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Monde - Éclairage

Les enjeux de la rencontre entre Biden et Poutine pour le Moyen-Orient

Bien que les dossiers régionaux ne figurent pas en tête de liste de l’ordre du jour, les deux hommes devraient aborder les questions de l’aide humanitaire en Syrie et du nucléaire iranien.

Les enjeux de la rencontre entre Biden et Poutine pour le Moyen-Orient

Joe Biden, alors vice-président des États-Unis, et le président russe, Vladimir Poutine, en mars 2011, à Moscou. Alexey Druzhinin/AFP

C’est une rencontre attendue qui devrait faire office de test pour Vladimir Poutine et Joe Biden. À un moment où les relations entre Washington et Moscou sont au plus bas, les présidents russe et américain doivent se rencontrer aujourd’hui à Genève pour la première fois depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche en janvier dernier. Bien que le Moyen-Orient ne figure pas en tête de liste de l’agenda des discussions entre les deux hommes – qui devraient se concentrer sur la stabilité nucléaire, le changement climatique ou encore la cybersécurité –, les résultats de cette réunion devraient tout de même donner des indications quant à leurs positionnements respectifs sur certains dossiers régionaux.

Alors que Washington poursuit sa politique de désengagement du Moyen-Orient amorcée sous Barack Obama, Moscou a gagné en influence au cours de ces dernières années sur différents terrains – à l’instar de la Syrie et la Libye – et entretient de bonnes relations avec la majorité des pays de la région. « Les enjeux sont très élevés car il est clair que l’administration Biden a modifié ses priorités : l’accent mis sur le Moyen-Orient a été réduit au profit d’un pivot vers la Chine », explique Anna Borshchevskaya, chercheuse au Washington Institute. « Il ne faut pas s’attendre à d’énormes percées pour cette première rencontre », observe pour sa part Paul Salem, président du Middle East Institute. En ce sens, l’un des objectifs pour Moscou et Washington est d’abord d’assurer une certaine stabilité de leurs relations, sur fond de considérations militaires et sécuritaires.

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Sur le dossier syrien d’abord, Joe Biden et Vladimir Poutine devraient se concentrer sur l’acheminement de l’aide humanitaire à Idleb, dernière enclave au nord-ouest du pays qui échappe encore au contrôle du régime de Bachar el-Assad et où se trouvent plus de trois millions de Syriens, dont deux tiers de déplacés internes. Dernier couloir humanitaire permettant aux Nations unies d’y accéder, le poste-frontière de Bab el-Hawa, situé à la frontière turque, pourrait être fermé à partir du 10 juillet en cas de veto de la Russie au Conseil de sécurité le mois prochain. La résolution onusienne, qui autorise l’acheminement de l’aide par ce point de passage, doit être réévaluée prochainement et arrive à expiration le mois prochain. Une échéance qui alimente les craintes, notamment du côté des ONG qui ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur les conséquences dramatiques qu’impliquerait la fermeture de Bab el-Hawa pour la population. En mars dernier, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a souligné que le blocage de l’aide humanitaire par le point de passage de Bab el-Hawa mettrait un coup d’arrêt à la livraison de nourriture, de médicaments et de vaccins dans le nord-ouest du pays.

Discours ferme

Au cours de ces dernières années, Moscou et Pékin ont systématiquement mis leur veto pour entraver l’acheminement de l’aide humanitaire en Syrie, conduisant à la fermeture de trois postes frontaliers sur quatre au total. Parrain de Damas aux côtés de Téhéran, le Kremlin prône un discours selon lequel l’aide humanitaire doit passer directement par le régime de Bachar el-Assad, sous couvert du respect de la souveraineté syrienne. « La campagne de la Russie pour éliminer les livraisons d’aides humanitaires transfrontalières fait partie d’un effort plus large visant à maintenir l’accès à la Méditerranée orientale, à encourager la communauté internationale à réhabiliter le régime Assad et à ouvrir la porte au financement de la reconstruction qui renforcera le pouvoir et sécurisera l’ancrage stratégique de la Russie », ont dénoncé les dirigeants des commissions des relations étrangères du Sénat et des Affaires étrangères de la Chambre des représentants dans une lettre au secrétaire d’État Antony Blinken, au début du mois.

S’il a clairement affiché au cours de ces derniers jours sa volonté d’adopter un discours ferme à l’égard de Moscou – prenant ainsi le contre-pied de son prédécesseur qui entretenait des liens étroits avec le président russe –, le locataire de la Maison-Blanche pourrait toutefois voir sa marge de manœuvre limitée sur le plan diplomatique. « Le dossier syrien sera un test critique pour l’administration Biden qui a déclaré que les droits de l’homme et la démocratie sont à nouveau mis en priorité », estime Anna Borshchevskaya. « Selon les différentes spéculations, Poutine pourrait demander un allégement des sanctions contre le régime pour simplement autoriser davantage d’aides transfrontalières », indique-t-elle.

Rallier Moscou

Les deux dirigeants devraient également se pencher sur le dossier du nucléaire iranien. Depuis le début de l’année, les officiels américains sont engagés dans des pourparlers avec leurs homologues iraniens dans l’objectif de raviver l’accord de 2015, notamment signé par Moscou et dont Donald Trump est unilatéralement sorti en 2018. Alors que Washington espère par la suite élargir le champ de l’accord aux missiles balistiques de Téhéran et aux activités iraniennes dans la région, Joe Biden devrait chercher à rallier le soutien de Moscou.

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La réunion d’aujourd’hui se déroule cependant quelques jours après la publication d’informations par le Washington Post selon lesquelles la Russie s’apprête à fournir un satellite sophistiqué à l’Iran afin d’améliorer les capacités d’espionnage de la République islamique. Baptisé Kanopus-V et doté d’une caméra à haute résolution, il donnerait les moyens à Téhéran de surveiller des cibles militaires potentielles à travers la région et au-delà, selon des officiels américains et de la région – anciennement et actuellement en poste – au courant des détails de l’accord négocié depuis 2018. Si le président russe a rejeté ces informations dès le lendemain, les qualifiant « d’âneries », elles pourraient si elles étaient avérées contribuer à dégrader davantage la relation entre Washington et Moscou.

L’influence russe en Libye ou le retrait des forces américaines d’Afghanistan d’ici au 11 septembre prochain, décrié par Moscou, pourraient également être à l’ordre du jour. La rencontre d’aujourd’hui intervient en outre à la suite du sommet de l’OTAN lundi à Bruxelles au cours duquel les membres de l’organisation ont abordé les questions humanitaires en Syrie et en Libye, et appelé au départ des militaires étrangers et mercenaires présents sur le sol libyen. La vente controversée de missiles russes S-400 à la Turquie a également fait l’objet de discussions entre Joe Biden et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan.


C’est une rencontre attendue qui devrait faire office de test pour Vladimir Poutine et Joe Biden. À un moment où les relations entre Washington et Moscou sont au plus bas, les présidents russe et américain doivent se rencontrer aujourd’hui à Genève pour la première fois depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche en janvier dernier. Bien que le Moyen-Orient ne figure pas en...

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...""" le Kremlin prône un discours selon lequel l’aide humanitaire doit passer directement par le régime de Bachar el-Assad, sous couvert du RESPECT DE LA SOUVERAINETE DE LA SYRIE...""" POURVU QUE CE LA NE S'APPLIQUE PAS AU LIBAN AUSSI. IMAGINEZ VOIR CES AIDES PASSER PAR NOS VOLEURS !

Gaby SIOUFI

11 h 09, le 16 juin 2021

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Commentaires (1)

  • ...""" le Kremlin prône un discours selon lequel l’aide humanitaire doit passer directement par le régime de Bachar el-Assad, sous couvert du RESPECT DE LA SOUVERAINETE DE LA SYRIE...""" POURVU QUE CE LA NE S'APPLIQUE PAS AU LIBAN AUSSI. IMAGINEZ VOIR CES AIDES PASSER PAR NOS VOLEURS !

    Gaby SIOUFI

    11 h 09, le 16 juin 2021

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