Les files d’attente aux stations-service dans un Liban souffrant de pénurie de carburant. Photo AFP
Les syndicats dédiés au transport étaient sur tous les fronts hier, alors qu’une pénurie de carburant fait rage depuis quelques semaines dans le pays, en crise économique et financière depuis près de deux ans. C’est le président du syndicat des sociétés importatrices de pétrole au Liban, Georges Fayad, qui a ouvert la marche hier en estimant, dans un entretien sur les ondes de la Voix du Liban, qu’une suppression des subventions sur le carburant quintuplerait son prix pour atteindre les 200 000 livres libanaises pour 20 litres, contre un tarif actuel de 41 800 livres pour un bidon de 95 octanes.
Une estimation que le syndicaliste a basée sur le cours mondial du pétrole brut du jour, à 71,65 dollars hier, alors que les tarifs des hydrocarbures sont actualisés chaque mercredi depuis plusieurs semaines, tenant compte de la dépréciation de la monnaie nationale sur le marché parallèle.
La décision de lever les mécanismes de subvention doit être « gouvernementale », a souligné Georges Fayad, la Banque du Liban (BDL), qui tarde à débloquer les crédits pour régler les commandes des importateurs de carburant (essence, diesel ou mazout, gaz domestique), « ayant clairement annoncé qu’elle n’avait pas de fonds » suite à la fonte de ses réserves en devises. Le syndicaliste a en outre précisé que les importateurs avaient pu réceptionner une quantité de carburant « suffisante pour couvrir les besoins du marché local » pour une quinzaine de jours. De fait, 12 millions de litres ont été livrés lundi et « 10 millions » hier, selon le porte-parole du syndicat des propriétaires de stations-service, Georges Brax, dans un entretien accordé hier à la chaîne locale MTV. Pour autant, les sociétés importatrices de carburant avaient affirmé vendredi dernier que la consommation journalière d’essence et de mazout (utilisés par les générateurs privés, ainsi que certains camions et bus) s’élevait à 10 millions de litres.
Georges Brax avait d’ailleurs appelé les autorités lundi à trouver une « solution radicale » à cette crise, après avoir demandé au gouvernement soit de lever progressivement les subventions, soit de faire en sorte que les financements des mécanismes de subvention soient assurés et activés sans retard.
Le porte-parole avait, pour ce faire, proposé un plan de levée progressive du mécanisme de subvention s’étendant jusqu’au début de l’automne.
Depuis le début de la crise, et pour limiter l’impact de la dépréciation de la livre, la BDL subventionne l’importation de carburant, entre autres produits essentiels, sur la base d’un mécanisme selon lequel elle vend aux importateurs 90 % des devises nécessaires pour régler leurs commandes auprès de leurs fournisseurs sur la base du taux officiel. Les acteurs de la filière doivent ainsi fournir eux-mêmes les 10 % restants.
Par ailleurs, le président de la Fédération des syndicats des transporteurs routiers, Bassam Tleiss, a annoncé hier l’instauration d’une voie consacrée aux bus et taxis devant les pompes à essence afin de leur accorder la priorité. Une décision prise suite à une réunion avec le président de la Fédération des syndicats des distributeurs d’essence, Fadi Abou Chakra, et Georges Brax.
Ce dernier a également demandé aux sociétés importatrices de carburant de « fournir des quantités supplémentaires afin de subvenir aux besoins du secteur des transports publics ». Enfin, les transporteurs routiers ont annoncé leur participation à la grève générale prévue demain et initiée par la Confédération générale des travailleurs (CGTL) pour dénoncer « la détérioration de la situation politique, des conditions de vie, financières et économiques des Libanais, et la destruction systématique des institutions publiques ».


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