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Société - Élections

Raz-de-marée de la thaoura à l’ordre des ingénieurs

Sur 20 sièges de représentants de sections, une coalition de l’opposition en a remporté 15 et raflé 220 places de délégués sur les 283 à pourvoir.

Raz-de-marée de la thaoura à l’ordre des ingénieurs

Une foule d’ingénieurs attendant les résultats qui se sont avérés inédits. Photo Lyana Alameddine

C’est une victoire inédite et fracassante qu’a remportée hier la coalition de l’opposition, « L’ordre se révolte », face aux partis au pouvoir. Le label comprend le collectif éponyme et la coalition du Front de l’opposition libanaise, formée de Beyrouth Madinati, Khatt Ahmar, Li Haqqi, l’Observatoire populaire pour la lutte contre la corruption, Mouwatinoun wa Mouwatnate, Mentichrine et Tahalof Watani. Ces formations nées dans le sillage du mouvement du 17 octobre 2019, avec pour dénominateur commun l’opposition au système politique actuel basé sur le partage des parts, sont soutenues par les Kataëb et le Mouvement de l’indépendance de l’ancien député Michel Moawad, deux partis inclus dans le Front de l’opposition libanaise, ainsi que par le Bloc national et le Parti communiste libanais (PCL).

Sur les 20 sièges de représentants des 4 sections d’ingénieurs civils, architectes, ingénieurs agronomes et ingénieurs du secteur public, « L’Ordre se révolte » en a remporté 15. Les électeurs de chaque section devaient choisir 5 membres pour chaque spécialité. La coalition a gagné tous les sièges des sections d’ingénieurs civils, des architectes et des ingénieurs agronomes, mais n’a pu s’emparer des postes de représentants des ingénieurs du secteur public. Le courant du Futur a affirmé en soirée qu’un de ses membres, Mohammad Ali Hajjar, a remporté un siège auprès de cette dernière section.

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Parmi les 20 vainqueurs, l’assemblée plénière devra élire 4 représentants de sections lors de la 2e phase prévue le 18 juillet. Une date cruciale, parce que ce jour-là il sera également procédé à l’élection d’un nouveau président du conseil de l’ordre ainsi que de 6 autres membres. Les vainqueurs se préparent déjà pour cette bataille qu’ils comptent bien remporter. « L’Ordre se révolte » a en outre raflé 220 sièges de délégués sur les 283 qui étaient à pourvoir. La coalition n’avait d’ailleurs présenté que 231 candidats à ces postes. L’assemblée des délégués, équivalent du Parlement au plan national, contrôle l’action du conseil de l’ordre et a en charge le vote de son budget.

La liste gagnante avait croisé le fer avec les candidats des partis traditionnels du Hezbollah, du mouvement Amal, du Courant patriotique libre (CPL) et du Parti socialiste progressiste (PSP), mais aussi avec d’autres forces de l’opposition, Mouhandissoun moustaqilloun (Ingénieurs indépendants), Lana al-Naqaba (À nous l’ordre) et al-Majmouaa al mihaniya (Le groupement professionnel), réunies hier sous le label al-Mouhandess Awalan (L’ingénieur d’abord). Elle avait tenté de s’allier avec ces formations pour former une seule liste, mais les négociations avaient capoté quelques jours avant l’échéance. Un membre de Lana al-Naqaba, Nicolas Chikhani, qui brigue un siège au conseil de l’ordre lors de la 2e phase prévue le 18 juillet, explique cet échec par le fait qu’après une quasi-entente entre les interlocuteurs, les représentants de « L’Ordre se révolte » ont refusé de faire figurer dans la liste commune des candidats de Lana al-Naqaba pour représenter celle-ci au conseil de l’ordre. Il n’en a pas fallu plus pour que la formation se retire des pourparlers, aussitôt rejointe par les deux autres.

Des critiques avaient été lancées sur les réseaux sociaux contre d’une part l’alliance de la coalition « L’Ordre se révolte » avec les Kataëb, qui pour certains est un parti traditionnel, et d’autre part l’alliance de ce parti avec le PCL. À ces accusations, Serge Dagher, membre du bureau politique du parti de Samy Gemayel, répond via L’Orient-Le Jour que « toute partie qui désire appuyer les forces de changement doit pouvoir le faire, abstraction faite des relations politiques que les Kataëb entretiennent avec elle ».

Quant à l’autre coalition, « L’ingénieur d’abord », elle aurait été appuyée notamment par les Forces libanaises (FL) et l’homme d’affaires Baha’ Hariri, frère du Premier ministre désigné. Un ingénieur affilié à « L’ingénieur d’abord » rejette néanmoins l’idée que sa formation soit infiltrée par une quelconque partie politique. « Nous ne coopérons pas avec les formations politiques », assure-t-il à L’Orient-Le Jour sous couvert d’anonymat, indiquant toutefois que « rien n’empêche l’une de ces formations de demander à ses partisans de soutenir un candidat indépendant qu’elle estime qualifié ». Un candidat des Forces libanaises a affirmé dans le même esprit sur Radio Liban libre que la liste de son parti comporte des partisans, mais aussi « quelques indépendants que les FL jugent aptes à prendre en charge des postes au conseil de l’ordre ». Quant à l’implication de Baha’ Hariri aux côtés de la coalition d’opposition, son conseiller et porte-parole, Jerry Maher, affirme qu’« il n’a rien à voir avec les élections de l’ordre des ingénieurs ».

Le conseil de l’ordre des ingénieurs est accaparé depuis plus de 30 ans par les partis au pouvoir. Si en 2017 l’opposant Jad Tabet avait accédé à sa présidence, il a dû néanmoins coopérer pendant 4 ans avec 14 membres partisans sur les 16 membres que comporte l’instance.

Le logo de « L’Ordre se révolte ».

Une participation sans précédent

Selon les chiffres recueillis, 7 650 ingénieurs (sur près de 60 000 que compte l’ordre) se sont rendus aux urnes hier. Un chiffre considérable, sachant qu’à ce jour les élections consacrées à la 1re phase des élections n’avaient pratiquement jamais vu une participation de plus de 3 000 électeurs. À notre journaliste sur place, Lyana Alameddine, un membre de « L’ordre se révolte », Aref Yassine, secrétaire général de la section des ingénieurs civils, indique qu’il s’agit là d’un signe que « les ingénieurs rejettent désormais la triste réalité de l’ordre et ont décidé de la changer ». « Un prélude de ce que seront les prochaines échéances électorales municipales et législatives », espère-t-il.

La journée électorale s’est déroulée dans une ambiance démocratique et enthousiaste, rapporte Lyana Alameddine. Une multitude de jeunes ingénieurs qui arboraient des gilets blancs sur le dos desquels était apposé le logo de « L’Ordre se révolte » étaient mobilisés, lançant souvent des slogans hostiles aux partis au pouvoir. « Rangez vos valises, rentrez à la maison », les entendait-on crier à tue-tête lors du dépouillement des urnes.

Interrogée par L’OLJ, Divina Aboujaoudé, qui fait partie des vainqueurs de la section d’architecture, souhaite que « les partis ne puissent plus avoir accès au conseil, et ce pour éviter les conflits d’intérêts entre la politique et la profession ». « Mon souci est l’intérêt de la profession. Or les partis font primer le leur et cherchent à faire intégrer leurs partisans au sein du conseil pour y assurer leur présence, abstraction faite des compétences de leurs candidats », déplore-t-elle.

Échange de voix

Plusieurs observateurs ont noté que les partis au pouvoir n’ont pas annoncé publiquement leurs alliances. Interrogé par L’OLJ, Firas Bou Diab, affilié au PSP et membre sortant du conseil de l’ordre, affirme que lors de la 1re phase électorale, chaque parti veut faire parvenir son candidat et réserve les négociations au moment où il s’agira d’élire (le 18 juillet) le président et les membres du conseil de l’ordre.

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Il reste que même les FL, qui se targuent d’avoir mené la bataille en solo, se seraient entendues avec le courant du Futur pour un échange de voix. « De fortes relations au sein du conseil de l’ordre nous lient avec les FL. Ce parti a donc accepté que nous coopérions ensemble dans le cadre d’un échange de voix », a révélé à notre journaliste sur place Bassem Oueini, affilié au parti haririen et vice-président du conseil de l’ordre. Il insiste toutefois sur le fait que les FL ont refusé de traiter avec les autres partis, soulignant que le courant du Futur s’est allié au PSP et au mouvement Amal. Moustapha Fawaz, responsable du bureau des syndicats au sein de ce parti, évoque une alliance entre le mouvement Amal, le Hezbollah, le PSP et le courant du Futur. Il note également la présence de plusieurs noms d’indépendants sur les listes partisanes, notant que ceux-ci sont intégrés lorsqu’ils sont compétents et n’ont aucune inimitié envers les partis concernés. Quant au CPL, un de ses membres, candidat malheureux aux élections d’hier, affirme qu’il s’est allié avec le Hezbollah dans le cadre de son alliance stratégique avec ce parti. Le Hezbollah a tenté de rapprocher pour l’occasion le CPL avec les autres partis, mais ses efforts n’ont pas abouti, ajoute l’ingénieur sous couvert d’anonymat.


C’est une victoire inédite et fracassante qu’a remportée hier la coalition de l’opposition, « L’ordre se révolte », face aux partis au pouvoir. Le label comprend le collectif éponyme et la coalition du Front de l’opposition libanaise, formée de Beyrouth Madinati, Khatt Ahmar, Li Haqqi, l’Observatoire populaire pour la lutte contre la corruption, Mouwatinoun wa...

commentaires (13)

C'est bien joli de se rejouir de la victoire de la liste de la "thawra". Sauf qu'elle est noyautee par le CPL (la fille d'un associe de Gebran Bassil) et lau moins 2 partis de la moumana3a.

Michel Trad

19 h 31, le 28 juin 2021

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Commentaires (13)

  • C'est bien joli de se rejouir de la victoire de la liste de la "thawra". Sauf qu'elle est noyautee par le CPL (la fille d'un associe de Gebran Bassil) et lau moins 2 partis de la moumana3a.

    Michel Trad

    19 h 31, le 28 juin 2021

  • Et ensuite?

    Politiquement incorrect(e)

    18 h 27, le 28 juin 2021

  • Bravo et merci les gars, on commence à toucher terre, nous allons pouvoir dire HOP!

    Christine KHALIL

    14 h 34, le 28 juin 2021

  • Wow, 60000 ingénieurs pour 6000000 d'habitants...1 ingénieur pour 100 personnes... ouf....

    Wlek Sanferlou

    14 h 28, le 28 juin 2021

  • Voilà ce qui attend la canaille des politiciens qui oseront se présenter aux prochaines législatives sauf si le régime fort décide de ne pas les organiser

    Liberté de penser et d’écrire

    13 h 58, le 28 juin 2021

  • Bravo pour ceux qui ont gagné mais ils ne représentent qu'une infime partie des membres en pourcentage. Il ne faut donc pas crier victoire trop tôt. Il y a encore beaucoup de travail a faire. La réalité sur le terrain les rendra plus pragmatiques.

    Pierre Hadjigeorgiou

    13 h 35, le 28 juin 2021

  • ÉLECTIONS : VOTANTS : TAUX 13 % ADRESSE : UNE ADRESSE , ORDRE DES INGÉNIEURS A BEYROUTH . NON VOTANTS : 87 % ADRESSE : LIBAN . NE DITES JAMAIS HOP AVANT DE TOUCHER LE SOL . DOMMAGE QU’ON PREND FACILEMENT SES RÊVES POUR DES RÉALITÉS.

    aliosha

    13 h 08, le 28 juin 2021

  • Un avant goût de restructuration et d’indépendance de notre pays. Toutes les institutions devraient être nettoyées de ce virus mortel qui s’est propagé et a détruit notre pays et qui s’est avéré plus ravageur que le COVID et je parle du HB and CO. Si les partisans du CPL et du HB se réveillent enfin et se rebellent contre cette alliance contre nature le Liban sera sauvé et les élections législatives auront lieu comme prévu, sinon la bataille sera rude et le chemin semé d’embûches pour arriver à prétendre à un renouveau qui mettra notre pays sur les bons rails. Ils feront tout ce qu’ils peuvent pour empêcher ces élections et continueront à martyriser le peuple pour dominer le pays et le mener loin de son identité et ses coutumes si tous les libanais ne se montrent pas déterminés et motivés pour les dégager manu militari avant qu’ils ne soit trop tard.

    Sissi zayyat

    10 h 57, le 28 juin 2021

  • Enfin! Voici une excellette nouvelle! Bravo...w t3icho w teklo ghayra, messieurs dames du pouvoir en place!

    Georges MELKI

    10 h 35, le 28 juin 2021

  • Heyyy heyyyy première victoire démocratique. Bravoooo à tous les électeurs qui ont décidé de punir tous les partis au pouvoir qui sont tous des corrompus et des vendus. En espérant que c’est le début de l’hécatombe et qu’aux prochaines élections législatives un nouveau Liban juste et intègre naîtra. Ça prendra le temps qu’il faudra pour remettre la machine en marche mais faut absolument chasser ces criminels et bandits du pouvoir

    Khoury-Haddad Viviane

    08 h 58, le 28 juin 2021

  • UN GOUT DE CE QUE SERONT LES LEGISLATIVES... SI IL Y EN AURA. LE HEZBOLLAH ET LES DEUX BELIERS BISCORNUS DE LA BERGERIE DE RAI BLOQUENT LE FORMATION DU GOUVERNEMENT ET VONT BLOQUER LES ELECTIONS ET PUIS LA PRESIDENCE POUR OFFRIR LE PAYS A L,IRAN ET EN FAIRE UNE WELEYET EL FAKIH. LE PRESIDENT FORT ET SON GENDRE, SUPPOSES RECLAMER LES DROITS DES CHRETIENS, LES TRAHISSENT. CPLIENS OUVREZ VOS YEUX, MUTINEZ-VOUS ET DEGAGEZ-LES VOUS MEMES AVANT QU,IL EN SOIT TROP TARD POUR SAUVER LA CHRETIENTE ET TOUT LE LIBAN.

    LA LIBRE EXPRESSION

    07 h 56, le 28 juin 2021

  • Une tres bonne nouvelle en esperant que ce sera un phenomene qui sera repandu dans toutes les autres spheres politiques.

    Sabri

    06 h 39, le 28 juin 2021

  • I hope these elections are a harbinger of what is to come in the next elections, both municipal and legislative. This is democracy in action. Politicians that do a poor job should be removed, fired from public office through elections. The political parties in power, arrogant and entitled, have bankrupted the country, stolen the money and savings of the people, and sent the country into a self-inflicted deep recession. They refused to budge, form government, and implement reforms to lift the country out of its many crises and restart the economy. The public who has awaken should vote them all out.

    Mireille Kang

    05 h 07, le 28 juin 2021

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