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Diabolisation

La voix de la conscience… Indépendamment de tout positionnement spécifique, force est de reconnaître que face à l’effondrement socio-économique et politique, voire moral, qui ébranle le pays, le patriarche maronite Béchara Raï – ainsi d’ailleurs que le métropolite de Beyrouth Élias Audi – parvient dans ses homélies dominicales à recentrer le débat en le ramenant aux fondamentaux qui sont à la base de la vocation et de la raison d’être du Liban.

Fidèle au rôle national qu’a toujours joué Bkerké dans la tumultueuse histoire du pays du Cèdre, Béchara Raï a réussi au cours des derniers mois, à chaque fois que l’occasion se présentait, à mettre le doigt sur la plaie en explicitant sans complaisance les maux qui tourmentent les Libanais et, surtout, en posant les jalons d’une solution pérenne à la crise existentielle qui ébranle le pays.

En complément de son projet de neutralité qu’il a lancé afin de déconnecter le Liban des guerres et des conflits régionaux dont les affres se font ressentir sur la scène locale depuis plus d’un demi-siècle, le prélat maronite a appelé dimanche à un renouvellement de l’élite politique, fustigeant les dirigeants actuels qui ont prouvé, a-t-il relevé, « leur faillite et leur incapacité à gouverner ». C’est précisément à ce niveau précis que se situe aujourd’hui le fond du problème libanais.

Contrairement à ce que se plaisent à répéter comme un cliché certains cadres bien-pensants, souvent totalement étrangers aux réalités profondes du Liban, force est de relever que le système confessionnel en vigueur n’est nullement la principale cause de l’effondrement qui frappe de plein fouet le pays. D’abord parce que la cristallisation de ce système confessionnel remonte à l’époque de l’Empire ottoman. Il a été institutionnalisé pour la première fois au XIXe siècle avec le régime des deux caïmacamats et, surtout, à l’occasion de la Moutassarifiya, en 1861, à la suite des affrontements intercommunautaires qui avaient ensanglanté la Montagne libanaise, jusqu’à Zahlé et même Damas. Point important à ne pas occulter : ces affrontements étaient stimulés et attisés par des interférences étrangères, notamment ottomanes…

La Moutassarifiya a institué une gouvernance et un partage du pouvoir sur des bases confessionnelles, ce qui a permis à la population de bénéficier de la période la plus stable et la plus prospère de l’histoire du Liban du fait que les grandes puissances de l’époque avaient pris la décision d’instaurer et de garantir un statut de neutralité qui s’est maintenu jusqu’en 1915, au début de la Première Guerre mondiale.

Comme le relevait l’ancien chef de la communauté chiite libanaise, feu Mohammad Mehdi Chamseddine, dans son ouvrage qui constitue son testament politique, l’essence du problème libanais réside non pas dans le système confessionnel en tant que tel, mais plutôt dans sa mise en application. En clair, le problème réside dans la (non) gouvernance et l’incapacité de certains dirigeants à gérer les affaires publiques ; un facteur auquel il faudrait ajouter de façon concomitante les multiples interférences étrangères qui attisent les contradictions internes.

Les appels répétés du patriarche maronite en faveur de la neutralité et de la mise en place d’une nouvelle élite politique qui ait le sens de l’État et de l’intérêt public bien compris sont de ce fait en phase avec la position défendue par l’imam Chamseddine à la fin de sa vie.

Dans les faits, plusieurs périodes de l’histoire contemporaine du Liban illustrent, aussi concrètement qu’à l’instar du cas de la Moutassarifiya, que le système confessionnel n’est nullement incompatible avec la stabilité et la prospérité en cas de bonne gouvernance, de neutralité et de non-interférence de puissances étrangères dans les affaires intérieures libanaises. Le même système confessionnel était en place sous le mandat du président Camille Chamoun qui a pourtant connu une prospérité soutenue et n’a été perturbé en 1958 qu’à la suite de la politique interventionniste agressive de l’Égypte de Gamal Abdel Nasser.

Le régime du président Fouad Chéhab reflète sans doute, quant à lui, le cas de figure le plus significatif dans ce cadre. Sous l’effet d’une politique étrangère sage et équilibrée, et grâce à un souci marqué d’initier un programme de développement socio-économique solidement planifié, et parallèlement à la mise en place de structures d’un État moderne, Fouad Chéhab avait réussi dans les années 1960, toujours à l’ombre du même système confessionnel, à assurer au pays une longue période de stabilité et de bien-être, tout en respectant minutieusement les équilibres communautaires dans l’exercice du pouvoir.

Ce que l’on désigne par confessionnalisme politique est souvent diabolisé et dénoncé par ceux-là mêmes qui le pratiquent dans la réalité de tous les jours de la façon la plus sectaire et la plus réductrice possible. Il faut de ce fait avoir la franchise et la lucidité de reconnaître qu’il constitue malgré tout un gage de stabilité et d’équilibre dans un pays pluraliste comme le Liban, à l’ombre d’une conjoncture marquée par l’expansion un peu partout dans la région de courants intégristes radicaux et, surtout, par la prépondérance sur la scène locale d’une formation chiite tout aussi intégriste qui s’enorgueillit de se faire appeler « parti de Dieu »…


La voix de la conscience… Indépendamment de tout positionnement spécifique, force est de reconnaître que face à l’effondrement socio-économique et politique, voire moral, qui ébranle le pays, le patriarche maronite Béchara Raï – ainsi d’ailleurs que le métropolite de Beyrouth Élias Audi – parvient dans ses homélies dominicales à recentrer le débat en le ramenant aux...

commentaires (6)

JE NE SUIS PAS D,ACCORD AVEC VOUS MONSIEUR TOUMA. LE PATRIARCHE RAI A CHANGE CE QU,IL DISAIT PLUS DE SIX MOIS DANS SES HOMELIES. IL TERGIVERSE ET NE VEUT PAS OU N,OSE PAS POUR DES RAISONS DE BERGERIE NOMMER LES DEUX BELIERS BISCORNUS DE SA BERGERIE QUI BLOQUENT TOUT DANS CE PAYS DEPUIS CINQ ANS ET BIEN AVANT. VOUS AUSSI VOUS SAVEZ QUI SONT LES RESPONSABLES. ET PUISQUE VOUS PARLEZ DE DEMONISATION, JE VOUS DIS ILS SONT LE POT-PERE, LE BACILLE ET LE DIABOLIQUE ESPRIT.

L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

12 h 14, le 22 juin 2021

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Commentaires (6)

  • JE NE SUIS PAS D,ACCORD AVEC VOUS MONSIEUR TOUMA. LE PATRIARCHE RAI A CHANGE CE QU,IL DISAIT PLUS DE SIX MOIS DANS SES HOMELIES. IL TERGIVERSE ET NE VEUT PAS OU N,OSE PAS POUR DES RAISONS DE BERGERIE NOMMER LES DEUX BELIERS BISCORNUS DE SA BERGERIE QUI BLOQUENT TOUT DANS CE PAYS DEPUIS CINQ ANS ET BIEN AVANT. VOUS AUSSI VOUS SAVEZ QUI SONT LES RESPONSABLES. ET PUISQUE VOUS PARLEZ DE DEMONISATION, JE VOUS DIS ILS SONT LE POT-PERE, LE BACILLE ET LE DIABOLIQUE ESPRIT.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 14, le 22 juin 2021

  • Comme tout ceci est vrai. Article remarquable.

    Bassam Youssef

    11 h 24, le 22 juin 2021

  • La séparation des églises de l'État ne vous dit rien monsieur Touma ?

    Hitti arlette

    09 h 32, le 22 juin 2021

  • Le projet de neutralite du Liban est devenu le seul et unique espoir de retrouver la stabilte et l’essor economique de notre pays. Malgre certaines adhesions, les « responsables » corrompus et incompetents qui nous gouvernent n’en veulent pas car cela mettra fin a leur partage honteux et criminel des ressources du pays. Ce projet vaut cependant tous les sacrifices, mais ne pourra avoir lieu sans un nouveau soulevement populaire de masse. Combien de temps encore le malheureux Libanais pourra encore patienter ?

    Goraieb Nada

    09 h 07, le 22 juin 2021

  • Tout à fait d’accords … seulement monsieur Touma qui peut comme l’a dit cheykh Bachir .. être honnête, droit et direct ?!? … pour pouvoir appliquer le système confessionnel tel que penser par les pères fondateurs

    Bery tus

    07 h 20, le 22 juin 2021

  • Cette formation chiite intégriste, mais à qui celui qui se présente comme "le premier défenseur des droits des chrétiens" demande de jouer le rôle de l'arbitre objectif et neutre. C'est la blague du siècle. Tous les émissaires extérieurs qui se sont penchés sur le cas du Liban ont rendu le même verdict: ce pays souffre d'un problème de mal-gouvernance, car ceux qui se sont arrogé le droit de le gouverner ne recherchent que leurs propres intérêts, n'ont en vue que le partage du maigre gateau qui reste et se moquent éperdument de l'intérêt du peuple et du développement et du bien-être du pays. Or le Liban regorge de personnes compétentes et honnêtes qui ont prouvé leur capacité à créer et à innnover et qui ont réussi à tous les niveaux au Liban comme sur le plan international. Cependant aucune de ces personnalités ne peut accéder aux postes de responsabilité à cause de cette clique mafieuse qui a verrouillé tous les accès pour se maintenir au pouvoir ad vitam aeternam et continuer à sévir et profiter.

    Georges Airut

    04 h 18, le 22 juin 2021

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