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Moyen-Orient - Éclairage

En Irak et en Syrie, Washington opte pour une réponse mesurée face aux milices pro-Téhéran

Le Pentagone a annoncé une série de raids survenue hier avant l’aube contre des installations utilisées par des forces financées par l’Iran.

En Irak et en Syrie, Washington opte pour une réponse mesurée face aux milices pro-Téhéran

Des membres du Hachd el-Chaabi, lors de funérailles de leurs membres à Bagdad, en octobre 2019. Ahmad al-Rubaye/AFP

C’est dans un contexte régional des plus tendus que les États-Unis ont procédé hier avant l’aube à des frappes contre des positions des forces pro-Téhéran en Irak et en Syrie. Le Pentagone a en effet annoncé avoir effectué des raids de représailles contre la milice paramilitaire irakienne du Hachd el-Chaabi (PMF), qui n’a de cesse d’attaquer les positions et les intérêts américains pour forcer le départ de Washington. Près de 10 combattants ont été tués lors de l’opération visant des centres opérationnels et des dépôts d’armes. En Syrie, plusieurs installations ont été prises pour cibles près du poste-frontière de Boukamal, à l’est de Deir ez-Zor. Les États-Unis affirment que ces « installations » sont utilisées par les factions Kataëb Hezbollah et Kataëb Sayyed al-Chouhada, « impliquées dans des attaques à l’aide de véhicules aériens non habités (UAV) contre des personnels et des installations américaines en Irak ». Depuis le début 2021, plus de quarante attaques aux roquettes ou drones ont visé les intérêts des États-Unis en Irak, et Washington pointe les factions pro-Iran du doigt. « Les attaques contre les forces américaines continuent de monter en puissance, notamment avec l’utilisation de drones “kamikazes” bien plus efficaces que les roquettes utilisées auparavant », indique Michael Horowitz, spécialiste du Moyen-Orient à LeBeck International. L’utilisation des drones est un véritable casse-tête pour les États-Unis car ces engins peuvent échapper aux batteries de défense C-RAM installées par l’armée américaine pour faire face aux tirs de roquettes. Washington a offert jusqu’à trois millions de dollars pour des informations sur les attaques antiaméricaines.

Infiltration

Le Hachd el-Chaabi a confirmé la mort, dans des frappes, de quatre de ses membres dans la région d’al-Qaïm, dans l’ouest de l’Irak, près de la frontière syrienne. Les combattants « remplissaient leur mission habituelle visant à empêcher l’infiltration » de jihadistes venus de Syrie, a affirmé le Hachd el-Chaabi dans un communiqué, assurant qu’ils « n’étaient impliqués dans aucune activité hostile à la présence étrangère en Irak ». « Les positions bombardées n’abritaient aucun dépôt, contrairement aux allégations américaines », a-t-il ajouté. Intégré aux troupes irakiennes régulières depuis 2016, le Hachd maintient sa puissance sur le territoire, jouissant du soutien financier et matériel de l’Iran. Le Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi a, suite aux frappes américaines, dénoncé hier dans un communiqué une « violation flagrante de la souveraineté » de son pays, tout en appelant « à éviter l’escalade ». Il a réitéré son refus de voir l’Irak utilisé « comme un terrain de règlement de comptes ».

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Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2020, ce dernier tente tant bien que mal de placer les milices sous le contrôle de l’État, et de mettre fin aux activités illégales dans lesquelles elles sont investies. Mais début juin, la libération d’un commandant du Hachd accusé de l’assassinat de l’activiste Ehab el-Ouazni a une fois encore montré l’impuissance des autorités face à l’impunité dont bénéficient les factions armées pro-Iran dans le pays. À Téhéran, le porte-parole iranien des Affaires étrangères, interrogé par l’AFP sur les frappes, a estimé que « ce que font les États-Unis perturbe la sécurité dans la région ». Ces raids interviennent alors que les négociations à Vienne concernant l’accord sur le nucléaire se poursuivent, et qu’il s’agit de parvenir à un deal avant l’intronisation du nouveau président iranien Ebrahim Raïssi en août. En marge des tractations diplomatiques, l’Iran utilise ses proxies en Irak pour intensifier la pression sur les États-Unis et d’autres puissances mondiales afin de négocier un assouplissement des sanctions économiques sévères qui l’asphyxient. Des pressions au sein du Congrès et dans l’entourage proche de Joe Biden s’exercent depuis des semaines afin de ne pas laisser ces attaques contre les forces américaines impunies. Le président américain montre ainsi qu’il peut compartimenter en menant des frappes défensives tout en engageant simultanément Téhéran dans la diplomatie.

Sang des martyrs

L’opération militaire de Washington est la seconde du genre depuis l’arrivée au pouvoir de Joe Biden en janvier dernier. En février, les Américains avaient déjà frappé des infrastructures utilisées par des milices pro-iraniennes en Syrie, suite à une attaque contre une base aérienne située à Erbil, dans le Kurdistan irakien, le 16 février. Pour Michael Horowitz, après la seconde salve de frappes d’hier, le risque d’escalade reste toutefois limité. « La réponse américaine est au final mesurée et elle intervient après des dizaines d’attaques contre les troupes américaines. Ni l’Iran ni les États-Unis ne veulent vraiment d’une montée des tensions », estime l’expert. Le Hachd el-Chaabi a, pour sa part, promis hier de venger le « sang de (ses) martyrs ». « Nous avons déjà dit que nous ne resterions pas silencieux face à la présence des forces d’occupation américaines qui va à l’encontre de notre Constitution et du vote des députés (...) », a averti la coalition, dans une allusion au vote du Parlement irakien en janvier 2020 – jamais mis en œuvre– réclamant l’expulsion des 2 500 soldats américains toujours déployés en Irak, contre près de 6 000 en 2016. Ces forces sont chargées de former et de conseiller l’armée irakienne afin qu’elle puisse exécuter seule des opérations contre l’État islamique. Le groupe jihadiste a d’ailleurs revendiqué dimanche une attaque à la roquette perpétrée contre une centrale électrique en Irak. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a estimé hier que les frappes menées contre des milices pro-Iran en Irak et en Syrie envoyaient « un message fort » à tous ceux qui attaqueraient les forces armées américaines. « Je veux croire que ce message envoyé par les frappes la nuit dernière sera entendu et dissuadera de futures actions » par les milices pro-Iran, a déclaré M. Blinken à la presse à Rome. « Cela ne suffira pas à arrêter leurs attaques car ces milices (et derrière elles, l’Iran) veulent être vues comme celles qui forceront un retrait des forces de la coalition. Bien qu’en réalité le calendrier d’un éventuel départ ne sera sûrement pas déterminé par ces attaques, cela permet à ces milices de se placer comme les défenseurs de la “souveraineté” irakienne à un moment où elles sont vivement contestées après leur traitement des manifestants notamment et les assassinats d’activistes qu’on leur impute », conclut Michael Horowitz.


C’est dans un contexte régional des plus tendus que les États-Unis ont procédé hier avant l’aube à des frappes contre des positions des forces pro-Téhéran en Irak et en Syrie. Le Pentagone a en effet annoncé avoir effectué des raids de représailles contre la milice paramilitaire irakienne du Hachd el-Chaabi (PMF), qui n’a de cesse d’attaquer les positions et les intérêts...

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