Une partisane du candidat à la présidentielle iranienne Ebrahim Raïssi brandit son portrait lors d’un rassemblement à Téhéran, le 11 juin 2021. Majid Asgaripour/WANA (West Asia News Agency) via Reuters
Les Iraniens doivent élire un nouveau président demain à l’occasion d’un scrutin qui paraît joué d’avance et devrait consacrer la mainmise des conservateurs sur le pouvoir, à la faveur d’une abstention peut-être record. Dans un contexte de grave crise économique et sociale exacerbée par la pandémie de Covid-19, sept candidats ont été autorisés à se présenter à la 13e présidentielle depuis la révolution de 1979 : cinq ultraconservateurs et deux réformateurs. Mais ils ne sont plus que cinq en lice après les désistements annoncés hier de deux d’entre eux, un ultra et un réformiste, parmi ceux auxquels les rares sondages disponibles donnaient le moins de voix.
Le président a des prérogatives limitées en Iran, où l’essentiel du pouvoir est aux mains du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Les deux mandats du sortant, Hassan Rohani, qui ne peut se représenter cette année, resteront marqués par l’échec de sa politique d’ouverture après la dénonciation par les États-Unis en 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien conclu trois ans plus tôt à Vienne. À la veille du scrutin, le chef de l’Autorité judiciaire, Ebrahim Raïssi, 60 ans, fait figure de grand favori, fort des 38 % qu’il avait obtenus il y a quatre ans et faute d’adversaire de taille. L’élection devrait être marquée par une très forte abstention après un taux record lors des législatives de 2020 (57 %) remportées par une grande coalition conservatrice après la disqualification de milliers de candidats réformateurs ou modérés.
Débats ennuyeux
La campagne électorale, qui s’est achevée hier soir après trois semaines, s’est jouée en sourdine. La crise sanitaire, qui limite les rassemblements publics, joue évidemment un rôle mais, de manière générale, la présidentielle suscite très peu d’engouement. Les trois débats télévisés entre les candidats ont été jugés globalement ennuyeux par la presse. Et M. Raïssi semble être le seul à avoir réellement tenu quelques rassemblements d’envergure, dont un au mépris des règles sanitaires, ce qui lui a valu de vives critiques.
Un mécontentement général mêlé de désenchantement est palpable dans le pays face à la grave crise économique et sociale provoquée par le rétablissement des sanctions américaines ayant suivi la sortie des États-Unis de l’accord de Vienne en 2018. À l’hiver 2017-2018 et en novembre 2019, deux vagues de contestation ont été violemment réprimées. Alors que des pourparlers sont en cours entre les officiels américains et iraniens suite à l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche en vue de raviver l’accord sur le nucléaire, tous les candidats disent être favorables à la poursuite des négociations et obtenir une levée des sanctions américaines.
Le ministre de l’Intérieur, Abdolréza Rahmani Fazli, à qui il revient d’organiser l’élection, a reconnu hier devant la presse que la participation « pourrait être inférieure à celle d’élections précédentes », pour deux raisons : « une faible concurrence » du fait de l’absence de candidats modérés ou réformateurs d’envergure, « et la situation liée au coronavirus ». Néanmoins, a-t-il ajouté, « notre peuple nous a toujours habitué à de grandes surprises et répond toujours présent ». Face à des appels au boycottage des élections lancés de l’étranger sur les réseaux sociaux, M. Khamenei a exhorté ses concitoyens à ne pas faire le jeu des « ennemis » et à se rendre aux urnes.
L’économie, et rien d’autre
Le guide a également ordonné aux candidats de ne parler que d’économie à l’exclusion d’autres sujets. Après l’invalidation de plusieurs candidats qui auraient pu concurrencer sérieusement M. Raïssi, ceux qui restent ne semblent pas en mesure de l’inquiéter.
Du côté des ultraconservateurs, Mohsen Rézaï, ancien commandant en chef des gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique, a déjà échoué à deux présidentielles – en 2009 et 2013, après s’être désisté en 2005 à quelques jours du scrutin. Déjà candidat en 2013, Saïd Jalili, ancien secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, avait obtenu pour sa part 11,4 % des voix, arrivant troisième, juste devant le général Rézaï (10,6 %). L’autre ultra, le député Amirhossein Ghazizadeh-Hachémi, est peu connu du grand public, tout comme le réformateur Abdolnasser Hemmati, ex-président de la banque centrale.
En plus du président de la République, les Iraniens sont appelés demain à renouveler les conseils municipaux. Un deuxième tour est prévu le 25 juin entre les deux candidats à la présidence ayant obtenu le plus de voix si aucun n’a obtenu la majorité absolue.
Source : AFP


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