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Lifestyle - Patrimoine

Sous le ciel de la Békaa, monuments historiques et musique font bon ménage

Quand pop, folk et techno font bouger les temples de la Békaa et la citadelle radieuse de Baalbeck, l’émotion est grande.

Sous le ciel de la Békaa, monuments historiques et musique font bon ménage

Les ruines historiques de Baalbeck illuminées le soir du 9 juillet. Aziz Taher/ Reuters

Diffusé le soir du 9 juillet sur les chaînes de télévision libanaises, #ShineOnLebanon, le concert de la saison produit par le Festival de Baalbeck, a choisi de braquer ses projecteurs sur différents sanctuaires antiques : le temple de Vénus (Baalbeck), la grande pierre monolithique de la carrière de Baalbeck, la voie romaine ou basilique civique (Baalbeck), les temples de Niha, Qsarnaba, Majdel Anjar et Aïn Herché. L’objectif était double : prendre les monuments archéologiques pour scène afin de promouvoir la culture et faire connaître au public la variété et l’importance des sites archéologiques dans la Békaa qui sont souvent inconnus (ou très peu connus) des Libanais. Résultat ? #ShineOnLebanon a éveillé chez le spectateur la fierté d’appartenir à un pays riche de 6 000 ans d’histoire. Voici les monuments sur lesquels s’est porté notre choix :

Le temple de Qsarnaba qui fut dédié aux vignobles et aux roses de Damas. Photo Festival de Baalbeck

Baalbeck, valeur artistique exceptionnelle

Baalbeck est un des sanctuaires les plus célébrés du monde antique. Son ensemble monumental apparaît comme l’un des témoignages les plus impressionnants de l’architecture romaine à l’époque impériale. Jupiter, principal temple de la triade de Baalbeck, était remarquable par ses colonnes de 20 m de hauteur qui entouraient la celle (espace dédié au dieu) et les pierres gigantesques de sa terrasse. Le temple dédié à Bacchus qui se trouve à proximité possède une décoration riche, abondante et impressionnante par son ampleur et son portail monumental orné de motifs bachiques. Le Temple rond, ou temple de Vénus, se singularise par l’originalité de son plan ainsi que par le raffinement et l’harmonie de ses formes, dans une cité où les autres sanctuaires sont marqués de gigantisme. Du temple de Mercure, situé sur la colline de Cheikh Abdallah, il ne reste que l’escalier taillé dans le roc. Les blocs de mégalithes pesant des tonnes sont issus de la colline Cheikh Abdallah qui abrite une carrière antique de pierre calcaire conglomérée. Sur ce lieu, trois blocs massifs de pierre taillée sont visibles : l’un pesant 1 240 tonnes et l’autre, surnommé Hajar al-Hibla (la pierre de la Femme enceinte), environ 1 000 tonnes. Juste en contrebas de cette dernière, un troisième monolithe plus large et plus massif a été découvert en 2014 par Jeanine Abdel Massih et son équipe de l’Université libanaise. « C’est le plus grand bloc de roche taillé connu depuis l’Antiquité », estime l’Institut archéologique allemand. Selon l’archéologue Jeanine Abdel Massih, le bloc monolithique découvert pourrait avoir été taillé pour les soubassements du temple de Jupiter, dont le plan initial devait être plus large, comme l’ont relevé des études antérieures. Quant à leur transport, « les mégalithes de Baalbeck sont, dans le substrat rocheux, délimités de manière géologique au sommet comme à la base par des joints de stratification d’une seule et unique strate.

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Le dégagement de ces mégalithes s’effectue par le creusement au pic de la base du bloc à hauteur d’homme, non pas pour l’isoler du substrat rocheux puisqu’il en est déjà détaché, mais pour assurer le bardage, c’est-à-dire le déplacement du bloc vers son emplacement final dans la construction », indique Jeanine Abdel Massih. Ce creusement entrepris simultanément par plusieurs carriers permet d’introduire sous le bloc, au fur et à mesure qu’il se détache, des rondins de bois ou rouleaux (comme support et moyen de transport du mégalithe). Une fois posé sur ces rondins, le mégalithe était acheminé vers le chantier de construction sur une rampe équipée de cabestans (espèces de treuil). Au sud de Baalbeck, les spécialistes ont découvert, sur plus de trois kilomètres, une extension de l’exploitation de la colline de Cheikh Abdallah, allant au-delà de la route de Douris-Aïn Bourday. À l’ouest, la carrière de Kyales a donné une pierre calcaire de meilleure qualité. « Cette roche tendre à grains fins a vraisemblablement fourni le support de toutes les sculptures des temples », explique l’archéologue.

Niha

Sur le flanc oriental du Mont-Liban, à 30 km au sud-ouest de Baalbeck, se trouve Niha, ou l’antique Nihata. Le site comprend principalement un grand temple à l’Est et un petit qui lui fait face. Les vestiges d’un troisième bâtiment cultuel ont été repérés autrefois mais ont aujourd’hui disparu. « Malgré de nombreuses différences dans le détail, on peut les comparer aux plus importants édifices cultuels de Baalbeck », écrit dans Persée (portail de publications scientifiques), Klaus S. Freyberger, archéologue allemand spécialiste de l’architecture et de l’art gréco-romains en Syrie et au Liban. Daté de la seconde moitié du IIe siècle après J.C., « le grand temple de Niha peut facilement être comparé, pour son dispositif architectural, au temple de Bacchus de Baalbeck », note l’archéologue. Au nombre des points communs, il cite le double escalier de l’entrée menant dans la cella ; la crypte autour de l’adyton à baldaquin occupant un tiers de la cella (l’adyton et la cella désignent les espaces réservés aux fonctions religieuses) ainsi que l’aménagement dans les murs intérieurs de niches articulées à la structure architectonique par des colonnes engagées. « Cependant, note Freyberger, le répertoire décoratif de l’entablement est plus restreint, le rendu plastique d’une qualité nettement inférieure. »

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Outre le style de construction, Baalbeck sert également de modèle pour l’iconographie des divinités de Niha. « Le dieu Hadaranis est représenté selon le type du Jupiter héliopolitain », souligne le spécialiste allemand, précisant que la découverte de l’inscription Dea Syria Nihathena « conforte l’hypothèse selon laquelle une triade divine serait aussi honorée à Niha ». L’assimilation iconographique d’Hadaranis au Jupiter héliopolitain impose le dieu de Niha comme une divinité solaire, maître suprême du monde. Cette signification est corroborée aussi par l’architrave ou épistyle (partie inférieure de l’entablement, entre la frise et le chapiteau) au-dessus de l’entrée du grand temple, où l’on voit un aigle aux ailes déployées, une couronne dans le bec, flanqué à gauche d’une Victoire avec couronne et palme ; et à droite d’un Éros et d’une seconde Victoire. « L’aigle est le symbole du maître du monde ; la couronne dans le bec de l’oiseau et les Victoire qui l’encadrent signifient l’invincibilité de ces dieux. La présence d’Éros devrait s’expliquer par l’assimilation de Dea Syria Nihathena à Vénus », avance Freyberger. À en juger par la statuaire des temples, le culte célébré à Niha était, semble-t-il, similaire à celui de Baalbeck. Dans sa monographie La vie religieuse au Liban sous l’Empire romain (publiée en 2009 par l’IFPO et dont l’édition électronique est parue en 2012), Julien Aliquot, ancien pensionnaire de l’IFPO à Damas (2007-2010) et auteur des Inscriptions grecques et latines de la Syrie consacrées au mont Hermon (2008), signale qu’à l’époque romaine, Niha était habité par une communauté constituée de pérégrins (toute personne libre qui ne possédait pas la citoyenneté romaine, NDLR) et de colons romains. « Les habitants pourraient rendre hommage à une triade divine analogue à celle de Baalbeck, à cette différence près que les dieux qui la composent conservent leurs dénominations sémitiques : aux côtés du couple formé du dieu suprême Hadaranès et de la déesse Atargatis se tient peut-être un jeune parèdre mineur dont le nom est inconnu, mais dont l’aspect serait semblable à celui du Mercure héliopolitain », élabore Julien Aliquot. Ouvert à l’est, le grand temple de Niha offre un plan tétrastyle prostyle (dont la façade présente quatre colonnes de front) et surplombe un autel monumental de plan carré dont les fondations ont été mises au jour. L’escalier qui donne accès à la cella est intégré dans le podium. Son dégagement a dévoilé trois volées et trois paliers profonds. Certains blocs du sanctuaire pèsent plus de trente tonnes.

Le majestueux temple de Niha, proche des plus importants édifices cultuels de Baalbeck. Photo Creative Commons

Qsarnaba et les roses de Damas

Dans le mohafazat de Baalbeck-Hermel, Qsarnaba (1 190 m d’altitude) occupe une colline dominant la Békaa au pied du mont Sannine. Ses vastes terrains vallonnés sont dédiés aux vignobles et aux roses de Damas dont les pétales sont distillées afin d’en extraire le liquide parfumé utilisé dans de nombreux desserts. Sur une de ses collines se dressent les ruines du temple de Qsarnaba construit sur une plateforme assez haute, de sorte que le visiteur doit monter un long escalier pour atteindre la salle de culte, où il ne reste que les vestiges d’un autel à 12 patins, la base d’un tabernacle et l’impressionnant fronton en calcaire, qui fait face au soleil levant. Dans sa monographie, Julien Aliquot décrit un temple érigé sur un massif de fondation rectangulaire de plus de 35 m de long et d’environ 15 m de large. Il repose sur un podium à trois assises, avec une base et une corniche, dominant un autel monumental à colonnettes partiellement taillé dans le rocher. Ouvert à l’est, le bâtiment d’ordre corinthien est de plan hexastyle prostyle (la façade a un portique d’une seule rangée de six colonnes), comprenant un pronaos et une cella au fond de laquelle la plateforme d’un adyton (espace réservé aux fonctions religieuses) surmonte une crypte. « Deux volées d’escaliers séparées par un palier dallé et taillées dans des blocs mégalithiques sont intégrées dans le podium. Les murs du bâtiment sont dressés avec des blocs de grand appareil sommairement épannelés (soit dégrossir un bloc de pierre par une taille plane qui dégage la forme du sujet). Le parement extérieur des murs est orné de pilastres (…). » La carrière romaine, qui a servi à la construction du temple de la localité, est toujours intacte.

Signalons enfin que, parmi ses nombreux livres, Levon Nordiguian, qui dirige le Musée préhistorique de l’USJ, a consacré un ouvrage sur le sujet intitulé Temples de l’époque romaine au Liban paru en 2005.


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