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Moyen-Orient - ÉCLAIRAGE

Israël/US : un apaisement en perspective ?

Deux heures après l’intronisation du nouveau gouvernement israélien, dimanche dernier, Joe Biden était le premier leader à contacter Naftali Bennett pour le féliciter. Il avait mis un mois, après sa prise de fonctions en janvier, pour contacter Benjamin Netanyahu...

Israël/US : un apaisement en perspective ?

Le nouveau Premier ministre israélien, Naftali Bennett, à gauche, et le président américain Joe Biden, à droite. Photos d’archives/ AFP

Les échanges diplomatiques sont tous, par essence, symboliques. Mais cet appel téléphonique, deux heures après l’élection du nouveau gouvernement israélien, avait quelque chose de particulièrement symbolique. Dimanche, Joe Biden était en effet le premier chef d’État à soulever son combiné pour féliciter le nouveau Premier ministre israélien, Naftali Bennett. Benjamin Netanyahu, lui, avait dû attendre près d’un mois avant de recevoir un mot du président américain après sa prise de fonctions en janvier dernier. Hasard du calendrier ou signe d’un déblocage, Joe Biden vient également de nommer mardi le nouvel ambassadeur américain à Jérusalem, Thomas Nides, après plusieurs mois d’impasse sur le sujet.

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Il n’en fallait pas plus pour que certains observateurs pronostiquent l’amorce d’un réchauffement entre Washington et Tel-Aviv après une période marquée par le ton distant du nouveau locataire de la Maison- Blanche. Le délai inhabituellement long de Joe Biden avait été perçu comme le signe d’une double réalité : la moindre priorité du dossier israélien aux yeux de la nouvelle administration, plus préoccupée par des problématiques internes ou d’autres objectifs de politique étrangère ; et le résultat d’une inimité entre Joe Biden et Benjamin Netanyahu, qui n’avait pas hésité à arborer des affiches de soutien à Donald Trump durant la course à la présidentielle.

Remettre les compteurs à zéro

Au mois de mai, les violences à Jérusalem, puis à Gaza, avaient contraint l’administration américaine à remettre le nez dans le dossier israélo-palestinien. Le président Biden avait certes maintenu un soutien franc à l’État hébreu. Mais derrière les grands discours, des nuances laissaient entendre que les choses n’étaient plus ce qu’elles étaient. « Biden espère remettre les compteurs à zéro après l’ère Netanyahu : la nouvelle coalition – qui inclut un certain nombre de modérés décidés à se rabibocher avec les démocrates – fait qu’il a tout intérêt à dépeindre le moment comme une page qui se tourne », estime Mairav Zonszein, spécialiste d’Israël/Palestine à l’International Crisis Group.

Remettre les compteurs à zéro, ou peut-être effacer l’héritage du couple Trump-Netanyahu qui a, sur plusieurs années, contribué à polariser la question israélienne. À contre-courant de la tradition bipartisane, M. Netanyahu avait depuis 2015 commencé à politiser la relation, par exemple en s’adressant au Congrès afin de plaider contre le traité nucléaire iranien en cours de négociation par l’administration Obama. Le rapprochement avec l’aile républicaine s’était fait au prix d’une dégradation du soutien bipartisan, qui s’est poursuivi en 2017 avec l’arrivée de Donald Trump. Ce dernier avait adopté une série de mesures perçues comme autant de cadeaux à la droite israélienne – ambassade à Jérusalem, retrait de l’accord sur le nucléaire iranien, reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan, « Accord du siècle »…

À terme, cette tendance est perçue par beaucoup en Israël comme une fragilisation du lien avec Washington. Et c’est bien ce que le nouveau gouvernement entend enrayer en rééquilibrant les relations. À un mois du scrutin de mars dernier, Yaïr Lapid affirmait déjà à Washington, lors d’une conférence de la Brookings Institution, la nécessité de travailler afin de « rendre Israël de nouveau fréquentable des deux côtés de l’aile ».

Sur le fond, le nouveau gouvernement partage pourtant certaines positions de Benjamin Netanyahu, par exemple celle d’« une opposition sans équivoque à un nouvel accord sur le nucléaire iranien », explique Mairav Zonszein. Malgré tout, il « devrait se retenir, ou au moins essayer, de suivre le chemin de Benjamin Netanyahu : moins d’opposition sur le dossier iranien, mais aussi moins d’interférence dans la politique américaine et moins de provocations », estime Aaron David Miller, ancien négociateur au sein d’administrations américaines républicaines et démocrates.

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Moins par conviction idéologique que par pragmatisme, la volonté de ménager ses interlocuteurs pourrait se traduire par un changement de ton afin, au moins dans un premier temps, de ne pas brusquer l’administration américaine. « Bennett et Lapid ont moins d’expérience et sont donc aussi moins susceptibles de s’opposer à Washington comme l’a fait Netanyahu par le passé », poursuit Mairav Zonszein – ce qui se traduirait par un lobbying et des déclarations moins agressifs et, éventuellement, une suspension provisoire des frappes israéliennes contre l’Iran. « Ce qui changera c’est la capacité des deux à parler de leurs différences », note Daniel Krutzer, ancien ambassadeur américain en Israël. Le tout marquant également un changement de priorité : « L’accord iranien ne sera plus une question décisive : la grande question restera celle de la survie du gouvernement, notamment pour M. Bennett qui, à 49 ans, joue son avenir politique », estime Aaron David Miller.

Un exercice d’équilibriste

Ce retour à une ligne moins polarisée pourrait cependant pâtir de critiques émergentes, vis-à-vis de la politique israélienne, au sein du Parti démocrate. « Le président Biden sait qu’il devra composer avec l’ensemble de son parti, progressistes comme conservateurs, ce qui sera un délicat exercice d’équilibriste », remarque Daniel Kurtzer. D’autant que l’idéologie du nouveau chef de l’exécutif israélien, ancien représentant des colons, est en porte-à-faux avec le consensus bipartisan à Washington, favorable à une solution à deux États. Il ne serait pas surprenant, par exemple, de voir Naftali Bennett poursuivre la colonisation en Cisjordanie, ne serait-ce que pour satisfaire les membres de son parti Yamina ou ceux du parti Nouvel Espoir de Gideon Saar. « Les tensions existantes se poursuivront. Mais avec Lapid comme ministre des Affaires étrangères, le ton va certainement changer et mettre les démocrates, encore majoritairement pro-israéliens, beaucoup plus à l’aise », remarque Mairav Zonszein.

Pour contrer ces critiques, M. Lapid comme M. Bennett disposent d’un solide réseau à Washington. Le premier a passé du temps avec le chef d’État américain, forgeant avec lui d’excellents rapports, selon le quotidien Haaretz. Les deux ont fait de nombreux séjours aux États-Unis et se sont fait des amis des deux côtés de l’aile politique. Entre autres soutiens, Yaïr Lapid peut compter sur le démocrate Ted Deutch ou encore sur Mark Mellman, l’un de ses proches conseillers, qui est également le fondateur du puissant groupe Democratic Majority for Israel (Majorité démocratique pour Israël). Bennett est quant à lui proche de personnalités républicaines, comme le sénateur Lindsey Graham, ou de riches donateurs proches du GOP.

La composition hétéroclite du nouveau gouvernement israélien pourrait également se révéler être un garde-fou utile en matière de politique étrangère. Les deux partis de gauche présents au gouvernement (Meretz et Parti travailliste) sont par exemple officiellement attachés à la solution à deux États et opposés à la colonisation. Le soutien du parti Raam mené par Mansour Abbas, dont les voix sont nécessaires à la survie de la coalition, pourrait également contribuer à un rééquilibrage des forces. « M. Bennett sera très faible, et c’est ce dont le pays a besoin : un Premier ministre qui est prêt à partager le pouvoir, à respecter les responsabilités des différents ministères », note Aaron David Miller.


Les échanges diplomatiques sont tous, par essence, symboliques. Mais cet appel téléphonique, deux heures après l’élection du nouveau gouvernement israélien, avait quelque chose de particulièrement symbolique. Dimanche, Joe Biden était en effet le premier chef d’État à soulever son combiné pour féliciter le nouveau Premier ministre israélien, Naftali Bennett. Benjamin Netanyahu,...

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