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Moyen-Orient - Disparition

Donald Rumsfeld, visage de l’interventionnisme US au Moyen-Orient

L’octogénaire, ancien ministre de la Défense sous l’administration de Gerald Ford puis de George W. Bush, est mort mardi à son domicile de Taos, dans l’État du Nouveau Mexique.

Donald Rumsfeld, visage de l’interventionnisme US au Moyen-Orient

L’ancien secrétaire à la Défense, Donald H. Rumsfeld, signant un panneau de signalisation à la demande d’un soldat américain, le 30 avril 2003, lors d’une visite auprès des troupes américaines stationnées à Bagdad. Photo File Reuters/Pool/Luke Frazza

Il a traversé les administrations américaines et, avec elles, les époques. Il a vécu l’ère de la menace soviétique ; est intervenu auprès de l’Irak au cours de la guerre qui l’a opposé à l’Iran ; a été l’un des moteurs du virage amorcé par son administration dans le sillage de la lutte contre le terrorisme. Mais aujourd’hui, le nom de Donald H. Rumsfeld évoque surtout le marasme de l’intervention américaine en Irak.

L’octogénaire est mort mardi d’un myélome multiple à son domicile du Nouveau Mexique, dans la petite ville américaine de Taos. Pour beaucoup d’observateurs, il incarne l’interventionnisme américain du début des années 2000 en Irak et en Afghanistan. Avant ces épisodes récents, il a pourtant été autre chose : secrétaire à la Défense du président Gerald R. Ford, de 1975 à 1977, où il a œuvré à moderniser l’armée ; puis envoyé spécial au Moyen-Orient, où il s’est constitué son carnet d’adresse régional – « dont son amitié avec l’ancien président libanais Amine Gemayel », selon le témoignage de David Schenker, ancien secrétaire d’État adjoint aux Affaires du Proche-Orient qui a travaillé à ses côtés. C’est seulement en 2001, à 69 ans, qu’il rejoint l’équipe de George W. Bush où il servira jusqu’en 2006 en tant que secrétaire à la Défense, contre toute attente puisque son ancienne rivalité avec Bush père ne le prédisposait pas à ce poste.

Sa carrière prend alors un tournant au même moment que le pays. Le 11-Septembre 2001 est un traumatisme auquel le gouvernement doit réagir, un « changement de focus pas seulement pour lui, mais pour toute la nation », explique David Schenker. « Malgré les alertes qui avaient circulé, l’administration Bush a été prise de court par les attaques du 11/9 », explique Andrew Cockburn, journaliste britannique, rédacteur à Washington pour le magazine Harper, et auteur de Rumsfeld : His Rise, Fall, and Catastrophic Legacy. « L’invasion de l’Irak était une réponse à cela, une manière de détourner l’attention de cette terrible erreur », poursuit ce dernier. L’administration Bush s’engouffre alors dans une nouvelle doctrine axée sur une démonstration de force militaire déployée afin de faire tomber les régimes « voyous ». Pour Donald Rumsfeld, cela se traduira par une entrée de plain-pied dans l’arène internationale, alors que jusque-là il n’occupait pas un premier rôle en matière de politique étrangère.

Un « faucon » de l’administration

À partir de là, son nom deviendra associé à la mouvance des « néo-conservateurs », ces champions du militarisme qui prône la promotion de la démocratie et l’interventionnisme américain dans les affaires internationales. Des figures de proue du mouvement, comme Paul Wolfowitz, font partie de ses proches conseillers. Petit à petit, son image devient celle d’un représentant de l’aile dure du Parti républicain. « Un faucon de l’administration, à côté de républicains plus modérés à l’instar de Colin Powell, qui n’était pas aussi belliqueux et va-t-en-guerre que Rumsfeld, perçu comme un envahisseur », observe Tarek Mitri, ancien ministre.

Pourtant, alors même que le ministre s’entoure de personnalités très idéologiques, les observateurs s’accordent sur le fait qu’il était avant tout animé par des intérêts pratiques. « Il a été décrit comme quelqu’un qui voulait démocratiser le Moyen-Orient, mais ce n’était pas le cas, il était très pragmatique et n’avait aucune illusion », avance David Schenker. Mais l’ultime preuve que le républicain était mû par la promotion de ses propres intérêts est peut-être à chercher plus en amont dans son parcours. « Il a grandi dans une région riche du sud de Chicago : son père était fonctionnaire dans l’immobilier, il avait des connaissances riches sans l’être lui-même, ce qui l’a rendu amer dès le départ », observe Andrew Cockburn. « À partir de là, il a toujours essayé de faire ses preuves et de gagner, parfois de manière très agressive », poursuit ce dernier. Plus tard, en tant que directeur de cabinet du président Gerald Ford, « il fait circuler un certain nombre de rumeurs afin d’évincer son rival à la vice-présidence et d’assouvir ses ambitions, alors même qu’ils travaillaient ensemble au sein de la même administration », se souvient le journaliste.

Selon cet argument, l’adhésion au groupe des néoconservateurs relèverait donc plus du calcul politique que d’une conviction idéologique. Le mariage entre les deux ne va pas en effet de soi, dans la mesure où lui « représente la vieille droite républicaine », estime Tarek Mitri. Mais même si les motivations diffèrent, dans les faits, les actions convergent, notamment sur le dossier irakien. « Rumsfeld pensait que les supposés liens de Saddam Hussein avec el-Qaëda, ou bien sa possession d’armes de destruction massive, étaient des raisons suffisantes pour intervenir militairement », explique l’ancien ministre. En parallèle, les néo-conservateurs étaient plus « influencés par des intellectuels ou des membres de l’opposition irakienne qui leur garantissaient que le peuple, demandeur de démocratie, leur serait reconnaissant », poursuit ce dernier.

Impérialisme arrogant

Sur le dossier irakien, les choix d’hier se transforment au fil des années en scandales publics : les mensonges portant sur la possession par Saddam Hussein d’armes de destruction massive, les tortures des détenus de la prison d’Abou Ghraib, ou encore le démantèlement de l’armée irakienne achèvent d’assombrir son bilan politique. « L’opération était condamnée dès le début, mais la manière particulièrement catastrophique dont elle a été dirigée, c’est le bilan de Rumsfeld », estime Andrew Cockburn.

L’insistance à balayer d’un revers de la main les critiques est également aujourd’hui ce qui paraît le plus insupportable aux yeux de certains de ses détracteurs. « Il savait toujours mieux que les autres, avait une confiance en lui-même poussée à l’extrême : si quelqu’un contredisait ce qu’il faisait, comme dans le cas de l’invasion irakienne, il l’ignorait tout simplement et poursuivait sa route », considère le journaliste britannique. C’est également ce qui renforce aujourd’hui l’impression d’un impérialisme arrogant qui ne se retourne pas derrière lui pour jauger les dégâts qu’il a provoqués.


Il a traversé les administrations américaines et, avec elles, les époques. Il a vécu l’ère de la menace soviétique ; est intervenu auprès de l’Irak au cours de la guerre qui l’a opposé à l’Iran ; a été l’un des moteurs du virage amorcé par son administration dans le sillage de la lutte contre le terrorisme. Mais aujourd’hui, le nom de Donald H. Rumsfeld évoque surtout le...

commentaires (4)

Bof! Un autre instrument de la dictature des empires disparaît et sera remplacé par the next sur la liste... Russie, chine, uk, puissances coloniales, iran etc. etc. ... Rien de nouveau sous notre Raa brillant et chaud! En attendant que nos bourreaux locaux fassent de même...

Wlek Sanferlou

18 h 59, le 02 juillet 2021

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Commentaires (4)

  • Bof! Un autre instrument de la dictature des empires disparaît et sera remplacé par the next sur la liste... Russie, chine, uk, puissances coloniales, iran etc. etc. ... Rien de nouveau sous notre Raa brillant et chaud! En attendant que nos bourreaux locaux fassent de même...

    Wlek Sanferlou

    18 h 59, le 02 juillet 2021

  • Bon débarras, puisse-t-il endurer en enfer toutes les souffrances qu'il a infligées à des milliers d'innocents!

    Politiquement incorrect(e)

    16 h 18, le 02 juillet 2021

  • Puisse t-il rôtir en enfer.

    Je partage mon avis

    10 h 38, le 02 juillet 2021

  • Quand on vit à l’étranger on réalise le peu de connaissance des gens concernant le moyen Orient. À part des exceptions quand même. Quand l’ignorance s’associe à la prétention cela devient délicat. L’européen questionne. L’américain sait tout et désire résoudre avant de comprendre le problème. Combien d’ingénuité ? Combien de propres intérêts? Les deux je pense.

    Khazzaka May

    08 h 15, le 02 juillet 2021

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