïed au pouvoir en 2019. Les deux hommes se sont rencontrés pour la première fois en avril 2021 lors d’une visite axée sur la coopération stratégique et géopolitique entre leurs pays. Celle-ci s’opère sur de nombreux dossiers régionaux, à l’instar de la Libye, du partage des eaux du Nil entre l’Égypte et l’Éthiopie, ainsi que de la lutte commune contre l’islam politique. « Le Caire et Tunis partagent plusieurs préoccupations régionales communes et Sissi a clairement le sentiment d’avoir trouvé en Saïed un partenaire constructif », observe Will Todman, chercheur sur le Moyen-Orient au Center for Strategic and International Studies, basé à Washington.

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En Libye, pays avec lequel l’Égypte et la Tunisie partagent une frontière, les deux pays souhaitent notamment obtenir le départ des troupes turques du pays, qui appuient le nouvel exécutif libyen, tandis que Le Caire est l’un des soutiens principaux du maréchal Khalifa Haftar. La Tunisie avait également affirmé son soutien à l’Égypte sur le dossier du barrage de la Renaissance. Édifié par l’Éthiopie sur le Nil, ce projet inquiète Le Caire, qui dénonce – aux côtés du Soudan – la diminution de sa part annuelle des eaux du fleuve. « Nous voulons des solutions justes mais pas au détriment de l’Égypte et de notre nation (arabe) », avait déclaré à ce sujet M. Saïed.

Les deux chefs de l’État avaient enfin scellé une alliance autour de leur opposition commune à l’islam politique dans la région. À l’occasion de leur rencontre, M. Saïed avait déclaré avoir convenu, avec son homologue égyptien, de la nécessité « d’immuniser nos sociétés contre l’extrémisme et les mouvements qui ne croient pas en l’État ni à la cohésion des sociétés » et de « faire face aux dangers qui ciblent les pays et les sociétés ». Et ce, à l’heure où le président tunisien était engagé dans une démonstration de force à l’égard du gouvernement présidé par Hichem Mechichi – et soutenu par le mouvement Ennahda – alors que le chef de l’État avait refusé de faire prêter serment à plusieurs ministres « soupçonnés de corruption et de conflits d’intérêts ».

Style de gouvernance

Si de nombreux médias ont émis l’hypothèse selon laquelle la Tunisie pourrait désormais se tourner vers un scénario similaire à celui du coup d’État de M. el-Sissi en Égypte, les dirigeants des deux pays n’ont toutefois pas le même profil. « Abdel Fattah el-Sissi et Kaïs Saïed viennent d’horizons complètement différents et ne semblent pas avoir les mêmes ambitions politiques. Sissi est un produit de l’armée égyptienne et un ancien membre du gouvernement, tandis que Saïed est un avocat constitutionnel qui n’a pas occupé de poste politique avant de remporter les élections présidentielles », remarque Will Todman. « Le style de gouvernement de Saïed est plus difficile à prévoir car nous ne connaissons pas ses motivations ou ses objectifs », poursuit le chercheur.

Aux yeux d’une partie de la population tunisienne, l’exercice des pleins pouvoirs que s’est octroyé le chef de l’État inquiétera davantage si ce dernier ne nomme pas de Premier ministre rapidement et prolonge la suspension du Parlement. En attendant, la coopération égypto-tunisienne pourrait bien se renforcer. « La Tunisie est susceptible de jouer un plus grand rôle dans les négociations du GERD (barrage de la Renaissance en Éthiopie) car elle est un membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et envisage de représenter l’Égypte dans les pourparlers au sein de cette instance, observe Will Todman. L’Égypte et la Tunisie sont également susceptibles d’explorer de nouvelles façons de coopérer dans la lutte contre l’extrémisme violent, bien qu’il semble peu probable que cela devienne un effort bilatéral majeur avec des résultats tangibles et pourrait être davantage observé dans la rhétorique. »


Depuis le coup de force institutionnel amorcé le 25 juillet dernier par Kaïs Saïed, les comparaisons entre la manœuvre du président tunisien et le putsch militaire du général Abdel-Fattah el-Sissi en 2013, ayant permis de renverser les Frères musulmans au pouvoir, se multiplient. Près d’une semaine après l’annonce de M. Saïed du gel des activités du Parlement, où le parti...

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